ARCANIA – DREAMS ARE DEAD

La Loire est un beau fleuve. Sur ses berges laissées sauvages, on cueille parfois de belles plantes. Comme Arcania par exemple, un groupe né à Angers il y a une bonne quinzaine d’années maintenant, mais dont le projet n’a vraiment commencé à se concrétiser qu’en 2010 avec la sortie du premier album, Sweet Angel Dust. Aujourd’hui c’est donc le deuxième, Dreams Are Dead.

Le style thrash old school dans lequel le groupe évolue n’est plus très à la mode (si tant est qu’il ait jamais attiré beaucoup de groupes en France), la tendance étant maintenant nettement plus au death thrash ou autres versions plus extrêmes. Pourtant il revient en grâce ces derniers temps, peut-être dans le sillage des innombrables concerts donnés par le big four ces dernières années, ou peut être dans le prolongement du retour du heavy metal. Dans le cas d’Arcania, leur musique est souvent décrite comme du thrash progressif, tant un soin particulier est apporté aux compositions. Et le fait est que, pour cet album encore, ils méritent assez bien ce qualificatif.

Car inutile de tergiverser : l’album est bon. Très bon même. La complexité des compositions est impressionnante, tout comme le soin apporté aux parties instrumentales. Le fait qu’il contienne deux titres purement instrumentaux, Dreams End All Days et Days End All Dreams, est d’ailleurs révélateur. De vrais titres, l’un de onze minutes et l’autre de cinq, pas juste une sorte de transition constituée d’un solo et d’un vague bout de clavier ! Des groupes en mettant un on n’en trouve déjà plus tant que ça, deux c’est plus que rare. Dans le thrash, inutile d’en parler… Le message est clair : Arcania ne se soucie absolument pas de coller à une mode ou un style, de chercher les faveurs du public en respectant les codes auxquels il est familier. Ce qui compte pour eux, c’est le travail et l’inspiration.

Outre le jeu de mot sur leurs titres, on peut d’ailleurs trouver une certaine correspondance entre ces deux chansons. L’une est plutôt rapide, saturée, mais garde quelque chose d’onirique. La deuxième est lente, plus douce, presque symphonique et commence sur des rires d’enfants, mais a pourtant quelque chose de violent. Dans les deux cas, guitares et batterie suffisent à créer une véritable ambiance, capable d’accrocher et d’emporter l’auditeur – et ça c’est, une chose qui n’est pas donnée à tous les groupes.

De manière général, le travail des guitares est à souligner. L’abondance – mais sans excès - et la complexité des solos contribuent beaucoup à la réussite de l’ensemble. Il faut notamment écouter ceux de Face in a Mirror ou de Watch Us Dying pour se faire une idée du travail réalisé. Les martellements de riffs qui ouvrent chaque titre – sauf les deux instrumentaux – mettent également directement en condition, et remplacent avantageusement ces introductions « mélodiques » que trop de groupes se croient obligés d’utiliser.

Le chant, pour sa part, est typique d’un thrash «énervé » : violent, voir furieux, légèrement déformé mais bien articulé et réellement « chanté », pas hurlé à la Slayer. Plutôt un peu à la Testament mais en plus rapide et moins rauque. Sa puissance culmine sur Rise and Never Fall, où même pour le monde du thrash son expressivité est étonnante.

Peut-être l’un des meilleurs titres de l’album du reste, où la batterie effectue également un formidable travail – l’intro donne mal au poignet rien que d’y penser. Les passages de chant death intercalés ajoutent encore en puissance, et contribuent à la richesse et à la variété du titre. Surtout, ils jouent un rôle d’équilibrage, créant une transition pour permettre de revenir à un chant clair plus doux.

Le titre éponyme et Suffering for an Answer sont également parmi les passages les plus forts de l’album. Deux titres puissants, techniques, qui parviennent à exprimer un véritable déchirement. Car oui, les thèmes des chansons méritent une précision. Il en est un qui revient souvent chez Arcania : le souvenir de leur ami Gabriel, membre fondateur du groupe décédé dans un accident de voiture il y a quelques années. On le retrouve dans plusieurs titres, notamment A Scar in Our Mind, Face in a Mirror ou Dreams Are Dead. Même si ça n’est jamais explicite, on devine facilement de quoi il est question. Quelle est cette cicatrice dans leurs esprits, quels rêves de jeunesse ne se réaliseront pas…Avec cet album, Arcania prouve deux choses : d’une, que le thrash est loin d’avoir dit son dernier mot. De deux qu’un groupe français peut tout à fait réussir brillamment dans un courant « classique » sans avoir à essayer de se démarquer avec un concept plus ou moins alternatif.

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