Interview de Sabaton (I)

Aujourd'hui, place à l'histoire ! Rencontre avec Sabaton, qui nous parlera de leur musique, et de quelques héros de la seconde guerre mondiale aujourd'hui tombés dans l'oubli.

D’abord, merci pour cette interview et félicitation pour ce nouvel album ! Le septième, si mes comptes sont bons. Quand vous avez fondé Sabaton en 1999, est-ce que vous vous attendiez à un tel succès ?

Merci ! Il y a deux ans il n’y avait pas tant de gens pour interviewer Sabaton, alors je suis content ! Et non, quand nous avons commencé Sabaton je n’avais absolument pas idée de ce que ça allait devenir. Au début c’était juste quelque chose de fun et nous n’avions pas d’espoir particulier. En 2005, quand nous avons enregistré Primo Victoria nous avons vraiment commencé à trouver le son de Sabaton, et je me suis dit qu’il y avait quelque chose et que nous pouvions peut-être aller quelque part avec ça ! Mais c’est en 2008 avec The Art of War que j’ai réalisé qu’il y avait vraiment un truc ! Et j’ai poussé le groupe, et à partir de ce moment je travaillais dessus à plein temps. Et maintenant je regarde plus loin encore… Mais au début, non, je ne m’en doutais absolument pas.

J’ai l’impression que dans les chansons vous parlez des choses dont vous avez vraiment envie de parler.

Encore une fois avec Primo Victoria, en 2005 quand nous avons commencé à écrire, nous voulions écrire à propos de quelque chose de réel. Quelque chose qui n’était pas de la fiction mais la réalité. Alors Joakim et moi nous nous sommes assis et nous avons discuté, et nous avons réalisé que ok, nous aimions tous les deux l’histoire, alors nous avons décidé de nous concentrer là-dessus. Et au fil du temps nous nous y sommes intéressés de plus en plus et nous avons approfondi nos connaissances, et nous nous sommes rendu compte que nous étions tous les deux passionnés par la seconde guerre mondiale. Peut-être parce que c’est un sujet très bien documenté, en comparaison avec des périodes plus anciennes, et si nous écrivions au sujet de quelque chose vieux de cinq-cents ans ce ne serait plus des faits ! Nous ne ferions que répéter des mythes, des légendes et inventer nos propres histoires. Alors nous sommes partis sur la seconde guerre mondiale. Par le passé, Sabaton s’est essentiellement focalisé sur les plus grandes batailles et les évènements majeurs, mais dans Heroes nous avons décidé de zoomer sur quelques personnes qui ont fait plus qu’agir dans leur propre intérêt. Plus que leur devoir le nécessitait. Ils se sont mis en danger de manière désintéressée. Et ils sont le sujet principal de Heroes.

L’histoire la plus forte est, je pense, Inmate 4859 celle à propos du soldat polonais qui s’était fait volontairement interné à Auschwitz.

Cette histoire fut la ligne directrice de tout l’album. En 2010, quand nous avons fait l’album Call to the Arms, nous avions déjà tous les sujets. Et il y avait une chanson que nous voulions écrire, et c’était cette histoire. Mais nous ne l’avons pas écrite pour Call to the Arms, nous n’en avions pas la possibilité, nous n’avions pas le temps et ça ne cadrait pas avec le reste de l’album, donc nous l’avons mis de côté pour une autre fois, dans quelques années, pour quand nous voudrions écrire un album sur ce sujet. Et au final, c’est Heroes. Alors cette chanson avait déjà  commencé à prendre forme il y a quatre ans !

[caption id="attachment_16005" align="aligncenter" width="290"] Witold Pilecki.[/caption]

Est-ce que ce n’est pas dur d’écrire une chanson sur une histoire aussi terrible?

Je ne pense pas que cette histoire soit terrible. Je veux dire, il a montré un immense courage, c’est une histoire chargée de beaucoup d’émotion, et nous aurions pu l’écrire de plusieurs manières. Normalement nous avons toujours la musique avant d’écrire les paroles, et quand la musique est faite nous avons un certain nombre de thèmes et nous essayons de les faire coller avec les chansons. Parce que le sujet doit être compatible avec l’esprit de la musique. Avec cette histoire nous savions qu’elle pouvait aller avec n’importe quelle musique ! Elle est si puissante qu’elle peut aller avec une chanson rapide, lente… Nous aurions pu la faire coller avec toutes nos chansons ! Maintenant, il s’est trouvé que c’était la chanson la plus heavy que Sabaton ait jamais composée…

Le plus dur dans l’histoire, c’est qu’il a finalement été exécuté par les soviétiques. C’est une forme de trahison…

Oui, mais tu sais, c’est généralement le destin de la plupart des gens qu’on appelle héros. La même chose est arrivée à Karel Janousek, le héros de la chanson Far From the Fame. C’était un aviateur tchécoslovaque, et si nous avons décidé de parler de lui, c’est non seulement pour ce qu’il a fait là haut dans les airs, mais aussi pour ce qu’il a fait au sol, quand il a appelé les soldats tchécoslovaques à rejoindre l’Angleterre, et qu’il leur a donné l’opportunité de se défendre et de combattre pour leur liberté. Et la moitié de son combat fut contre les anglais, pour les convaincre : « donnez nous des avions, laissez-nous rejoindre le combat ! » Alors en un sens c’était pareil pour lui. Il y a différents héros, et ils n’ont pas tous à porter un fusil.

Est-ce que tu penses qu’un jour vous ferez un album qui ne parle pas du tout de guerre ?

Nous pourrions ! Mais je pense que ce que nous faisons là, c’est ce que nous voulons vraiment faire, alors de toute manière continuer comme ça est ce qui est le plus sensé. Mais il ne faut jamais dire jamais ! Mais je ne veux pas promettre trop.

Ou alors peut-être sur ceux qui ont été impliqués dans la guerre mais, comme tu l’as dit, sans fusils. Comme Florence Nightingale, par exemple, ou ce genre de gens…

Il y a beaucoup de choses, mais la plus importante c’est que nous jouons du heavy metal. Et le heavy metal, c’est aussi une attitude. Alors nous ne pouvons pas écrire à propos d’évènements de l’histoire qui ne cadrent pas avec cette attitude.

Vous avez un nouveau batteur maintenant. Comment l’avez-vous choisi ?

Ce fut facile. Nous le connaissions déjà ; nous l’avions rencontré à un festival en Turquie où il jouait avec son groupe, Evergrey, et tous les gars de son groupe étaient complètement ivres sauf lui ! Alors nous avons beaucoup discuté. Et quelques années plus tard, nous avons fait une tournée avec Evergrey en Amérique et il était souvent avec nous, alors nous sommes devenus de très bons amis. Et quelques années encore après, notre batteur est devenu papa, et donc il a fait un break avec Sabaton et nous avons pris Snowy Show à la place. Et à un moment il avait besoin de quelqu’un pour un morceau, alors il a demandé à Hannes. Et donc Hannes travaillait pour Sabaton, et durant cette période il était tout le temps en train de dire « eh, quand vous voulez je peux assurer la batterie, et si Snowy quitte le groupe et ne revient pas je peux faire la batterie ! » Ok ! Donc, avec Hannes le changement a été très facile, parce qu’il connaissait déjà les chansons, il les avait écouté pendant les concerts quant on tournait ensemble, il les avait joué, donc c’était vraiment facile.

Est-ce que c’est aussi un fan d’histoire ?

Ca l’intéresse de plus en plus. Tu sais, c’est la même chose avec Thobbe et Chris : ils n’y ont pas le même intérêt que Joakim et moi, mais cela vient parce que quand ils écoutent les histoires ils sont « oh, intéressant ! » Et au début Joakim et moi nous ne nous y connaissions pas non plus beaucoup, mais nous avons appris au fil des années, et cela nous intéresse toujours plus.

Snowy Shaw est un formidable musicien ! Comment est-ce que vous l’avez choisi pour faire la tournée ?

[caption id="attachment_16011" align="aligncenter" width="336"] Snowy Shaw[/caption]

Nous l’avons juste appelé ! Parce que nous le connaissions, nous sommes amis, nous avons voyagé avec lui quand il était dans Therion et ce genre de chose. Nous l'avons appelé, parce qu'il était avec Therion à ce moment là,  et lui avons demandé : « est-ce que tu connaitrais quelqu’un qui joue de la batterie et voudrait jouer avec Sabaton ? ». Et il a dit « oui, je connais quelqu’un. Moi ! » Et nous avons dit « mais tu es dans Therion ! » Et il a répondu : «  Je ne suis pas dans Therion, je fais juste quelques concerts avec eux, mais je préfère être avec vous les gars, et je veux jouer de la batterie ! Donc je veux jouer avec vous. »  Aussi simple que ça !

Et il ne voulait pas intégrer définitivement Sabaton?

Non, parce qu’il a des tas d’idées ! Il fait tellement de chose de son côté, il est en train d’écrire un livre, il dirige des séances photos, il fait un DVD, il a monté son Snowy Show Project, il a son propre projet solo, il joue de la guitare, il chante, il joue de la basse, il fait des pochettes d’albums, bref c’est vraiment quelqu’un de très occupé ! Et il a tellement d'idées, tant de choses qu'il veut faire dans sa vie! Alors pour lui pour se concentrer sur un seul groupe c’est presque impossible! Il est du genre « ah je veux faire tout ça avant d’être vieux ! Et si je reste dans Sabaton je n'ai pas le temps! Donc je suis là pour un petit moment, le temps de lancer ma propre carrière, et après je m’en vais. » Il est vraiment bon ! C’était vraiment passionnant de jouer avec lui.

C’était particulier de faire la tournée avec lui ?

Oui, parce qu'il ne connaissait pas nos chansons ; il ne se souciait de savoir pas comment sonnait la batterie avant. Quand il écoute nos chansons il écoute comment elles sonnent, comment est le chant, les guitares. Et après il les joue à sa façon ! Et après il ne se rappelle jamais comment il a joué la veille. Alors chaque nuit il jouait d’une façon différente. C’est comme ça qu’il est ! Il se contente de jouer comme il le sent ! C’est passionnant de jouer avec lui mais il faut être tout le temps attentif ! C’est un musicien très sérieux, et très talentueux.

 

(à suivre)

 

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