Mylidian – Seven Lords

La scène metal française regorge décidément de talents cachés. Encore peu connus, Mylidian s’inscrit dans la lignée de ces jeunes groupes nouveaux venus, difficilement classables et décidés à faire sauter les cloisonnements dans tous les sens. Premier élément original, tous les textes se rapportent à un jeu de rôle du même nom que le groupe…

Ce dernier, qui s’appelait à l’origine Phoenix, a été fondé en 1996 par son chanteur, Armendar, également claviériste du groupe Asylium Pyre. Par la suite, avec l’aide de l’un de ses amis il développa un jeu de rôle se déroulant dans le mon de Mylidian, dans un univers cyber-gothique-punk. Il rebaptisa ensuite et changea le concept de son groupe, qui consiste maintenant à mettre en musique les histoires qu’il a créé pour le jeu.

D’emblée, l’album s’avère particulièrement riche et complexe à appréhender. La toile de fond peut se décrire comme une sorte d’opéra-metal à la Rhapsody, où les influences sombres remplaceraient le côté épique. Un petit côté musique de film à la Nightwish également, mais si l’esprit rappelle un peu celui d’Imaginaerum on en est très loin en termes de résultat. De fortes influences gothique et électro viennent compléter ce tableau.

Dès la deuxième chanson, on est désarçonné. Après un premier titre d’introduction, un morceau symphonique très travaillé à mi chemin entre musique de film et musique classique, batteries et guitares font leur apparition. Schéma classique dans le power metal, le metal symphonique, etc. On s’attend donc au chant clair, masculin ou féminin, éventuellement de style lyrique ou à la Fabio Lione, qui est immanquablement l’ingrédient suivant. Mais au lieu de cela, c’est un chant hurlé dans le style punk hardcore qui s’élève soudain !

L’effet de surprise joue à plein. D’un univers, on passe tout d’un coup dans un autre avec lequel il n’y a d’habitude guère de communication. Mais cela ne s’arrête pas là. Après un long passage de chant hardcore, des chœurs semi-lyriques font ensuite leur apparition. Calmes et mélodieux, solides et paisibles comme un arbre au milieu d’un champ de bataille… Leur douceur contraste violemment avec la violence du chant hurlé – soutenu qui plus est par des guitares saturées. Retour dans la veine néo-classique, jusqu’au retour du chant hardcore. Qui, quelques minutes plus loin… se met à chanter en français. Un exercice rare auquel peu de groupes se sont risqués en dehors de quelques formations de black ou pagan, ou des groupes plus typés hard rock comme Ange ou Messaline…

En deux titres, le décor de l’album est posé. Mydlian franchit toutes les frontières musicales.

De nombreuses autres surprises attendent l’auditeur tout au long de l’album. On ne les décrira pas – c’est au lecteur de les découvrir. Concrètement, l’aspect symphonique est au final très marqué, mais loin d’être prédominant sur toutes les chansons. Les ambiances sont assez sombres, fortement marquées par le mouvement gothique.

Niveau chant, on en a donc là trois différents : un chant féminin clair, un chant masculin clair, et un autre chant masculin hurlé dans un style plutôt deathcore ou punk hardcore. Le chant féminin, assuré par Béatrice Descamps, est dans un style pop-rock assez classique. Chacun exprime un état d’esprit ou une émotion : violence, peur, tristesse…

On saluera la sagesse (ou peut-être les circonstances) qui a conduit le groupe à ne pas choisir une chanteuse lyrique, car le résultat aurait probablement été excessif. Curieusement, les trois ont un accent français assez marqué, ce qui leur donne une sonorité assez originale. Au début de The Mentor notamment, le groupe semble prendre volontairement un accent prononcé.

Des chœurs assez abondants également, de différents types. Certains clairs, d’autres franchement lyriques, parfois de style religieux…  On notera la beauté de ceux de Red March, où Armandar et ses compagnons prennent leurs voix lointaines pour évoquer la marche d’une armée dans le brouillard…

Certains titres développent également d’excellentes parties de guitares, riches en solos et en technicité. La troisième des quatre parties du titre final, The Seventh Lord, notamment comporte de longs soli avec alternance de guitares sèche, claire et saturée.

L’histoire, elle, rappelle celles de bandes dessinées comme les Technopères ou la Caste des Métabarons, des classiques de la science-fiction et des univers cyber-gothique : dans un futur indéterminé, le monde est dominé par une secte rendant un culte à la technologie, leur organisation et leur vocabulaire étant emprunté à celui de l’Eglise (techno-évêque, cyber-prêtre, etc).

Au final, un album inattendu et riche, qui fait sauter nombre de barrières et ouvre des perspectives intéressantes. L’idée de se baser sur un jeu de rôle est originale et permet de développer une histoire complexe tout en mettant en scène des épisodes choisis.

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