INTERVIEW DE 6:33 – Partie I

Dans les groupes qui s’affranchissent de toute contrainte en matière de style, on peut dire 6 :33 bat pas mal de records. Rencontre avec Nico et Manu, respectivement guitariste et claviériste, à l'occasion de la sortie de leur nouvel album : Deadly Scenes.

 

Merci pour cette interview et bravo pour le nouvel album ! Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu présenter le groupe ?

Manu : Merci à toi ! 6 :33, c’est un groupe un peu atypique, qui est né à la base juste d’une volonté de faire un gros défouloir musical, qui était la rencontre de plusieurs musiciens qui jouaient tous déjà dans d’autres groupes avant, et qui avaient envie de faire un truc qui sortait des sentiers battus et de se faire plaisir. Ca prend la forme d’un projet un peu fusion, un peu prog, un peu atypique, un peu un mélange de pleins de trucs… Et voila, pas de batteur, deux claviéristes, des masques sur scène.

Dans les trucs bizarres, est-ce que vous pouvez commencer par nous expliquer le nom du groupe ?

Nico : Allez je me lance, elle est pour moi celle-là ! Alors figure toi que nous on n’aime pas trop donner la réponse mais qu’il y a plein d’interprétations qui circulent – enfin trois, et je vais te les donner. Il y a beaucoup de gens qui nous demandent si c’est lié à la Bible, parce que dans le livre de Mathieu, chapitre six, le verset trente-trois est un verset assez connu de la Bible. Il y en a qui se demandent si c’est un truc de numérologie, que si tu additionne les deux trois ça fait six et que c’est un espèce de truc qui fait apparaitre Cthulhu quand tu l’as fait dans le bon ordre. Et puis, il y a des bruits qui courent comme quoi c’était juste une bande de potes bien alcoolisés, qui à six heure trente-trois du matin, avant d’aller se coucher, se sont dit « hein, on va faire de la musique ensemble ! » Après, l’histoire ne dit pas laquelle de ces trois versions est la bonne !

Manu : A toi de faire ton choix !

Il y a un truc qui collerait avec l’interprétation biblique, c’est que l’album « Seven Deadly » est apparemment un concept album sur le thème des sept péchés capitaux. Comment est-ce que vous avez eu cette idée ?

Nico : Tout à fait. Alors en fait on a commencé un petit peu, on avait des bribes de compositions, et puis j’ai appelé Rorschach, notre chanteur, en lui demandant s’il avait un thème, ou plutôt une ligne directrice. Et donc on s’est un peu creusé les méninges et c’est lui qui a trouvé cette histoire des sept péchés capitaux. Je trouvais que c’était une bonne idée dans le sens où ça nous offrait une palette très large de possibilités, vraiment, et évidemment aucun péché n’est égal, tous les péchés sont différents, donc je trouvais que ça véhiculait beaucoup d’images. Et donc on s’est lancé là dedans. Et donc on a un premier morceau qui fait un peu office d’intro, on a un long pavé de treize minutes à la fin qui est censé être un petit peu la couverture de fin, et entre ces deux morceaux on a donc sept titres qui représentent chacun un des péchés. Et donc chaque morceau a sa petite histoire, sa petite ambiance même, je pense qu’ils sonnent tous un peu différents, parce que les péchés sont tous différents tu vois. Et ça me ferait plaisir si sans avoir la jaquette les gens écoutent le morceau et arrivent à reconnaitre chaque péché ! Des fois ça tient à des détails…

Manu : Après le concept des sept péchés capitaux, dans tout le monde artistique en général c’est vraiment un truc qui a déjà été largement utilisé ; nous on voulait vraiment que ça soit utilisé d’une manière un peu atypique, qui nous corresponde aussi, c’est pour ça qu’on est parti sur ce truc de petites scénettes. Le ton n’est pas sombre ou moralisateur, ce sont vraiment des petites histoires qui illustrent ces péchés. On y pensait tout à l’heure, et moi je trouve la comparaison cool, mais je ne sais pas si tu vois ces petits bouquins qu’on avait quand on était petits, avec « Madame Pressé, « Monsieur Désagréable » ou je ne sais plus quoi, c’est un peu ça quoi.

Nico : Voila, ça n’est pas du tout moralisateur, à aucun moment on juge ou on donne des leçons tu vois, on est tout sauf un groupe qui donne des leçons…

Manu : Si, on donne des leçons de rock’n’roll ! (rire)

Nico : Voila, c’est juste un constat. Ce sont des morceaux qui font des constats sur des scénettes. On ne prend pas parti, si c’est bien, pas bien, on pose juste l’histoire ; les gens ils trouvent ce qu’ils veulent y trouver… Et voila.

Et si ce n’est pas indiscret, quels sont vos péchés préférés ?

Manu : (rire) Je suis très gourmandise moi ! D’ailleurs je reprends un petit gâteau !

Nico : Moi mon péché préféré… C’est difficile ! Parce que c’est jamais glorieux ! (rire) Mais je vais mettre la gourmandise parce que ça englobe plein de choses, y a pas que la graille ! Quand on dit à une fille « tu es gourmande »… (rire)

Et du coup, est-ce qu’il y a un lien entre le thème et la pochette ?

Nico : Oui ! En fait sur cette pochette on a voulu mettre en avant, juste une question super simple : est-ce que justement l’humain né bouffé par les péchés, les vices, ou il le devient au fur et à mesure par tout ce qui l’entoure ? Donc c’est vraiment cet espèce de landau avec tout un tas d’objet qui sont censés représenter les péchés, et donc se demander si le gamin tend la main parce qu’il est attiré par ça, parce qu’il est mauvais, ou parce que justement ce sont des choses qui le tentent ? C’est juste une petite question, voila. Et puis visuellement ça avait un certain impact.

Manu : Quand on a proposé au graphiste de bosser la dessus on lui a dit « voila on veut un truc inquiétant sans être gore ». On lui a parlé d’un landau mais, on lui a dit qu’on voulait que ça soit un peu sombre, mais que ça aille plus chercher du côté de Rose-Mary’s Baby ou de La famille Adams que de Silent Hill. C’est vraiment une approche une peu creepy.

Et ça pose juste la question ou il y a des éléments de réponse qui sont disséminés dans l’album – sans forcément de parti pris d’ailleurs ?

Nico : Ah non nous on ne fait que poser la question. Il y a peut-être juste à un moment ou deux, c’est bizarre mais on parlait tout à l’heure, quelqu’un une interview avant qui nous disait, par rapport à tout ce qui c’était passé dernièrement, le tout premier morceau de l’album qui s’appel « Hallelujah », c’est juste le seul morceau où on ricane un petit peu de certaines personnes qui ont tendance à instrumentaliser la religion, à dire « voila on va vous dire quoi penser, quoi faire, parce qu’on est l’intermédiaire de Dieu. » C’est peut-être le seul moment, et encore ça reste encore très grinçant. Mais sinon sur les autres morceaux ont met juste en avant les péchés, et puis on n’apporte aucune réponse. On n’est pas là pour ça.

Manu : On est plus dans la fable qu’autre chose.

Nico : Voila, on se moque un petit peu.

Il y a de la musique religieuse disséminée un peu partout sur l’album, mais il y a un titre où je me suis vraiment demandé pourquoi, c’est I’m a Nerd.

Nico : (rire) Il y a une ambiance religieuse dans la globalité. J’aime bien le petit côté « ça commence très religieux, très calme, et puis d’un coup on envoie le blast », je trouvais le contraste sympa ; et puis encore une fois c’est une ambiance globale. On tenait à garder toujours ce côté quasi religieux. Cet espèce d’ancien nerd qui c’est fait martyriser et qui, maintenant qu’il a certaines armes derrière son clavier pour détruire ses anciens bourreaux, devient une espèce de dieu un peu numérique, tu vois...

Manu : Oui, c’est de ça que traite le morceau. Il opte pour une destruction de ses anciens agresseurs non pas physique mais psychologique et sociale.  Après c’est vrai qu’il y a quelque chose de très grandiloquent là dedans, c’est une vengeance… Qu’on reste dans le registre du divin au départ moi j’aime bien, parce que ça colle bien avec cette idée de châtiment. C’est la vengeance du tout-puissant, mais c’est un autre tout-puissant.

Tous les titres présentent des tas d’influences différentes, sauf un qui est pratiquement homogène du début à la fin ou presque, c’est Last Bullet for a Gold Rattle, qui est dans le style folk, sauf à la fin où il y a un peu de chant en espagnol. Pourquoi ?

Manu : A la base, disons que c’est plus un interlude qu’un vrai titre.

Nico : On voulait que ça repose un petit peu l’auditeur. Il vient de se manger Black Widow avant, avec un fin particulièrement déstructurée, et on c’est dit « on va faire un truc relativement court, qui ne change pas trop et qui repose un peu le cerveau de l’auditeur avant de se manger un pavé de treize minutes après » !

Manu : Pour le coup on est vraiment dans le concept, en mettant ce morceau-là on pense à l’album dans sa globalité en se disant « voilà là il faut que ça respire ».

Nico : Et puis on voulait aussi faire un petit hommage à Sergio Leone, Ennio Morricone et compagnie, c'est-à-dire vraiment un style de films qui m’avait marqué quand j’étais môme, et je voulais absolument faire un morceau de cow-boy ! Que ça sente le sable et le crottin de cheval ! Tu as quand même mis un petit bout de cactus à la fin, où ça s’accélère et il y a le chant en espagnol. Pourquoi est-ce qu’il répète tout le temps « a donde vas, a donde vas », c’est-à-dire « où vas-tu » ? C’est philosophique ?

Nico : En fait ce qu’il chante en espagnol c’est « tu as la tête remplie d’avarice, où vas-tu comme ça ? » En fait en espagnol « a donde vas » ça a deux significations, un petit peu comme en français, c'est à la fois « où tu vas » mais aussi « à quoi tu joues », et là c’est cette signification. C’est « tu crois que tu vas où en agissant comme ça ». Mais sinon il y a très peu de texte et ce morceau-là, je pense que chaque personne s’en fait un petit peu son interprétation. Moi, encore une fois, je reste très attaché aux films de Sergio Leone, et dans ses films c’est toujours la même chose : il y a un paquet de fric au milieu et ils vont se faire la peau pour le récupérer ! Donc c’est le morceau qui parle de l’avarice, et c’était l’occasion de faire quelque chose dans ce style.

Manu : Et puis il ne nous restait plus que ce péché là !

Nico : Et moi je voulais faire un peu de banjo ! (rire)

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