Interview d’Apocalyptica

Interviewer Apocalyptica, ça n’est pas une chose qu’on fait tous les jours ! Qui, en 1993, aurait parié que ces quatre finlandais jouant des reprises de Metallica au violoncelle deviendraient des références mondiales ? Mais le pensaient-ils eux même ? Et bien, puisque le groupe est aujourd’hui sur Paris pour présenter son nouvel album, Wagner Reloaded, nous allons leur poser la question ! Et c’est Mikko, batteur du groupe, qui nous a répondu avec beaucoup de gentillesse.

D’abord, merci beaucoup pour cette interview !

De rien ! (rire)

Et pour commencer, quand vous avez commencé à jouer Metallica au violoncelle il y a vingt ans de cela, pouviez-vous imaginer que vous alliez devenir la référence mondiale que vous êtes aujourd’hui ?

Non ! (rire) Je pense que sur ce point personne ne l’aurait cru ! Quand Apocalyptica est allé pour la première fois à une émission TV… Bien sûr on peut avoir des rêves et on peut se donner un but, mais si on y va c’est surtout pour le plaisir. Et surtout quand le point de départ, pour être honnête, est un concept un peu tordu ! Pas juste le groupe qui voulait jouer de la grande musique ! C’était juste un concept bizarre, et c’était impossible de dire si ça allait marcher ou pas… Et ça a été vraiment une surprise que ça marche, et cela me surprend toujours que cela continue de marcher et que quelque chose d’une telle ampleur soit parti de ça.

Oui, c’est impressionnant ! Et maintenant vous en êtes à votre onzième album (en comptant les DVD), Wagner Reloaded. C’est donc d’une part votre premier album live, et d’autre part un concept album en hommage à Wagner, à l’occasion du deux-centième anniversaire de sa naissance. Comment avez-vous eu l’idée de coupler les deux ?

[caption id="attachment_14652" align="aligncenter" width="301"] Gregor Seyffert.[/caption]

Tout le concept vient de Gregor Seyffert, un producteur et chorégraphe. C’est un danseur très célèbre, très à la mode. Il est réputé être le meilleur danseur du monde, et ce depuis quelques années. C’est un gars vraiment incroyable ! Et il voulait faire quelque chose de spécial pour Wagner cette année, quelque chose qui sorte vraiment de l’ordinaire, pas juste un peu de chant et un ballet ou un truc comme ça. Il est le leader artistique du ballet de Berlin, alors… C’est un grand danseur classique, mais il voulait quelque chose de vraiment différent, et il nous a contacté d’abord avec l’idée de faire une pièce de théâtre, mais dansée, et qui retraçait la vie de Wagner de sa naissance à sa mort, mais il voulait utiliser notre musique là-dessus. Et c’est comme ça que tout a débuté, il y a trois ans. Et puis cela a pris tellement de temps, à force d’avancer et de revenir en arrière, et de discuter sur comment nous allions faire ça, comment nous pouvions nous y prendre, parce que c’était vraiment un projet énorme et nous voulions tous vraiment que ça marche. Et après, quand tout était fait nous avions toutes les chansons, et nous les maîtrisions bien. Et là on a commencé à se dire « c’est tellement dommage de ne pas l’utiliser, tout ça c’est du nouveau ! » Le nom peut faire croire que c’est du Wagner joué par un groupe de rock mais c’est bel et bien une musique d’Apocalyptica, composée pour cette occasion ! Et nous nous sommes dit que nous voulions vraiment les présenter à ceux qui nous écoutent. En particulier parce que c’est très différent de ce que nous avons fait ces dernières années, c’est exclusivement instrumental ; ça ressemble plus à l’ancien Apocalyptica de ce point de vu. Et nous pensions qu’il y avait vraiment de grandes possibilités pour l’enregistrer, et en plus nous n’avions jamais fait d’album live. Alors combiner un live avec ce nouveau style, ça semblait un super truc à faire entre deux albums studio !

Et c’est parce que la musique a été conçue pour de la danse qu’il n’y a pas du tout de chant ?

Non c’est vrai, pas du tout, il y a des petits bouts de choeurs mais pas du tout de chant lead. Et oui, c’est parce que tout doit être focalisé sur l’intrigue de l’oeuvre, et si nous avions produit nous-même le son pour l’un de nos CD, nous l’aurions traité différemment. Mais là les chansons étaient là pour accompagner l’histoire. Alors nous ne faisions pas de focus sur un élément en particulier, parce que le focus était sur scène ! Et vu comme ça, le chant aurait été plus ennuyeux qu’autre chose je pense.

Et je me demandais, pourquoi avoir mis deux chansons aussi calmes que Lullaby et Bubbles entre deux morceaux très puissants et énergiques comme Flying Dutchmen et Path in Life ?

Tout vient d’une pièce de théâtre... A l’origine c’était une heure quarante de musique ! Et quand nous avons fait le CD, nous devions nous imaginer quelles chansons allaient marcher, quand on ne voit pas la pièce et qu’on ne connait pas l’histoire qu’elles sont censées accompagner. Du coup l’ordre des chansons a été modifié de ce qu’il était à l’origine. Et c’est parfait comme ça. Quand nous avons du décider ce qui serait le mieux quand on ne sait pas ce qui se passe sur scène et qu’on écoute juste la musique, ce qui donne le plus d’émotion – en tout cas pour nous... C’est bien d’avoir ça comme ça, comme une vague qui monte et qui descend. Et bien sûr, nous avions testé plusieurs configurations avant.

Ok… Et je me demandais aussi, parmi tous les grands opéras de Wagner, vous avez choisi le seul où il n’est pas question de légendes germaniques, de grands guerriers ou des quêtes épiques ! Pourquoi le Vaisseau Fantôme (en anglais « The Flying Dutchmen », la chanson de l’album reprenant le prélude de l’opéra) en particulier ?

[caption id="attachment_14654" align="aligncenter" width="600"] Le mythe du Hollandais Volant : un navire maudit condamné à errer sur les mers à jamais...[/caption]

Dans la version longue il y a trois extraits de ses œuvres, ou plutôt une base remaniée par Apocalyptica, et c’était une idée de Gregor. Il voulait présenter la vie de Wagner, mais avec notre musique et pas celle de Wagner. Dans sa tête, c’était un peu comme si nous étions les mentors de Wagner et que nous voyagions dans le temps, dans sa vie, pour lui glisser des inspirations ; c’était une approche originale. Et il y avait ces trois passages. Le Hollandais Volant était l’un de ceux que nous voulions inclure au show, parce que à la fois il nous plaisait et nous savions où nous voulions le mettre. Il y a cette tempête, avec l’orage et tout, puis il y a le Hollandais Volant, juste quelques secondes, et après c’est une chanson d’Apocalyptica. Nous ne voulions pas, qu’on ait l’impression d’un groupe de rock jouant du classique, ou essayant de faire son opéra, parce que… Personnellement, je trouve que c’est un tel challenge ! On tombe facilement dans le mièvre en essayant de faire ça, alors je préfère ne pas essayer !

Certains groupes ont essayé de faire des opéras rock, notamment sur la vie de Beethoven…

Oui, bien sûr des groupes comme Nightwish l’ont fait, mais d’un point de vue différent, et je pense qu’ils ont réussis à faire ce qu’ils voulaient faire, parce que c’était leur projet ; mais faire quelque chose d’une telle ampleur avec un groupe de rock est vraiment très dur.

En fait je pensais à Trans Siberian Orchestra.

Oui ! Mais Trans Siberian Orchestra c’est plus que de la musique ! C’est un évènement, un show… Plus que les albums, je pense que le live est leur véritable élément.

George a également mis un bout de Beethoven, pourquoi le mettre sur un concept album dédié à Wagner, alors que leurs musiques sont assez différentes ?

[caption id="attachment_14655" align="aligncenter" width="494"] Beethoven, Wagner : deux compositeurs allemands aux caractères ombrageux ![/caption]

Je suis un batteur donc je ne sais pas beaucoup de choses là-dessus, mais de ce que l'on m'a dit, Wagner était plutôt lunatique, et il n'est pas trop dur de deviner qu’il détestait tous les autres musiciens de son époque parce qu'il était convaincu de la supériorité de sa musique ! Mais il aimait  Beethoven. Et cette chanson reprend un morceau de ce que Wagner considérait comme la plus grande œuvre de toute l’histoire de la musique. Cela faisait partie de l’histoire, une scène où il avait des visions et il entendait la musique de Beethoven. C’est un passage important de la pièce.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

L’enregistrement en lui même s’est fait en live. Sur scène c’était délicat évidemment ! Avec un orchestre classique et tout ce qu’il nous fallait pour la synchronisation, les projecteurs, les caméras, les pyrotechnies… Nous devions jouer au tempo, et c’est difficile pour les musiciens classiques, aussi l’enregistrement a été plutôt difficile mais heureusement nous avions des assistants pour nous aider et coordonner tout ça, et qui étaient capable de gérer tout le monde en même temps – je ne sais pas combien il y avait de gens sur scène, peut-être deux cent ! Techniquement, c’est un sacré défi… Mais comme c’est supposé l’être ! C’était en concert, et toutes les erreurs et tout… Mais c’est fini maintenant !

Au fait, quand as-tu commencé à jouer de la batterie ?

Je crois que j’ai commencé à trois ans… Mais après j’ai commencé à apprendre la musique classique quand j’avais douze ans. J’allais à l’école de musique et j’ai joué du violon pendant six ans, mais après j’ai changé parce que tout ce temps, dès que je pouvais je jouais de la batterie, et je ne voulais jamais faire de violon ! Heureusement, mes parents étaient compréhensifs… Ils ont vu ça et se sont dit « ne le forçons pas, si il veut faire autre chose laissons le choisir… »

You wanted to rock?

Oui ! (rire) Mais j’étais vraiment têtu et je ne ressentais strictement rien en écoutant du Bach. J’aime la batterie et les batteurs pour leur élan émotionnel. Je n’ai jamais ressenti une telle vague d’émotion en écoutant du violon, au contraire ça m’ennuie ! Bien sûr, mes parents voulaient que j’apprenne la musique classique, mais ça m’ennuyait plus ou moins ! Le rock était tout ce que j’aimais, et tout le reste m’ennuyait !

Mais maintenant tu joues avec des violoncelles ! 

Oui c’est vrai ! (rire) On ne peut pas s’échapper !

Comment est-ce que tu expliques ça ?

C’est ma punition ! (rire) Quelque chose dans mon karma !

Et quand tu as rejoins Apocalyptica, tu t’es rappelé de tout ça ?

Non ! (rire) Peut-être que c’est aussi dans mon karma, que je joue avec des violoncellistes ! Juste pour me rappeler mes douloureux souvenirs de violon !

Quand j’écoutais cet album, il y avait des moments où je ne savais plus trop si c’était du rock ou du classique…

Oui, je suis d’accord avec toi. C’était peut-être l’une de ces choses dont je parlais à propos des albums studios : ils tendaient à être de plus en plus rock’n’rolls. Et dans cet album-là, il y a ces chansons qui étaient d’essence purement classique, des morceaux de classique. Mais si tu écoutes l’album entier et que tu le considères dans son ensemble, merde c’est un album de rock !! Et une autre différence, c’est que toutes les compositions ont été faites par Eicca [Toppinen]. Dans les précédents, tout le monde participait ; là c’est différent et ça a sûrement joué.

Si je peux poser une question au sujet de l’album précédent, Seventh Symphony, pourquoi avoir choisi Lacey Sturm pour les parties vocales sur Broken Piece ?

[caption id="attachment_14650" align="aligncenter" width="338"] Lacey Sturm, ex chanteuse du groupe Flyleaf.[/caption]

Quand nous étions en train d’enregistrer la première partie de cet album, nous avons croisé son groupe. Ils étaient en train d’enregistrer leur propre album dans le même studio où nous étions en train de travailler. Et nous avons entendu sa voix, et l’avons rencontré… C’est quelqu’un de vraiment fascinant, elle fait environ un mètre cinquante de haut, elle hyper frêle et elle a une toute petite voix ! La chanson, nous l’avions déjà composée, en vue de la sortie mondiale de l’album. Eicca l’avait écrite avec Guy Sigsworth, un producteur de pop anglais qui travaille avec Britney, ce style là, et il est très électro. A l’origine, la chanson sonnait vraiment électro, après nous l’avons remaniée et elle sonnait plus Apocalyptica mais il y avait toujours des éléments et des arrangements un peu fragiles, un peu légers. Et puis nous avons rencontré Lacey. C’est vraiment quelqu’un d’extraordinaire… Elle pensait qu’elle pouvait chanter cette chanson et voilà… Nous avions vraiment beaucoup de chance. C’est un super groupe, et ils avaient des moments de libre, où ils n’étaient pas à enregistrer en même temps que nous et où elle pouvait venir avec nous, et on a pu le faire. Mais c’était vraiment par accident ! Tu connais ce groupe, Flyleaf ?

Seulement de nom.

Nous étions entrain de tourner le clip, et Eicca, il était vraiment malade, avec de la fièvre et tout, et nous tournions à Altadena, qui est une ville près de Los Angeles avec un immense cimetière et des maisons anciennes et nous tournions là, dans ces couloirs, et Eicca était allongé par terre avec une fièvre horrible, et cette petite fée c’est approchée et a dit : « Est-ce que je peux t’aider ? » Et elle a juste posé sa main sur le visage d’Eicca, et je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne veux pas savoir ce qui s’est passé, mais tout d’un coup Eicca s’est relevé et s’est senti parfaitement bien tout le reste de la journée ! Complètement cramé le lendemain par contre, ça oui ! C’était vraiment incroyable ! Quelqu’un d’étonnant…

C’est bizarre… Un genre de pouvoir?

Je ne sais pas ! Peut-être qu’elle a juste donnée à Eicca un peu de vodka ! (rire)

Bien, je reviens à Wagner pour la dernière question ! Dans l’un de ses plus grands opéras, le Götterdämmerung, à la fin les dieux meurent, le monde meurt, et un nouveau commence. Un jour, est-ce que vous n’aimeriez pas décrire ce nouveau monde ?

Oh, c’est philosophique ! Tu as gardé le plus dur pour la fin ! (rire) Si on va vraiment profond… Je… Est-ce que tu as vu le film « Spinal tap » ?

Non.

C’est un film à propos d’un groupe, c’est fait comme un documentaire mais c’est une fiction. Et le batteur et comme moi, pas un gramme de cerveau, alors oublie le nouveau monde ! (rire)

Ok ! Merci pour tout. C’était super de te voir !

Merci ! C’était sympa !

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