Apocalyptica – Wagner Reloaded

Apocalyptica… On ne les présente plus. Le groupe qui, à partir de quelque chose qui ressemblait à une bonne blague, jouer des reprises de Metallica au violoncelle, a atteint le statut de phénomène mondial et de référence. On parle souvent de Haggard ou Therion comme les groupes ayant tenté et à bien des égards réussit à fusionner musique classique et metal. Mais la démarche d’Apocalyptica est encore plus ambitieuse : fusionner musique populaire et musique savante. Mélanger les deux démarches, via des morceaux aux structures calées sur le hard rock ou le metal, interprétées à la façon de la musique classique…

Wagner Reloaded est le onzième album du groupe ; et leur tout premier album live. Il se présente comme un hommage à Wagner à l’occasion du deux-centième anniversaire de sa naissance. Pour bien comprendre l’œuvre, il faut savoir que l’idée ne vient pas d’eux, mais de Gregor Seyffert, chorégraphe,  danseur et leader du ballet de Berlin. On y trouve donc, comme on peut s’y attendre, de nombreuses allusions à Wagner, voir des passages de ses oeuvres, mais également à Beethoven.

De Wagner, il y a par exemple un extrait entier d’une de ses œuvres : Flying Dutchmen commence sur le prélude de l’opéra éponyme (qu’en France on traduit généralement par le Vaisseau Fantôme). Un morceau vif et puissant, issu du tout premier opéra composé par Wagner, mais qui rappelle déjà la chevauchée des Walkyries, son thème le plus célèbre. Il est d’ailleurs amusant qu’Apocalyptica ait choisi le seul et unique opéra de Wagner qui ne parle ni de héros lancés dans des quêtes épiques ni de légendes germaniques ! Bref, le moins belliqueux de tous – et qui plus est le seul où le héros est une femme.

Beaucoup vont sans doute comparer l’album aux œuvres de Wagner, et en conclure qu’Apocalyptica en a fait une réinterprétation, mais ce serait un peu exagéré. L’album présente en effet le caractère épique, l’atmosphère sombre et à certains égards le rythme des œuvres de Wagner. Mais il on y chercherait en vain les confrontations permanentes, physiques et verbales, et la tension dramatique qui sont également fondamentales dans sa musique. Les musiciens n’ont donc pas tout repris, ils ont fait leurs choix.

De Beethoven, il y a un extrait de la neuvième symphonie au début de Path in Life, sur lequel le groupe s’amuse ensuite à faire des variations. Le thème semble les avoir inspirés, et d’une mélodie classique ils glissent vers quelque chose de plus prog au fil de la chanson, en y incorporant petit à petit des éléments modernes.

Pour autant, ça reste un album d’Apocalyptica. On n’est là face à un groupe de rock essayant de transformer un opéra classique en opéra rock – tâche hasardeuse et rarement d’un grand intérêt musical. Ce sont leurs compositions, et il y a bien leur patte, indélébile et reconnaissable. Ces solos de violoncelles improbables qui donnent l’impression qu’Eicca Toppinen et ses deux comparses sont capables de faire n’importe quoi avec leurs instruments –y compris les faire sonner comme des guitares électriques, ce qu’ils font du reste.

Mais ils ont repris et intégré un esprit wagnérien à leurs compositions, Fight Against Monsters  et Stormy Wagner étant de ce point de vue les plus typiques. Arrangé et exprimé au violoncelle, mais la référence est impossible à rater. C’est bien un hommage, pas une copie.

On notera également les deux « balades », Lullaby et Bubbles, deux morceaux calmes et doux qu’on peut deviner associés à l’enfance du compositeur. Le violoncelle s’y fait caressant, évoquant la douceur et la paix d’une chambre d’enfant. On entend d’ailleurs les gazouillis du bébé !

Les deux titres Ludwig – Wonderland et Ludwig – Requiem, évoquent de façon moins directe l’influence de Beethoven dans son œuvre. Le premier plus prog, mais également plus sombre et tumultueux ; le second composé de mélodies simples, chargées de calme et de mélancolie. L’album se conclut sur Destruction, un moreau lent aux notes longues et vibrées. Le temps qui lui était imparti en ce monde s’achève. Les dernières notes de Parsifal, son ultime opéra, viennent de résonner dans l’immense salle de l’opéra de Bayreuth, lors du festival classique qu’il a lui-même créé et qui reste une référence internationale. L’œuvre de Richard Wagner est achevée.

Bref, on l’aura compris, cet album tire nettement plus vers le classique et vers l’Apocalyptica à l’ancienne que vers la sonorité prog des derniers albums, qui était si marquée sur 7th Sympony. Bien que moins forte, on la retrouve cependant sur Creation of Notes, Birth Pain, ou Ludwig – Wonderland.

Un très bon album, qui plaira donc particulièrement aux fans de la première heure d’Apocalyptica, mais devrait également largement contenter les amateurs de sonorités plus prog.

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