Interview de Nightmare – partie I

Aujourd'hui, rencontre avec les grenoblois de Nightmare qui entre deux tournées internationales viennent nous présenter leur nouvel album, The Aftermath. Et c'est leur charismatique bassiste, Yves Campion, qui a répondu à nos questions.Salut, et merci à toi pour cette interview ! Tu ne dois pas t’en souvenir mais il y a deux ans je t’avais déjà interviewé pour la sortie de The Burden of God. Aujourd’hui c’est The Aftermath. Si on te demande ce qui a changé pour le groupe dans l’intervalle, quelle est la première chose qui te vient à l’esprit ?

Merci à toi ! Déjà, un retour plus direct, plus power metal, un album plus dans l’esprit d’Insurection, plus direct au niveau des guitares, moins sophistiqué que The Burden of God. Donc l’évolution entre les deux albums c’est à ce niveau là, je pense que tu as pu le constater en l’écoutant… C’est le retour aux sources, sans pour autant faire la même chose qu’avant. Au niveau des compos il y a toujours des claviers, mais mixés différemment… Une approche un peu teutonne ! Je pense que ça se sent sur la prod…

Oui, ça se sent bien. Entre les deux vous avez joué à Dubaï aussi, ça ne doit pas arriver souvent à un groupe de metal !

On va y jouer deux fois de suite même ! On y a joué l’année dernière, on y retourne mercredi de la semaine prochaine, on joue vendredi – le jour de la sortie de l’album ! Donc voila, la release party officielle se fera à Dubaï… C’est génial ! Et puis on y va avec nos potes de Loudblast, ce qui rend le truc encore plus exceptionnel.

[caption id="attachment_16958" align="aligncenter" width="502"] Un endroit où peu de metalleux ont le privilège de jouer...[/caption]

C’est comment l’ambiance en concert là bas ?

C’est génial. C’est autre chose. Le public est super chaleureux, ils n’ont pas l’habitude d’avoir des concerts tous les deux jours, alors quand ils se lâchent ils se lâchent ! Ils ne viennent pas que de Dubaï, vu que c’est quand même un endroit surtout axé business ; au Dubaï Rock Fest les gens viennent de partout, de Bahreïn, du Koweït, d’Abu Dhabi… C’est vraiment l’évènement, et ça c’est quelque chose de génial. Quand tu sais que le gars a fait cent bornes pour venir te voir… T’as juste la chair de poule !

Ok ! En 2012, vous aviez enregistré l’album avec Patrick Liotard, et ça c’était tellement bien passé qu’il avait composé deux morceaux. Il a travaillé aussi sur cet album là ?

Là on a travaillé avec lui la partie chant – on ne change pas une équipe qui gagne, et c’est vrai qu’au niveau du coaching chant il est très, très bon – mais il n’a pas fait l’album de A à Z comme pour The Burden of God, là on est allé en Allemagne, au Dreamsound Studio, pour le mixage et pour faire le reste. C’est un peu le même principe que sur Insurection, mais pas avec les mêmes règles. Parce qu’on avait aussi fait le chant avec Patrick Liotard et la prod à Stuttgart.

Les parties vocales sont particulièrement techniques, ça n’a pas été trop compliqué pour Jo Amore ? Ce n’est pas trop fatigant pour sa voix ?

Physiquement, les capacités il les a. L’important c’est d’utiliser ce qu’arrive bien à faire Patrick. C’est d’utiliser tous ses registres de manière efficace, pas désordonnée. Ce serait dommage de ne pas utiliser le potentiel de sa voix, dans la mesure où les morceaux s’y prêtent. En général, on arrive à bien combiner. Sur celui-là il y a des performances, mais l’important c’est que le morceau sonne, c’est pas juste de faire de la performance pour faire de la performance. Autant utiliser le potentiel au maximum et ne pas laisser de côté des choses qui pourraient être exploitées.

Comme tu disais, les parties instrumentales ont beaucoup évoluées, nettement moins power metal.

Elles ont un côté plus thrash, mais je ne suis pas d’accord, elles sont bien marquées power metal. Burden of God a une production plus américaine, plus léchée, avec un clavier plus fort et plus d’effets ; là c’est plus brut, le son de guitare est plus agressif, plus teuton – brut de pomme ! On est revenu aux racines qu’on avait sur Insurection.

C’était votre volonté de revenir à vos racines ?

Non, c’est une évolution naturelle. Après la question est toujours de savoir… Quand on arrive au deuxième, troisième album, te renouveler pour arriver à faire mieux que l’album d’avant c’est toujours la question. Tu arrives au neuvième c’est toujours la même question mais c’est pas la même chose, tu as huit albums derrière toi. Arriver au neuvième album et faire mieux que le huitième, c’est un peu la clef de voute de la survie d’un groupe. Si tout d’un coup tu fais un album - comme certains groupes dont on taira les noms l’ont fait - qui se plante parce que tout le monde le trouve à chier, et bien là on est mort. C’est un challenge à chaque fois, un vrai challenge. Et nous on ne calcule pas, on veut faire le meilleur album possible mais on n’a rien de calculé, sinon on perdrait la spontanéité du truc. Maintenant, quand en plus on a la tête dedans et qu’on n’a pas de recul on est très surpris des réactions ; moi j’avais fait toute la journée d’interview à Paris il y a deux ans, j’avais fait beaucoup d’interviews à l’étranger aussi, là j’en suis pas encore au même stade parce qu’on vient de commencer la promo, mais je me rends compte qu’on a beaucoup plus de retours positifs sur cet album-là que sur Burden of God. C’est ma première impression. Là, j’ai dû faire dix interviews depuis ce matin, et c’est ce que les gens m’ont dit. Je ne sais pas ce que tu en penses, toi… On a un retour positif sur cet album là, mais sans l’avoir prévu. Parce que c’est facile de dire « on fait toujours un meilleur album »… Beaucoup de groupes, quand tu les écoutes, leur dernier album c’est toujours le meilleur ! C’est facile à dire, mais pas à prouver ! Mais par contre, ce qui est important à ce niveau là c’est de se dire « ok tu arrives à neuf albums, il faut vraiment que tu arrives à faire mieux »… Du coup c’est pas évident.  

Il y a un truc qui m’a frappé, c’est qu’il y avait beaucoup moins de chœurs.

Il y en a beaucoup moins que sur Cosmovision, ça c’est clair et net. Le classique, on ne l’utilise plus trop non plus. Par contre, si tu prends les parties arrangements – claviers, chœurs et tout ça – si tu les prends seules, et notamment si tu prends les claviers seuls, avec toute la richesse de ce qu’a fait Jonathan, tu pourrais faire un album de Rhapsody ! Mais elles sont totalement sous-mixées, tellement mixées qu’elles sont là sans être là. Du coup ça donne quelque chose de vraiment intéressant. C’est pas juste des plages de clavier. Si tu les écoutes en détail il y a des cuivres, il y a de tout, mais c’est super bien dosé. On a vraiment l’arrangeur qu’il faut pour faire cet effet. Mais bon, comme c’est sous-mixé, les gens ne captent pas tout. Si tu l’écoutes bien au casque, tu verras que les parties de claviers c’est pas juste une plage pour faire une atmosphère.

C’est vrai que sur cet album, et je ne dois pas être le seul, je me suis un peu focalisé sur les parties de guitares.

Parce qu’elles sont devant. Parce que c’est voulu qu’elles soient devant. Mais le clavier est vraiment présent. Si tu coupes les guitares et que tu mets le clavier, tu auras un album de Rhapsody.

Ca mérite d’être réécouté pour ça…

Au casque ! Parce que c’est sous mixé.

A la fin de Bringers of a No Man's Land on entend le bruit d’un revolver qu’on arme et une détonation, c’est quoi l’histoire de la chanson ?

Bringers of a No Man's Land, ça peut être interprété comme on veut, mais comme son nom l’indique ça parle des gens qui ont le pouvoir et nous emmènent nulle part. Bien sûr là on en a plein des exemples, on ne va pas faire de politique mais voila ! Et la fin c’est quoi ? C’est « boum prend ça dans ta gueule » et voila ! Et en fait c’est un sniper qui te tire dans la tête, et je suis désolé mais c’est ce qui est en train de se passer quand on écoute les infos. Les gens qui ont le pouvoir en abusent de plus en plus, soi-disant sortant le pays de la merde mais l’enfonçant deux fois plus… Ce n’est pas que la France, c’est partout. « Bringers of a no man's land ». Ca veut dire ce que ça veut dire. Et le thème de ce morceau c’est ça. Et la finalité c’est que tu te prends une balle ! Boum ! Chacun interprète comme il veut.

[caption id="attachment_16966" align="aligncenter" width="375"] Yves Campion.[/caption]

C’est assez pessimiste !

Assez, mais bon après ça reste aussi collé à notre style de musique, on n’est pas super optimiste, on est même pessimiste. Mais on l’est aussi parce que la société est pessimiste ; et c’est aussi parce qu’on veut donner ce côté obscur au truc.

Burden of God était très pessimiste aussi.

Aussi, oui. Moi j’adore les textes de Behemoth par exemple. Un morceau comme The Gospel of Judas sur Insurection par exemple, c’est un morceau typé Behemoth dans le texte. Preacher sur Burden of God c’est pareil.

L’évolution de la société te fait peur actuellement ?

Ca fait peur à tout le monde… Aujourd’hui qu’est-ce qui est positif ? Tous les jours aux infos, y a rien de vraiment positif. T’es pas enthousiaste non plus…

Je cherche !

Tu ne devrais pas, tu devrais dire y a ça, ça et ça… Bon, à la limite si l’équipe de France gagne la coupe du monde…

Mais en même temps, vous n’allez jamais jusqu’à faire dans le thème post-apocalyptique. Vous dépeignez un monde noir, avec des évolutions mauvaises, mais jamais le lendemain.

Peut-être que The Aftermath veut dire aussi ça. Chacun peut se faire son interprétation mais la pochette veut dire ça. Si tu la regardes bien il y a plein de choses dessus et c’est ça. Les conséquences, c’est bien que la chose est passée et c’est ce que tu te prends dans la gueule après…

(à suivre)

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