Les temps forts du Sonisphere (II)

Iron Maiden

C’est l’heure des héros du jour ! La scène Saturn est masquée par de grandes bâches grises. Des assistants se hâtent de les enlever. Surprise ! La scène a été transformée en iceberg géant ! Une plate-forme de deux ou trois mètres de haut occupe l’intégralité de la scène, sauf quelques mètres devant. Elle est dissimulée sous des bâches figurant une banquise. Au milieu, dans un trou, la batterie a été installée. Même les rails des projecteurs et de la sono ont été dissimulés sous des bandes de tissu blanc !

Les voila ! Steve Harris, Dave Murray, Adrian Smith, Janick Gers, brandissant basse et guitares ; Nicko McBrain, baguettes à la main, va prendre place dans son iceberg… Et enfin, dans une entrée fracassante, Bruce Dickinson, jaillissant au sommet de la banquise, entonne Doctor Doctor, leur reprise d’UFO !

Dans la foule, l’enthousiasme est indescriptible. Au premier rang, les fans de la première heure doivent être à moitié coupés en deux. Tour à tour, défilent Moonchild, Can I Play with Madness, The Prisoner et 2 Minutes to Midnight. Bruce Dickinson, déchainé, court d’un bout à l’autre de la scène.

Il fait ensuite un petit laïus en anglais, où il nous parle des jeunes gens qui n’ont pas la chance d’être au Sonisphere, mais sont actuellement à la guerre quelque part en Afghanistan… C’est Afraid to Shoot Stranger.

Un instant, Bruce s’en va. Il revient… Portant une veste d’officier anglais de l’époque de Napoléon ! La mythique veste rouge, qui leur valait le surnom d’« écrevisses », et en faisaient de magnifiques cibles ! Elle lui va comme un gant. Deux drapeaux anglais ont également fait leur apparition sur scène. Il s’empare d’un des deux, et le fait flotter tout en entonnant The Troopers. Perché sur son promontoire, il domine la foule et porte haut les couleurs ! Facétieux, il profite de sa position dominante pour aveugler Janick Gers avec le drapeau… Ce qui n’a pas l’air de le gêner le moins du monde ! Visiblement très en forme lui aussi, il continue imperturbablement à jouer de la guitare.

Silence. Un démon géant vient d’apparaître sur scène ! Une sorte de minotaure géant, assis en tailleur au sommet de l’iceberg contemple le festival d’un air menaçant.

“Woe to you to earth and sea For the devil sends the beast with wrath Because he knows that time is short…”

The Number of the Beast! Dans un rugissement, la foule embraille :

“Let him who hath understanding recon the number of the beast For it is a human number It's number is six hundred and sixty six!”

On comprend mieux ce que venait faire le démon sur scène… Du reste, il s’éclipse sagement à la fin de la chanson, pendant que des pyrotechnies délivrent leurs gerbes de feu. Un géant sur échasse costumé en officier vient le remplacer le temps de Phantom of the Opera, déambulant sur scène du haut de ses trois mètres et quelques.

Puis c’est une statue géante, sortant lentement de terre. Un zombie-homme de loi géant habillé en avocat, une plume à la main, écrivant on ne sait quoi ! Ses énormes yeux mauves brillent. Il restera là le temps de quatre ou cinq chansons. Un orgue, arrivant lui aussi du sol, le rejoindra pour Seventh Son of a Seventh Son.

Puis soudain cette musique…  Fear of The Dark ! Bien campé sur ses jambes, bras croisés et dos à la fosse, Bruce Dickinson marque la cadence de la tête… Lentement, il se retourne.

I am a man who walks alone And when I'm walking a dark road…

Le charisme de ce type est hallucinant. D’un mouvement, d’un geste, il fait se lever toute la foule. Il y a peut-être cinquante mille personnes devant lui. Et ce type sait les diriger. C’est comme s’il les tenait dans le creux de sa main.

C’est sans doute le point culminant du concert. Tout le monde chante, certains fans sont au bord des larmes d’émotion ! Sur scène, Janick Gers fait tournoyer sa guitare au bout de sa courroie, comme s’il se préparait à lancer le marteau ! Mais ils quittent la scène, et le silence se fait. Quoi, déjà finit ? Quand même pas ! Cinq minutes passent, puis cinq autres… On commence à s’inquiéter.

Soudain, les écrans de TV sur le côté se rallument ! Gros plans sur les pipes d’échappement d’un avion en train de démarrer… D’un Spitfire ! Le mythique avion de guerre qui permit au britanniques de tenir tête aux Messerschmitts allemands et de gagner la bataille d’Angleterre ! Pendant que des vidéos de duels aériens défilent, une énorme image d’Eddie en pilote de chasse dans son avion se déploie. Comme d’habitude, le discours de Churchill précède Aces High. Encore deux chansons, et le concert s’achève sur une reprise des Monty Python ! Always Look on the Bright Side of Life. Tout un programme en soi...

Quelques fans pleurent parce que leur chanson préférée n’était pas dans la setlist (Brave New World en ce qui me concerne). D’autres pleurent d’émotion parce qu’elle était dans la setlist. Voir Iron Maiden en live est une chose qui ne s’oublie pas. Un show pharaonique donné par un groupe complètement déchainé!  On a peine à croire que ces gars aient cinquante ans passés.

Airbourne

Et c’est à Airbourne que revient la double tâche quasi-insurmontable de passer après Iron Maiden et de clôturer le festival. Drôle d’idée de les mettre en dernier tout de même, il aurait paru plus logique de les faire passer en avant-dernier pour chauffer la salle, puis de conclure sur Iron Maiden… Maintenant, tout le monde a l’air épuisé et à moitié endormi.

Pas de quoi inquiéter Airbourne. Dans une entrée fracassante, torses nus malgré la fraîcheur nocturne, le groupe se lance dans Ready to Rock. Visiblement, ils sont prêts à jeter la totalité de leur énergie dans la balance pour réveiller celle des festivaliers ! Et ça marche. Les corps se redressent, les gorges râpées se remettent à crier. Le chant suraiguë et le déferlement des guitares des teen-agers australiens (plus si teen-agers que ça d’ailleurs) a raison de la fatigue !

Une version « jeune » d’un ACDC au mieux de sa forme, voila ce que l’on a l’impression d’entendre. Un retour à la grande époque du rock’n’roll !

Les titres s’enchaînent avec énergie. Le groupe est totalement survolté ; le chanteur-guitariste, surtout, court dans tous les sens, saute, descend de la scène, et, à la grande frayeur de la sécurité, fait un sprint-solo dans la galerie clôturée qui leur est théoriquement réservée.

Puis il disparaît, revient sur scène une bouteille de vin à la main, et commence un petit speach. Les français font du bon vin, pas de soucis. Malheureusement il est cher. Alors, pour boire avec nous, il a préféré ramener d’Australie une bouteille de vin australien bon marché (et dégueulasse). Pendant que les spectateurs méditent sur la compétitivité nationale, il la débouche et en vide la moitié. Et le concert repart de plus belle avec, logique, Cheap Wine & Cheaper Women.

Le show devient de plus en plus échevelé. Finalement, sur Runnin' Wild, histoire d’illustrer les paroles de la chanson ou peut-être de se rafraîchir un peu, il s’empare d’une canette de bière (en alu, pas en verre) et l’ouvre... En la tapant contre sa tête jusqu’à ce qu’elle explose aux deux bouts, le douchant copieusement. Une deuxième cannette, puis une troisième y passent... Apparemment, on lui a formellement interdit de grimper dans les superstructures faire son célèbre solo à dix mètres du sol. Les spectateurs peuvent néanmoins témoigner qu’il aura fait tout ce qu’il était en son pouvoir de plus idiot pour tenter de se chopper un traumatisme crânien !

Il est temps de conclure le concert et le festival avec, c’est de circonstance, Stand Up for Rock 'N' Roll. Les spectateurs, revigorés, leur font un triomphe. A l’année prochaine, Sonisphere !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>