LYRIEL – SKIN AND BONES

A la frontière entre metal symphonique et folk metal on trouve Lyriel, une formation d’une certaine originalité associant metal, chant féminin et mélodie folk. Originaire de Gummersbach, une petite ville allemande proche de Cologne, le groupe a été fondé en 2003, et Skin and Bones est son cinquième album. L’âge de la maturité déjà, et même si on ne peut pas dire qu’il ait jamais percé à l’international, il continue doucement son ascension.

Le fait est que l’espace pour s’imposer n’est pas tellement large. D’un côté, une scène symphonique assez saturée. De l’autre, une scène folk metal où les groupes à chant féminin restent rares et dominés par les très fortes personnalités d’Arcona et du Cruachan du temps de Karen Gilligan. Leur précédent album, Leverage, constituait un bon compromis entre ces deux courants : un metal symphonique aux touches folks discrètes mais efficaces, et qui en même temps évite l’écueil de la pop metal insipide.

Cependant c’est souvent de manière assez progressive qu’un groupe de metal symphonique glisse vers la pop metal. A l’exemple de Sirenia, il faut souvent trois ou quatre albums pour voir la tendance apparaitre et s’imposer progressivement.  Il faut donc voir quel est le cap choisi par Lyriel.

De ce point de vue, on est fixé dès les premières secondes de l’album. Un riff de guitares saturées, une batterie énergique, et seulement après le violon. Le ton est donné : loin de s’adoucir, le groupe a au contraire nettement augmenté la puissance de ses compositions. A tout point de vue, Numbers est d’ailleurs une excellente entrée en matière. L’étrange décompte (one, two, three, four, I’m falling on my knees […] three, four, five, six, you promise not to hide) qui revient tout au long de la chanson lui donne un rythme et un style particulier, amplifié par les jeux sur les sonorités et les répétitions.

Par ailleurs, le titre résume à lui seul les ingrédients qui font le succès de l’album : la puissance des riffs saturés – le choix de ne pas les avoir édulcorés, comme sur trop de productions, est décisif ; le chant de Jessica Thierjun, capable d’autant de beauté à certains moments que de violence ou de désespoir à d’autres ; le fait de le doubler en arrière plan sur certains passages. Trois éléments clefs, qui interviennent toujours aux moments critiques pour donner au titre un véritable élan.

Les touches de folk en revanche se font plus discrètes : quelques passages ça et là, surtout en introduction, quelques airs de violon, de violoncelle ou de guitare sèche. De ce point de vue, aucun rapport avec des formations telles que In Extremo ou Arkona et leur exubérance de flûtes, vielles, cornemuses, chalémies et autres instruments de musique médiévaux.

La présence de growl sur Black and White est pour le coup plus étonnante, d’autant qu’il n’y est pas seul. Un chant masculin doux dans une ambiance à la Kamelot est également présente, répondant au chant féminin avant qu’il n’arrive, comme une marque de brutalité destinée à briser les rêves. Le seul titre de l’album présentant du chant masculin, et peut-être également le plus complexe. La présence du growl confirme l’impression générale de puissance.

Mais l’album n’est pas non plus dépourvu de douceur, comme en témoignent les ballades Days Had Just Begun, Astray, Dream Within a Dream. Trois on pourrait penser que cela fait beaucoup, mais leurs ambiances sont trop différentes pour qu’on éprouve un sentiment de répétition. Days Had Just Begun est la plus classique, en tempo lent et d’ambiance très mélodique, mélancolique et chargée de regrets. Astray en revanche est probablement le titre le plus folk de l’album. Le chant est seulement accompagné par le violon, l’ambiance est sobre et sombre. Par moment, il rappelle même celles que faisait Cruachan durant sa période de chant féminin. Quand à Dream Within a Dream, elle est aussi philosophique que son nom le laisse penser. Le chant se fait doux, accompagné seulement par le piano, pour répéter que “all what we see or seemed to be is a dream within a dream within a dream”. Mais elle gagne en puissance sur la fin, le rêve prenant les couleurs du metal.

Avec Skin And Bones, Lyriel poursuit son ascension et se rapproche de plus en plus du statut de référence en matière de folk metal. Il étonne même par sa puissance, bien supérieure à celle de la plupart des groupes de metal symphonique à chant féminin.

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