NIGHTMARE – THE AFTERMATH

Il y a en France quelques groupes de metal qui ces derniers temps arrivent plutôt bien à s’exporter. Est-ce une tendance durable, l’avenir nous le dira, mais les faits sont là. Parmi eux, les grenoblois de Nightmare se classent plutôt bien : deux années de suite au Dubaï Rock Fest, cette année au Wacken, à l’automne en tournée avec une bonne dizaine de dates en Allemagne, plus quelques unes en Hongrie, République Tchèque, Suisse, Pays-Bas…

Une belle consécration pour ce groupe ayant connu toutes les difficultés et les freins que peut rencontrer un groupe de metal français pour réussir à atteindre la scène internationale. Né en 1979, donné pour mort en 1985 après deux albums sans suite, puis ressuscité en 2000, ils ont depuis enchainé sept albums. Dernier en titre, The Aftermath relève donc le lourd challenge auquel sont confrontés tous les groupes à ce niveau : comment réussir à faire mieux que les huit albums précédents, et à se renouveler sans se dénaturer ?

La réponse de Nightmare est simple : revenir aux racines. Dans The Burden of God, leur musique tirait vers le power symphonique. Là, retour à un power metal plus proche du heavy, débarrassé de ses passages instrumentaux de style classique et d’une grosse partie des chœurs. Les passages de claviers sont toujours présents, mais sous-mixés, très en retrait. Ils contribuent à l’ambiance générale, mais il faut une certaine attention pour les écouter « séparés » du reste tant ils sont bien intégrés.

Les guitares sont donc au premier rang, et tiennent magistralement le rôle. Beaucoup de technicité comme d’habitude, un son assez lourd et une production assez brute, nettement moins lisse que sur The Burden of God. Plus « teutonne », pour reprendre le propre mot du bassiste, Yves Campion. Les magnifiques solos de Ghost in The Mirror ou les riffs de Forbidden Tribe en sont de bons exemples.

Le deuxième élément important est le chant de Jo Amore. La montée en puissance ou dans les aigües ça le connait, ça ne lui pose pas de problème, et tant mieux parce qu’un autre que lui serait en droit de trouver les parties vocales difficiles. Parmi ses morceaux de bravoures, il faut noter le début d’Invoking Demon avec ses rythmiques heurtées, et les montées en puissance de Necromancer et I Am Immortal. Il sait également faire preuve d’une grande expressivité, notamment sur The Bridge is Burning, où se succèdent plusieurs ambiances très différentes. Sa technique très particulière, sorte de voix de tête « bloquée » et un peu hurlée, lui donne un caractère qui contribue grandement à la spécificité du son de Nightmare.

On sera étonné de l’entendre en mode plus sombre, par moment limite death, sur Digital DNA et Ghost in the Mirror. Peut-être les titres les plus violents de l’album, ce qui ne les empêche pas d’avoir leurs moments d’apaisement, comme des nappes d’huiles sur la mer au beau milieu d’une tempête – le retour n’en est que plus violent.

Et il en reste donc les deux qui bossent dans leur coin et font le travail de fond discrètement, à savoir la batterie et le clavier. Même si on ne s’en rend pas compte à la première écoute, leurs parties, bien que mises à l’arrière-plan, sont riches et très complexes. En fait, elles mériteraient presque une écoute de l’album à elles seules. Les effets de batterie de Necromancer en particulier, représentent une formidable besogne.

Enfin, les thèmes et les paroles jouent un rôle important. Comme à l’ordinaire, la vision du monde qu’y développe le groupe est assez pessimiste, s’attachant à décrire une société sur son déclin (Bringers of a No Man's Land) ou des personnages impuissants ou indifférents face aux difficultés (Ghost in the Mirror, The Bridge Is Burning). Quand la sagesse existe encore, c’est au sein d’une tribu se débrouillant pour rester cachée, comme dans Forbidden Tribe. Un intérêt particulier pour les thèmes mystiques ou ésotériques (Necromancer, Invoking Demons) mais encore une fois traités de façon assez sombres.

 Mais de manière générale, dans Nightmare les textes ne sont jamais explicites, et laissent volontairement une très grande liberté d’interprétation à l’auditeur. Ils sont en fait là plus pour faire réfléchir, poser une problématique, rapprocher certaines questions.

Pour terminer cette chronique, Nightmare est revenu à ses fondamentaux et a bien fait. Il a surtout réussi l’exploit de se recentrer sur son style d’origine tout en renouvelant sa musique, ce qui est loin d’être donné à tout le monde. Un album qui plaira particulièrement aux amateurs d’un power metal « sobre », aux guitares puissantes et techniques mais dépouillé de fioritures néo-classiques.

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