Iron Mask – Fifth Son of Winterdoom

Dans le petit monde du metal, Iron Mask possède une réputation bien établie : celle d’un clone de Yingwe Malmsteen au line-up (presque) aussi changeant. Il est vrai que c’est un peu le bébé de Dushan Petrossi, guitariste de grand talent et compositeur du groupe, qui n’a jamais renié sa ressemblance avec l’illustre suédois, et a même tendance à la cultiver ! Deux membres de son groupe, Mark Boals (chant) et Mats Olausson (clavier) sont d’ailleurs d’anciens partenaires de Malmsteen.

Les similitudes ont cependant leurs limites, et Dushan Petrossi n’est pas du genre à vouloir imiter Paganini. Le metal qu’il propose est solide, carré, efficace, et résolument heavy. Du bon power, mélodique mais sans excès, puissant et rythmé mais calculé et mesuré. On est par ailleurs nettement moins dans une veine « guitare héros », les compositions sont calées pour faire ressortir le chant. Et en ce qui concerne ce dernier, Mark Boals est un chanteur de haut niveau qui ne détonerait absolument pas avec Gamma Ray ou autre formations, et qui du reste a déjà fait ses preuves avec Malmsteen. C’est lui qui assure l’intégralité du chant, y compris les chœurs sur les refrains.

En tout cas, à l’évidence Dushan Petrossi ne manque pas d’inspiration ! Douze chansons et plus d’une heure au total, voici un album bien rempli ; beaucoup de groupes n’auraient pas hésité à en faire deux avec ce matériel-là, et un peu de remplissage pour compléter.

Au premier rang des plus surprenantes, on trouve deux chansons centrées sur des thèmes littéraires et cinématographiques : Seven Samurai et The Picture of Dorian Grey. La première est inspirée du film de Kurosawa, chef d’œuvre du cinéma japonais sorti en 1954, et dont les américains s’empressèrent de faire un remake, les Sept mercenaires. Là c’est apparemment la version japonaise qui a servi de source, car le titre ouvre sur un petit morceau de luth. L’histoire se passe au Moyen-âge et raconte le combat de sept samurais, engagés par un village de paysans pour les défendre contre des bandits. La chanson est donc épique, parsemée de riffs saturés et de luth, de chœurs glorifiant la vaillance des samurais…

Mais même s’il est question de chevalerie et de bravoure, en s’attachant à une histoire atypique la chanson s’écarte clairement de l’héroïque-fantaisie à la Rhapsody ou à la Dragonforce. Il n’est pas question de nobles guerriers en armures immaculées lancés dans des quêtes épiques, mais de mercenaires sans le sou protégeant un village de paysan. Et le style musical n’a donc au final aucune ressemblance avec Emerald Sword ou Cry Thunder.

The Picture of Dorian Grey est également surprenante. Elle se base sur une célèbre et grinçante nouvelle d’Oscar Wild. Obsédé par le désir de garder sa jeunesse et sa beauté, Dorian Grey formule le vœu que son portrait vieillisse à sa place. Il est exaucé mais, ayant perdu toute forme d’innocence ou de  compassion, devient de plus en plus cruel et odieux. Et ces sentiments se reflètent dans l’expression de son image sur le tableau, le rendant de plus en plus hideux. Alors que les années passent et qu’il conserve sa beauté et sa jeunesse, son portrait devient peu à peu celui d’un homme monstrueux. L’interprétation musicale qu’en a fait Dushan Petrossi est intéressante à plus d’un titre, et extrêmement bien servie par Mark Boals, qui y utilise deux styles de chants différents. Selon les moments narratifs, des riffs saturés soulignent les moments clés ; des semples clairs et rapides appuient les montées en puissances du chant racontant les évolutions de l’histoire.

Le titre éponyme est dans une autre veine. On entend des pas dans la neige, un loup hurler au loin, un bébé qui pleure. Et puis soudain un petit air de flûte façon folk, et même si la suite repart dans le power metal, elle garde un petit côté folk, tant dans la mélodie que les chœurs ou les paroles. Assez inattendu chez Iron Mask, mais le mélange fonctionne et apporte sa petite touche à l’album.

Etrangement, beaucoup de titres ont un caractère mystique assez prononcé. Only One Commandment, Rock Religion et Reconquista 1492 notamment, sont un curieux mélange de power metal et d’inspiration (ou d’aspirations ?) spirituelle. Egalement dans Back Into Mystery, bien qu’en plus atténuée, la chanson s’interrogeant sur la vie après la mort… Après le power metal épique, le power metal mystique ? A voir mais en tout cas le mélange fonctionne, notamment grâce à l’efficacité des riffs et, une fois encore, des capacités de Mark Boals et de la grande expressivité de son chant.

Au fait, est-ce l’une de ces critiques de la religion chère au metalleux, ou une simple inspiration ? Un peu des deux, suivant les chansons. A l’évidence, Dushan Petrossi n’a pas d’avis particulièrement tranché sur la question, et s’intéresse essentiellement à l’aspect musical.

Plus curieux, le thème de l’énergie enchainée et prête à déborder de Like a Lion in a Cage et Eagle of Fire ; le power metal est sans doute le style adéquat pour traduire musicalement ce genre de sentiments !

Au final, on l’aura compris, un album particulièrement riche dont l’exploration pourra prendre de nombreuses écoutes ! Dushan Patrossi poursuit tranquillement son chemin avec le groupe qu’il s’est choisi, et confirme sa montée en puissance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>