TARJA TURUNEN ET MIKE TERRANA – BEAUTY AND THE BEAT (DVD)

Vous êtes vous déjà demandé si une batterie pouvait jouer dans un orchestre lyrique, exactement comme un autre instrument ? C’est, grosso modo, la question par laquelle on pourrait résumer Beauty and the Beat. En effet, Tarja n’est pas seule sur ce DVD. Le concept est assez surprenant : un orchestre avec lequel tantôt Tarja chante, tantôt une batterie joue, tantôt les deux.

Commençons par présenter ces trois acteurs. La batterie, d’abord. Elle est assurée par Mike Terrana. Un vieux routier du metal n’ayant jamais vraiment fait partie d’aucune formation, s’étant toujours cantonné au rôle de musicien de session et ayant à ce titre collaboré avec un nombre impressionnant de groupes célèbres : Axel Rudi Pell, Rage, Gamma Ray, Haggard, Yngwie Malmsteen... C’est un musicien à la carrière riche et au talent indéniable. Avec Tarja, il a réalisé deux albums déjà. Apparemment, ils ont fini par développer une véritable complicité, au point d’avoir l’idée de ce concept de concerts à deux et d’en faire une tournée avec CD et DVD live.

Bien, passons à l’orchestre, et surtout, à celui qui le dirige aussi bien que nos deux phénomènes. Pour ce métier où il est courant de rencontrer de vieux briscards ayant trente ou quarante ans de carrière, c’est un tout jeune homme. Walter Attanasi est un éclectique qui compte à son répertoire aussi bien Verdi que Prokofiev ou Beethoven. Il s’est aussi fait remarquer pour sa participation à un festival de jazz, et pour sa collaboration avec le trompettiste Quincy Jones. Il est également chef de l’orchestre de Zlin, en République Tchèque, où se déroule le concert. Musicalement, c’est un très bon ensemble, même s’il ne fait pas partie des « grands ». Symboliquement, on constate encore une fois que Tarja préfère réaliser ses albums lives dans des théâtres peu connus mais chargés d’histoire plutôt que dans les capitales.

[caption id="attachment_17721" align="aligncenter" width="392"] Walter Attanasi.[/caption]

Quand à elle du reste… Plus besoin de la présenter. Elle poursuit sa carrière de chanteuse lyrique de la même manière que toutes ses consœurs, c'est-à-dire en essayant, à force de travail, de gagner les quelques précieux octaves qui leur ouvriront de nouveaux rôles et leur permettront de gagner en richesse vocale. Et elle arrive pour le moment à limiter la conséquence qui va souvent de pair, à savoir une prise de poids non négligeable !

Le choix du répertoire est intéressant. Il s’agit pour une bonne part de morceaux légers, rapides et enlevés, à l’image de l’ouverture de ce « galop infernal », le final de l’opéra Orphée aux enfers d’Offenbach, plus tard repris et devenu célèbre sous le nom de… French can-can. De même, il y a beaucoup d’humour à entendre Tarja chanter I feel pretty ! L’air est tiré de West Side Story, comédie musicale américaine qui fit fureur dans les années 60, un peu passée de mode aujourd’hui – à prendre avec beaucoup de second degré !

Et globalement, on notera la gaieté et l’humour qui imprègnent ce DVD. Les pitreries de Mike qui émaillent le concert, auxquelles s’associe parfois le chef d’orchestre ; les piques qu’ils se lancent avec Tarja… Les voir échanger leurs rôles pour Fly to the Moon est particulièrement sympathique. Si la frappe de Tarja manque un peu de puissance, le chant de Mike, très grave, a son caractère !

Musicalement, ce ne sont évidemment pas les interprétations de Tarja qui appellent le plus de remarques. Elle offre un beau récital de morceaux choisis pour mettre le mieux en valeur sa voix et sa technique. A l’exception d’un extrait de Bach, tous les morceaux proviennent de compositeurs de la fin du XIXème siècle ou sont des reprises de chansons modernes. A noter que c’est la première fois qu’elle s’attaque à l’opérette, ou qu’elle en enregistre. Son interprétation de l’air Mein Herr Marquis, tiré de La Chauve-souris de Johann Strauss, est particulièrement réussit. Un morceau à la fois amusant et difficile techniquement, dont elle se tire très bien. Ses reprises de Freddie Mercury et de Led Zeppelin sont également excellentes.

La vraie question est évidemment : que donne Mike Terrana et sa batterie avec un orchestre ! Et la réponse n’est pas évidente. L’intégration de ses parties a été visiblement bien travaillée. Le résultat est très bon sur les morceaux puissants, qu’il vient amplifier. Voir Mike Terrana jouant la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak est tout simplement un spectacle extraordinaire.

Sur d’autres morceaux, notamment Le Barbier de Séville, le résultat est plus inégal. Si les passages énergiques sont très biens rendus, les plus légers auraient nécessités une approche plus subtile – concrètement il y a un peu trop de batterie. Globalement, sa frappe reste un peu trop forte. Il sait la faire plus douce aux plus délicats moments de la Petite Musique de Nuit (« Eine Kleine Nachtmusik ») – Mozart mérite bien ça – mais il lui faudrait souvent doser plus sa force.

Mais il y a un autre élément qu’il ne faut en aucun cas négliger : son charisme. Au final, Mike Terrana se révèle un formidable atout. C’est une véritable bête de scène, et le fait est que sa prestation et son humour apportent à ce live de Tarja une vivacité qu’il n’aurait pas eu sans lui. De plus, sa prestation avec l’orchestre est une bonne expérimentation. Oh certes il y a des choses à en redire, mais la conclusion est là : une batterie peut jouer avec un orchestre et représenter un véritable apport musical – même s’il est évident que tout le monde ne sera pas d’accord sur ce point.

Pour résumer, voici donc un concept original et intéressant, un live plein d’énergie qui plaira aux fans de Tarja et ceux qui se passionnent pour les tentatives de fusion du classique et du metal, et plus généralement de la musique moderne.

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