Nothing – Guilty Of Everything

Il y a des styles musicaux dont le simple nom évoque l’inconnu. Des sous-courants d’autres styles ayant évolués, grandis, et pris un jour leur indépendance sous la plume d’un média enthousiaste. Tel est le cas du shoegazing, mélange de musique expérimental et de rock alternatif, né en Grande-Bretagne à la fin des années 80. Marginal, n’ayant jamais cherché la médiatisation, il ne l’a jamais trouvé et sa popularité est toujours restée faible, limitée aux courants alternatifs en quête de contre-culture.

Ce qui n’empêche pas de nouveaux groupes de se former et de rejoindre le mouvement, comme Nothing, fondé en 2011 par Domenic Palermo. Officiant à l’origine dans la scène punk hardcore, divers éléments le conduisirent à se remettre en question, et il évolua progressivement vers cette scène complètement opposée. Sa rencontre avec Brandon Setta scella l’avenir de la formation. Après quelques démos et EP restés très confidentiels, « Guilty of Everything » est leur tout premier album.

Que l’on imagine le rock le plus léger et le plus atmosphérique qui puisse exister. Le chant n’est qu’un souffle, un murmure qui pourrait se confondre avec le vent. Des guitares lentes et douces, cordes pincées une à une comme par un joueur de harpe. Une batterie très présente – c’est un peu le deuxième acteur de l’album. Et des musiques d’ambiance, omniprésentes. En revanche le côté bruitiste, typique du shoegazing, est ici assez limité. Un peu au début de B&E, à la fin de Endlessly

Et voila. Bienvenu dans le monde onirique de Nothing – et ce n’est pas de l’ironie ! Il y a quelque chose dans ce rien là, mais pour le trouver il faut s’immerger complètement dans la musique.

La principale richesse de l’album est donc dans les ambiances. Dans les montées et les murmures du chant, dans son dialogue avec la batterie, dans les longs passages instrumentaux. Dans ces rythmiques étranges et lentes et ces alternances cycliques de morceaux identiques, produisant un effet hypnotique, dans la meilleure tradition du rock psychédélique.

Neuf chansons au total, presque toutes d’environ quatre minutes, chacune avec ses variations, ses mélodies changeantes, son ambiance… Et au milieu de l’album, Somersault et son chant si bas et si murmuré qu’il se confond presque avec la musique, elle-même procédant par vagues comme lancées l’une après l’autre contre une grève invisible. Puis Get Well, dont l’intro de guitares saturées et rapides surprend. Le chant, bien que toujours aussi bas, semble porteur d’une étrange inquiétude.

De quoi parlent les chansons au fait ? On ne sait pas trop… Aura-t-on vraiment envie d’en percer le mystère ? Peut-être pas. Mais de ce que l’on capte ici et là, on devine cependant que la douceur de l’album n’est qu’apparente.

Ecouter Nothing, c’est un peu comme de se tenir immobile sur une colline par un jour de printemps. Le vent souffle doucement et fait bruisser les herbes, à qui il semble murmurer on ne sait quel mystère. Un arbre unique, un arbre centenaire, est planté au pied de la colline, et semble répondre au vent. Mais dans les hautes herbes, vous ne verrez pas de fleur. Peut-être, en cherchant bien, un perce-neige caché çà et là…

Il faut se plonger dans cet album comme dans un voyage. Le choix de monter ou non dans la barque n’appartient qu’à nous.

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