Messaline – Eviscérer les Dieux

Le heavy metal traditionnel n'est pas le style le plus représenté en France, loin de là. Pourtant il compte quelques groupes de renom, notamment Nightmare, Dyslesia ou Holy Pain. Lui aussi originaire de la région Rhône-Alpes, Messaline, fondé en 2003 sur les cendres du groupe Absurd, nous propose donc aujourd'hui son troisième album : Éviscérer les Dieux. Un groupe officiant pour le coup dans un heavy des plus classiques, avec toutefois une particularité : le chant est en français.

Le fait qu'aussi peu de groupes de metal ou de hard rock ne chantent en Français a souvent été relevé et discuté. Certains font remarquer que le fait d'écrire en Anglais, outre de procéder d'une mode, permet de ne pas trop se casser la tête sur le texte et de masquer sous les approximations quelque chose de finalement assez bateau. Ce à quoi il est possible de répondre que l'anglais ajoute une dimension internationale, en se plaçant dans un style musical universel et totalement déconnecté des questions de nationalités. Plus prosaïquement, il sera a priori encore plus difficile à un groupe composant en Français de s'exporter à l'étranger, ce qui à la base n'est déjà pas évident. Or c'est surtout à cela qu'on mesure la réussite.

De plus le Français n'est pas une langue facile à manier. C'est une langue littéraire, très structurée, et possédant un rythme bien particulier. Elle n'a pas la fluidité de l'anglais, ni la lourdeur un peu rocailleuse de l'allemande.

Messaline fait partie de ces groupes qui, comme Ange ou Aqme, ont relevé ce défit. Avec un certain brio, et en tout cas une volonté affichée de faire quelque chose de tout sauf « bateau ». Il y a, dans les textes de Messaline, la volonté claire et nette de fouiller et de donner à réfléchir.

Le résultat est assez particulier. On aimera, ou pas. Certains risquent même de faire un rejet allergique. D'une, entendre chanter dans sa langue a tendance à faire remonter le souvenir de la variété française, un style pas particulièrement prisé des metalleux. De deux, le résultat de toutes ces cogitations, c'est que les textes de Messaline sont, il faut bien le dire, franchement tordus.  En particulier, ils fonctionnent beaucoup par jeux sur les sonorités et allitérations, ainsi que par jeux de mots et détournement de proverbes (comme le « tu récoltes ce que je n'ai pas semé » dans Erare Umanum Est). Au final, le résultat est souvent dur à suivre. On risque même de décrocher.

Dans ce cas là, il est conseillé de se pencher sur la musique. C'est comme d'habitude... Il y a ce que dit le texte, et ce que dit la musique. On peut donc commencer par Incube/Succube, un titre purement instrumental. Se pencher sur les rythmiques de Sale temps, sur les parties instrumentales de chaque titre, notamment celles de Machiavel ou Lilith Requiem.

Après, on pourra revenir sur les chansons dans leur intégralité. Peut-être certaines interpelleront-elles. Peut-être donneront-elles à réfléchir. Ou peut-être pas. Mais on reconnaîtra qu'il y a un sens et une véritable recherche. Ceux qui ont des souvenirs du bac de français trouveront peut être un aspect baudelairien à l'ensemble, et ils n'auront pas tort. Le Naufrage du Pinardier notamment, rappelle clairement le poème le Vin de l'assassin. Il y a des allusions littéraires ou des citations dans tous les sens, et également beaucoup de références historiques – Savonarole, la mort de Socrate…

On ne comprendra pas tout, bien évidemment – d’ailleurs il n’y a pas forcément de « message caché » à comprendre. On ne déterrera pas non plus les cours du lycée pour essayer d’interpréter le texte en le triturant dans tous les sens. Mais peut-être quelque chose éveillera-t-il un écho, ou il restera un bout de phrase qui trotte dans la tête.

Il y a tout de même un choix qui peut étonner un peu : celui de commencer l'album sur une chanson de pirate. Il y a évidemment le message « féministe » consistant à faire une chanson une femme-pirate du XVIIème c'est-à dire sur l'une des rares figures de femme de l'époque ayant choisi et réussi de s'émanciper de la tutelle sociale, mais au final l'ambiance reste assez dans le thème « du rhum des femmes »... Un petit style folk à la Soldat Louis qui plaira aux uns et peut être moins aux autres.

Au final, Messaline on aime ou on déteste... Mais on ne peut rester indifférent.

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