EKLIPSE – LIBERTE, EGALITE, SENSUALITE

Il y a des quantités de formations improbables qui gravitent autour du monde du metal, mais c’est peut-être bien Eklipse qui remporte la palme de la plus inattendue. Que vient faire là un groupe dont le concept consiste à reprendre des chansons de Lady Gaga ou Justin Timberlake avec un alto, deux violons et un violoncelle ? On pourrait suggérer diverses réponses : la ressemblance avec Apocalyptica, leur style gothique, l’intérêt que portent nombre de metalleux à la musique classique… Mais au fond peu importe, car l’important c’est qu’elles y soient, et même solidement accrochées. Label metal, tournée en compagnie de Nightwish, Kamelot…

Après deux albums, A Night in String et Electric Air, elles reviennent avec un nouvel EP clairement et explicitement destiné au public français : le titre déjà, Liberté, Egalité, Sensualité, mais aussi le contenu : exclusivement des chansons de groupes ou de compositeurs français, dont les paroles sont dans la langue de Molière et ayant marquées l’histoire nationale de la musique. Visiblement, les quatre morceaux ont été choisis pour couvrir la période la plus large possible. Quels sont-ils d’ailleurs ? A Night In String, avec Paparazzi et Cry Me a Rever, avait de quoi faire frémir bien des metalleux rien qu’à la lecture des titres. Qu’en est-il dans cet EP ? Et bien à première vue, il y a encore de quoi.

Paradoxalement, c’est probablement la plus ancienne des quatre qui inspirera le moins d’inquiétudes. Claire de Lune, de Debussy. Un grand musicien classique, honoré et respecté, un morceau doux, élégant, et pourtant très expressif, beau dans sa simplicité. Ceux qui le connaissent déjà savent qu’à l’origine, c’est au piano qu’il est destiné. Sa transposition à un quatuor à cordes est intéressante, et à l’évidence pose quelques problèmes techniques dont elles se tirent très adroitement. Les plus curieux iront écouter la version d’origine pour s’en faire une idée.

Le Vent l’Emportera, c’est déjà plus compliqué. Noir Désir possède un certain prestige au sein des metalleux, et a d’ailleurs inspiré certains groupes français. Mais c’est l’un de leur titre les plus pop – « commercial », grogneront les puristes.

Avec Marcia Baila, on plonge carrément au cœur de la pop des années 80. Un monde de flash, de couleurs et de danses à faire passer les glameux pour des fans des Paysage d’Hiver…

Mais c’est surtout Poupée de Cire, dont la reprise par Therion il y a deux ans a laissé une trace sanglante dans les oreilles de bien des metalleux, qui viendra raviver des blessures encore à vif…

Mais voila : Eklipse a ce pouvoir de mettre à nu une musique et d’en révéler les qualités intrinsèques. Sans la production, sans les fioritures, on voit vraiment ce qu’elle vaut. Et le constat est là, implacable : Poupée de cire est une bonne chanson.

Oh, pas non plus fantastique. Des quatre, c’est clairement celle dont la musique parait la plus banale et la moins intéressante. Mais bon, ça passe - et même plutôt bien. C’est plutôt le tandem Marcia Baila et Le Vent Nous Portera qui donne vraiment corps à l’EP, et les avoir placées dans cet ordre est un bon choix, avant de conclure sur la douceur de Debussy.Chers amis headbangueurs, une page de l’histoire du metal se tourne. Désormais, il faut vivre avec l’idée qu’un jour nous pourrons potentiellement entendre deux reprises différentes de Poupée de cire Poupée de son dans le même concert de metal – et très probablement aimer au moins une des deux !

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