Interview d’Iron Mask

Dans la lignée du power mélodique à la Malmsteen, Iron Mask est le groupe qui monte. Aujourd'hui son leader, Dushan Petrossi, est à Paris pour présenter leur nouvel album : Fifth Son of Winterdoom.

D’abord merci pour cette interview, qui fait suite à la sortie de votre cinquième album, Fifth Son of Winterdoom. Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous raconter ton parcours, avec et en dehors d’Iron Mask ?

J’ai fondé Iron Mask en 2002. Avant j’avais fait trois albums avec Magic Kingdom mais j’étais bloqué avec ce groupe, avec mon label, mais je n’ai pas voulu arrêter la musique alors j’ai monté un autre groupe et c’est comme ça qu’Iron Mask est né. On a fait trois albums avec un label en Finlande, et puis maintenant depuis deux albums on est chez AFM Records. C’est un peu un mixte de metal mélodique, de néoclassique, de power metal un peu épique…

Une question à laquelle je n’ai pas trouvé la réponse sur internet : pourquoi as-tu choisi ce nom, « Iron Mask », « masque de fer » ? C’est le prisonnier masqué de l’époque de Louis XIV ?

Oui c’est ça, l’histoire du deuxième roi qu’on garde caché. J’aimais bien cette image, et j’aime bien ce genre d’histoire, Monte Christo et ce genre de récits de vengeance… Je sais pas, ça donnait bien ! (rire) C’est pas pour faire comme Iron Maiden !

Ok… D’habitude c’est toi qui compose tout, pour celui là aussi ?

Oui, c’est ma méthode de travail depuis quelques années ; je suis habitué à travailler comme ça, et dans le groupe les autres ça leur convient. Donc tant que ça va, et tant que j’ai de l’inspiration surtout ! Pour l’instant pas de soucis !

Et tu composes même les parties vocales ?

Oui, surtout ça, quand je compose je commence avec la ligne de voix et tout le reste vient derrière à partir de ça. Pour moi, la voix et le refrain c’est vraiment important. Tout le reste je le fais plus tard. Parfois je commence un morceau avec un riff mais direct j’enchaine avec le couplet voir ce que la voix va donner, pour arriver au refrain. Pour les parties orchestrales, je les travaille au clavier, puis je travaille aussi avec le claviériste en Suède qui rajoute des passages, des solos de claviers, mais une fois que tout est fini.

Et ça arrive que quelqu’un du groupe ou un ami vienne t’apporter quelque chose, une idée ?

Non, parce qu’en général quand ils entendent tout est fait. Le batteur prend ses parties, on va direct en studio pour l’enregistrer, puis tout le reste s’enchaine. Mais la base est faite.

Et elles te viennent d’où toutes tes idées ?

Je ne sais pas, je prends une guitare ou bien un clavier, ou plus récemment, c’était la première fois que je composais des trucs à la basse pour le dernier album, ça s’entend un peu sur certains passages, on entend plus la basse et que j’ai fignolé autour de ça. Chaque instrument que je prends peut me conduire vers quelque chose de différent.

C’est plus rare de partir du chant, souvent c’est plutôt une mélodie ou un riff…

Moi, du fait que je compose pour la voix je change les accords en fonction de ça. Je trouve que les morceaux ont plus de puissance comme ça. Au final, ce que les gens aiment entendre c’est la voix, pas trois minutes de solo ou trois minutes de batterie… C’est ce qu’ils entendent en premier.

Justement, ton actuel chanteur c’est Mark Boals ; ça fait deux albums que tu travailles avec lui ; ça se passe toujours aussi bien ?

Oui oui… On a fait le clip en juillet, on a fait quelques dates en Allemagne, en Hollande, en Belgique ; et puis on a beaucoup de demande en France maintenant et j’espère vraiment venir un jour… Il serait temps, ça fait longtemps que je n’y ai pas joué ! C’était en 2005 la dernière fois je crois !

Et il ne se plaint jamais que tu lui composes des trucs trop difficiles ?

Parfois je le fais recommencer ! Il est obligé de faire pile ce que j’entends dans ma tête ! Certains refrains, c’est vrai, nécessitent beaucoup de chœurs. Mais il fait et il refait jusqu’à ce que ce soit parfait ! Mais il ne se plaint jamais. Il est cool !

C’est bien ! Tu l’avais rencontré comment ?

J’avais juste fait une demande… Je l’avais rencontré une seule fois, il y a des années de ça, on avait parlé un peu mais sans plus. Je lui ai demandé par email et il a accepté. J’avais vraiment besoin d’un chanteur de très bon niveau pour chanter ce genre de lignes musicales. Celui que j’avais avant ça ne collait pas - celui que j’ai eu en live, pas celui qui chantait sur les trois premiers albums. Donc il fallait vraiment quelqu’un capable d’amener le morceau au niveau qu’il fallait ; si tu prends quelqu’un qui n’est pas vraiment capable de produire cette mélodie ou qui la fait mal, ça ne va pas. Lui a accepté, et j’étais content parce qu’il a un vraiment bon niveau.

C’est toi aussi qui écris les paroles ?

Oui.

Tu fais tout en fait !

Oui ! C’est vrai que maintenant que tu me le dis, maintenant que j’y pense oui ! Ca va plus vite comme ça aussi ! On est habitué à travailler comme ça. On rentre en studio, et hop. Il n’y a que moi qui passe des nuits blanches en fait !

Tu n’aurais pas envie de composer autrement de temps en temps ?

Oh, moi je ne suis pas contre, mais comme ils ne s’en plaignent pas ils ne veulent pas ! Mais un jour oui, je ferais quelque chose avec quelqu’un d’autres, un autre style, ou on essaiera des trucs, mais Iron Mask ça a vraiment son identité… Je préfère, la garder avec ce que je compose. Mais si un des membres veut composer un jour y a pas de problèmes ! J’essaye juste de garder le cap ; un album d’Iron Mask je sais comment il doit sonner. Mais je ne suis pas contre le fait de composer ensemble, bien sûr. C’est juste qu’ils sont fainéants ! (rire)

Trouve en de plus travailleur ! Dans cet album, il y a apparemment une histoire, qui est représentée sur la pochette et est racontée dans la chanson éponyme de l’album. Est-ce que tu peux nous l’expliquer ?

C’est notre cinquième album, et moi je suis le cinquième enfant de ma famille ; mes deux parents sont morts, en hiver, et je suis l’enfant de cet hiver. J’ai mis ça en métaphore plus poétique, tu vois.

Et du coup Father Farewell c’est autobiographique aussi ?

Oui, ça parle du décès de mon père. J’ai commencé à écrire une balade, et puis c’était logique de continuer dans cette voie, avec l’émotion que ça m’apportait. C’est venu naturellement.

Tu mets vraiment des éléments très personnels dans tes albums…

J’essaye, je ne sais pas de quoi parler autrement ! Je mets déjà assez de films et de livres, il faut un peu de soi ! Obligé !

C’est vrai que ce qui revient souvent dans tes sources d’inspiration, c’est des éléments ou des personnages historiques. Ca te donne des idées ?

Oui, j’aime toujours en avoir. Un au moins, c’est sûr et certain que dans chaque album j’aurais au moins un thème historique. Je ne le fais pas exprès en plus tu voies ! A chaque fois ça se prête à la musique que je commence ; sur Gengis-Khan une partie asiatique… Là c’est sur l’histoire de l’Espagne, la Reconquista… Je ne le fais pas exprès mais j’aime bien. J’aime beaucoup l’histoire.

Dans le précédent album, le baron rouge ça s’écarte un peu des autres sources, qui sont souvent plus médiévales.

C’est un chevalier dans un avion avec la mort derrière lui ! Toujours la mort en fait. C’est notre mascotte ! Quand tu regardes l’Eddy d’Iron Maiden, il est dans toutes les époques. On peut le mettre aussi bien dans le futur que le passé !

Tu te réfères aussi à un roman d’Oscar Wilde, le portrait de Dorian Gray. C’est un livre que tu aimes ?

Oui, c’est un super livre ; j’ai vu le film aussi, et je me suis dit que ça pouvait bien donner en metal, cette horreur, ce mystère et ce mélange de serial killer et tout ce qui s’en suit ! Ca me facilite aussi pour les paroles vu que j’ai déjà la base. Ca n’est pas facile non plus de retranscrire en chanson un livre ou un film.

Mais c’est quand même un conte moral à la base…

(rire) Ca je ne sais pas ! Chacun interprète ! C’est vrai qu’il meurt à la fin. L’album d’avant c’était Nosferatu le vampire… J’aime bien avoir un peu d’horreur, un peu de tout. J’ai déjà la base pour le prochain album d’Iron Mask, qui sera un peu plus noir ; j’aurais peut-être un peu de moins de morceaux aussi, juste huit ou neuf. Et ce sera peut-être, mais ce n’est pas sûr, un concept album.

Il n’y a pas beaucoup de personnages historiques plus noirs que Gengis Khan, qui a conquis la moitié de l’humanité et rasé des villes entières en laissant des piles de crânes à la place !

Ahah ! Réfléchis bien ! C’était il n’y a pas si longtemps que ça… Disons vers 40-45 ! Et quand tu verras le titre tu comprendras ! (rire)

Ah c’est plus clair ! Donc tu as déjà une idée assez précise du prochain album ?

Ca commence un peu à germer… Je voulais faire un album plus futuriste mais j’ai changé d’avis, finalement je préférais quelque chose de plus noir, orienté deuxième guerre mondiale.

Et toujours aussi mélodique ?

Oui, toujours autant ! Ceux qui nous aiment continueront à nous aimer, ceux qui nous détestent continueront à nous détester !

Au fait, Nosferatu c’était le vieux film en noir et blanc ?

Oui, c’est ça, le vampire chauve avec les deux dents de lapin !

[caption id="attachment_14904" align="aligncenter" width="635"] Nosferatu le vampire, film fondateur du genre[/caption]

Tu dois bien aimer les vieux films !

Oui parfois je regarde les vieux films en noir et blanc, j’aime bien ça ! Je ne sais pas, ça me replonge dans un autre monde… Parfois ça a plus de valeur que tous les effets spéciaux que tu vois maintenant ; ok tu as des chefs d’œuvre comme le Seigneur des Anneaux, c’est bien écrit, c’est bien filmé mais parfois ils abusent des effets spéciaux ! De temps en tempts, tu vois un vieux film en noir et blanc et ça te met largement autant d’émotions.

Justement, il y a aussi une chanson sur Les sept samouraïs, un autre vieux film, c’est rare comme thème dans le metal ! C’est plus un film d’anti-samouraï, qui prend à contre-pied le coup des chevaliers héroïques…

C’est juste… Ca a été adapté aussi en Amérique, ça s’appelait Les sept mercenaires, sept gars qu’on engage pour défendre un village… J’aime bien ce genre d’histoire, où tu as un esprit de vengeance, où le bon gagne à la fin… Je suis resté un grand enfant ! (rire) J’ai cherché le film, mais je ne l’ai pas trouvé, donc je me suis basé sur le texte et l’histoire ; j’avais vu Les sept mercenaires mais c’est différent… J’ai adapté l’histoire. J’en ai gardé la partie « gentille » !

Et donc ce coup là c’était la Reconquista.

C’est ça, quand l’Espagne a chassé les Maures, au XVème siècle. Pour le suivant je ne sais pas trop ce que je mettrais comme référence historique, peut-être un truc sur l’Égypte, ça je n’ai jamais fait à part dans Magic Kingdom. On verra ! L’époque des pharaons… On verra. Si l’album est un concept, comme je te le disais tout à l’heure, il n’y en aura peut-être pas. Mais ça va être dur pour moi de composer sur un seul thème, je vais voir.

Un autre thème qui revient souvent dans ta musique, c’est une sorte de quête mystique on dirait.

Oui, ça me parle. Je ne sais pas trop d’où ça sort. La plupart des gens y pensent aussi j’imagine. On se demande tous quel est le but de tout ça ! Peut être qu’un jour on le saura… On essaye de découvrir petit à petit tout ce qu’on est, à travers tout ce qu’il y a. Moi c’est en écrivant modestement mes trucs, ce n’est pas de la philosophie ni rien mais ça accompagne ma musique. J’essaye de mettre un peu de tout ce que moi je trouve important

Là il y a Back Into Mystery, dans ce thème.

Oui, celle-là elle parle aussi de mon père. Peut-être que quand tu meurs tu vas quelque part, on ne sait pas. Je préfère croire qu’on s’en va là bas ! Peut-être que je me trompe, qu’après c’est le rideau noir… Il y a des gens au bord de la mort qui ont vu des choses, des tunnels, il y a beaucoup de témoignages… Tient c’est un bon thème pour le prochain album !

Du coup tu fais un peu le pari de Pascal en fait ?

Connais pas, c’est quoi ?

C’est l’idée que si tu paries sur la vie éternelle, et que tu te comportes bien, s’il n’y a rien de l’autre côté ta perte reste finie, tout ce que tu aurais pu faire pour toi et que tu n’as pas fait, mais que si tu gagnes ton gain est infini.

Ah je vais me renseigner tiens ! Ca serait pas mal comme thème ça aussi ! (rire) Tu en as d’autres des idées de thèmes ?

Est-ce que tu veux une idée de thème historique ?

Vas-y.

Est-ce que tu as déjà entendu parler de l’Holodomore ?

Non.

C’est la grande famine organisée par Staline pour punir l’Ukraine de ses désirs d’indépendance, pendant la guerre civile. Après la victoire des communistes il a fait planifier une grande famine, en confisquant tous les stocks de nourritures dans et autour de l’Ukraine. Ca a fait deux à cinq millions de morts on sait pas trop.

Ouah… Violent ça !

Ca t’inspire ?

Pourquoi pas… Faut savoir le mettre en musique. Ca va être très thrash ! C’est vrai que c’est un thème qui pourrait rejoindre l’autre. C’est une bonne idée ça ! Tu vas bien rigoler quand tu verras le prochain album ! (rire)

Je reviendrais t’interviewer surtout ! Et d’ici là j’espère surtout te voir en concert, donc.

Oui, j’espère vraiment venir en France, il y a beaucoup de gens qui nous le demandent, maintenant on va y travailler mais pour le moment je ne peux pas te dire de date précise. On en a quelques unes mais en Hollande. C’est vrai que c’est difficile pour nous parce qu’on aimerait bien revenir jouer ici, la dernière fois c’était y a presque dix ans. C’était en 2005 je crois, pour le deuxième album. Je me rappelle même plus comment s’appelait la salle ! Et une autre fois on a joué pas très loin de Paris, c’était pendant la période des émeutes qu’il y avait en France, tu vois en novembre 2005. On tournait avec Anvil et ils n’ont pas osé y aller à cause des émeutes, alors le promoteur m’a appelé : « vous pouvez venir remplacer Anvil ? – Oui, bien sûr. – Vous n’avez pas peur des émeutes ? – Non. – Bon ben parfait ! » On est arrivé et il n’y avait rien, c’était une salle omnisports bien pleine.

Il y a d’autres villes de France où tu as envie de jouer ?

Partout ! Partout où les gens veulent nous voir ! Bordeaux je n’y ai jamais été, dans le nord aussi j’aimerais bien, vers Lille. Ou alors carrément dans le sud, je ne connais pas l’état du metal à Marseille mais je sais que dans les pays latins ils aiment bien le metal. L’Italie, l’Espagne, la Grèce, on a plus de fans. Je ne sais pas ce qui se passe avec la France mais parfois tu as moins de cent personnes, voir des concerts annulés… Les places sont trop chères peut-être ? Ou un problème avec les salles… J’espère que ça ne pénalise pas les gens…

C’est les groupes français que ça pénalise pas mal je crois.

Pourtant vous avez pleins de salles partout en France !

Ce n’est pas un pays très metal…

Mouais, on se sent un peu seul ! Il faut chanter Rock Religion, partout ! Halte au rap ! (rire) Non je plaisante ! Moi je serais prêt à faire un truc avec un groupe de rap, juste pour faire connaitre le metal. Tu vois les rappeurs ils sont interviewés partout, chez Laurent Ruquier, à Taratata, mais tu vois jamais de groupes de metal mélodique ou rien du tout ; des guitaristes, des batteurs des bassistes t’en vois jamais ! Tu trouves ça normal ?

Non.

Voila. C’est quand même une grande injustice ! Je ne comprends pas, et c’est grave en un sens. Pourquoi eux ont le droit d’être interviewés, que toute la masse les connaisse, et pas nous ? On ne fait pas de musique nous ?

Ca fait vingt ans qu’on se pose la question… Tu avais vu la fois où Lordi était passé à l’Eurovision et où les commentateurs français s’étaient ridiculisés ?

Ah oui, les commentaires de Drucker ! C’est un grave lui. Il a peut-être fait une belle carrière mais il a rien comprit sur ce coup là. C’était vraiment violent. Ca leur a fait mal au cul qu’un groupe de hard puise gagner l’Eurovision. Ils se sont payé la honte, c’est sûr et certain. Ca montre aussi l’ignorance qu’on peut avoir au bout de cinquante ou soixante ans de carrière, mais tu connais rien à côté de ce qui est à la mode…

Moi je suis content, tant que tu ne va pas chez Ruquier je peux t’interviewer !

(rire) Même si j’allais chez Ruquier je viendrais quand même ! Au contraire ! S’il nous prend un jour ça sera deux minutes et au revoir ! Mais le jour où ça arrivera vraiment à un gars hard rock ou metal…

On parie une bière que ça arrivera !

Ca marche !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>