INTERVIEW de 6:33 – Partie II

Suite de la Partie I

Il y a une autre phrase qui m’a marqué, c’est « he, your lazy boy, you don’t know what you are missing » sur Lazy Boy. J’ai eu l’impression qu’elle avait un sens particulier dans l’album.

Manu : Hum, je ne sais pas, pas plus que ça. Je pense que ce côté un peu glandeur qui est décrit dans Lazy Boy, on l’a tous connu plus ou moins brièvement à une période de notre vie…

Nico : Oui, et puis c’est peut-être un peu une peur qu’on peut avoir, celle de louper certaines choses… Toujours cette espèce de course qu’on peut avoir de toujours profiter, profiter. Tu vois ce que je veux dire ? C’est toujours « tu sors ce soir ? Non, je suis fatigué. – He ben, faut que tu profites garçon, on n’a qu’une vie ! » Le nombre de fois où on m’a sorti ça… Ce côté « tu ne sais pas ce que tu manques, bouges-toi, t’as qu’une vie ».

Manu : « Le compteur tourne ! »

Nico : Exactement !

Et c’est plutôt une critique de cette attitude-là ou un constat ?

Nico : Encore une fois… (rire) Et là où on en avait discuté et je m’étais dis « finalement, n’allons pas à ce point-là » c’est que donc évidemment ce morceau-là parle de la paresse, et l’idée de départ était même de ne pas le finir ! (rire) De pousser le concept à fond et de faire en sorte que le morceau se finisse un petit peu en cul de poule, c'est-à-dire que même les zicos ont eu une crise de paresse et n’ont pas finit d’enregistrer le morceau ! Et on c’est dit que c’était peut-être pousser un petit peu trop l’idée, donc bon on l’a finit quand même. Et puis on a tous eu nos périodes de branleur, c’est un péché mignon, tu t’en veux un petit peu sur le moment de rien foutre, mais c’est tellement bon de rien foutre pendant deux-trois semaines ! (rire)

Manu : C’est vrai qu’on y prend vite goût ! C’est pas croyable comme le temps passe vite quand on ne fout rien ! J’en ai fait l’expérience y a pas longtemps, j’ai pris mes premières vraies vacances depuis sept ans, et je ne les ai pas vues passer ! (rire)

Tout à l’heure, vous parliez du pavé de dix minutes à la fin, je n’ai pas vraiment compris l’histoire qui est derrière.

Manu : Encore une fois, c’est assez capilotracté mais ça se tient ! C’est un morceau qui sert de conclusion à toute cette ambiance et ce pseudo-concept qu’on a utilisé, et qui parle du libre-arbitre. Et il est séparé en trois parties, trois histoires indépendantes, chacune commençant par une petite voix « off » qui décrit une scène, et dans chacune tu as un protagoniste qui a une décision à prendre, qui a un choix à faire, et dans chaque partie il y a un duo entre Rorschach et Nico, qui font la bonne et la mauvaise conscience. Qui se disputent dans la tête de ce gars pour lui dire « vas-y, fait ça, ne pense qu’à toi », et l’autre qui lui dit « non, c’est pas très Coubertin ce que tu t’apprêtes à faire ». Donc voila. Trois scénettes, avec à chaque fois un combat entre le bien et le mal, où pareil, on ne sait jamais comment ça finit.

Nico : En fait à chaque fois on arrête chaque scénette avant la conclusion, et c’est à l’auditeur de se dire « bon, qu’est-ce que moi je ferais à sa place ? » Il y a juste la dernière partie qui est un préquelle des chansons « GGG » de notre album The Stench from the Swelling. Là évidemment on connait la réponse vu qu’on a déjà raconté l’histoire, on sait comment se passe la fin, mais sinon il n’y a pas de réponse.

Globalement, il y a quelque chose qui m’a étonné dans votre musique : vous utilisez une multitude de style, mais dans la construction des chansons, les thèmes, dans la façon dont ils sont traités, il y a quelque chose qui relève clairement des musiques extrêmes – metal, etc. Il y a le côté gore de la pochette par exemple…

Manu : Moi la pochette je ne trouve pas qu’elle soit gore, elle a un côté un peu sinistre mais encore une fois plus à la Tim Burton qu’à la Freddy les griffes de la nuit.

Nico : On est quand même metaleux à l’origine. C’est ça le truc, c’est qu’on peut passer de Strapping Young Lad à Michael Jackson ; mais c’est étonnant parce que d’habitude on nous dit toujours l’inverse ! C’est « est-ce que vous vous considérez encore comme metal ? » Donc là tu nous étonnes !

En fait, même si la musique n’est plus vraiment metal, tout simplement parce qu’il y a très peu de guitares saturées, et très peu de growl, mais je trouve qu’il reste quand même un petit côté metal extrême. C’est quand même une démarche assez metal de prendre un thème religieux et de commencer à l’analyser, et dans la façon dont vous enchainez les différentes influences aussi.

Manu : Oui c’est vrai…

Nico : Tu nous as séchés là ! C’est que pendant un paquet d’interview on nous a dit « vous vous êtes pas mal assagis » et là on a l’inverse, on ne s’y attendait pas ! (rire)

Manu : Mais je vois où tu veux en venir, et je suis assez d’accord.

Nico : Je pense que dès qu’on part dans tout ce qui est un peu déstructuré, même si le son en lui-même n’est pas violent, il y a quand même un peu de chaos, un peu de Strapping Young Lad. Mais donc voila, ça nous fait plaisir !

Manu : Moi ça me fait plaisir aussi, je ne sais pas pourquoi mais ça a quelque chose de rassurant ce que tu dis, vraiment ! Parce que à écouter les gens, des fois, tu sais c’est senti comme un… Pas trop dans les chroniques mais dans les retours qu’on a des gens, du metaleu un peu bas du front, des fois tu sens que c’est un reproche ! « Mais c’est pas metal ça ! » Mais quand même, même si on a l’impression d’avoir vraiment ouvert le truc, mais encore une fois c’était une démarche très naturelle, on reste quand même dans un registre rock-metal, même s’il n’est pas suffisamment mis en avant pour mettre l’étiquette metal sur l’album, mais il n’empêche qu’il y en a des traces, comme il y a des traces d’autres styles. Donc bon, ça me va très bien.

Je dirais que la musique n’est pas metal mais que l’esprit et la construction sont metal.

Manu : Ca me va !

Nico : Je suis tout à fait d’accord.
Il y a beaucoup de chant féminin aussi, qui est-ce qui l’a fait ?

Nico : C’est une chanteuse qui s’appelle Béni, de son vrai nom Bénédicte Pellerin, c’est une jeune chanteuse qui est plus dans la pop ou la variété, avec qui j’ai bossé un petit peu il y a quelques temps, et encore une fois ça s’est fait naturellement. C'est-à-dire que dans The Stench on avait déjà commencé un petit peu à mettre du chant féminin en avant, et là on a voulu continuer un petit peu sur cette lancée, et ça s’est fait vraiment naturellement, c’est-à-dire qu’on lui a laissé encore plus de place. Ca a été progressif, c'est-à-dire que d’album en album, au début c’était un peu timide. Ce n’est pas arrivé d’un coup.

Manu : Sur cet album, il y avait la volonté de faire un truc très riche au niveau des chœurs et des arrangements vocaux. Et puis il y a ce côté un peu « comédie musicale », un peu Broadway, où tu as vraiment beaucoup de timbres différents, ça se répond un peu de partout… C’est clair que si tu mets vraiment une chanteuse au milieu de ça, ça te permet de faire des contrastes vraiment cool. On l’entend vraiment bien dans l’album et ça marche bien. Je me plais à le penser en tout cas ! (rire)

Et vos projets maintenant ?

Manu : Des concerts !

Nico : Oui, là on va bouffer de la route ! Vraiment on va mettre un peu le hola sur le studio pendant un an ou deux je pense, et on va bouffer de la route. On va faire vivre tout ça, et puis quand on en aura un peu marre et qu’on aura les pieds un petit peu usés, et surtout qu’on aura de nouvelles choses à dire… Je ne voudrais vraiment pas qu’on retourne en studio et qu’on commence à se répéter, voir à commencer à s’auto-parodier, ou à avoir une méthode tu vois, à voir ce qui a marché et à essayer de se copier soi-même… Donc je préfère qu’on fasse vivre un peu l’album, qu’on bouffe beaucoup de route, qu’on aille voir un petit peu à l’étranger, qu’on tourne un peu plus que sur The Stench.

Manu : Surtout que si on fait le bilan on peut dire qu’on n’a pas chômé, le premier album est sorti en 2011, un EP en 2012, le deuxième album en 2013, là on est janvier 2015 et il y a le troisième qui sort… Je pense qu’on peut partir le chœur léger en concert et se dire qu’on a bien fait nos devoirs et attendre juste deux ans ! Après voila, si on a une idée on met de côté, on maquette un truc… Mais pas se presser. Attendre que ça vienne quoi.

Et une dernière question avant de vous laisser : il y a vraiment beaucoup, beaucoup d’influences différentes dans l’album ; est-ce qu’il y a d’autres styles que vous n’avez pas encore utilisés et que vous aimeriez mettre ?

Nico : Non, pas vraiment. Encore une fois c’est une chose naturelle, donc si naturellement ça n’est pas déjà arrivé dans les morceaux c’est que ça ne viendra pas. A moins que vraiment je me trouve une passion demain pour le R’n’B ou des trucs comme ça, mais franchement ça m’étonnerait ! Donc voila, si naturellement ça n’a pas coulé, il y a peu de chances que ça arrive demain. Mon éducation musicale est finie depuis quelque temps je pense, à moins qu’il y ait un nouveau Floyd qui arrive demain mais j’en doute vraiment ! (rire)

Manu : Un truc qu’on répond souvent mais qui est assez parlant je trouve, c’est qu’il n’y a pas de cahier des charges dans l’écriture des morceaux. Ce mélange de style ça n’est pas une finalité en soi, à chaque fois telle ou telle partie est là parce qu’elle sert à quelque chose, et qu’elle emmène le morceau là où il est supposé aller.

Nico : Enchainer du funk avec du metal, pour nous ça n’est pas quelque chose de choquant ; pour d’autres ça l’est énormément mais pour nous c’est naturel !

Manu : On s’imagine un petit bonhomme qui est content, et puis d’un coup il ne l’est plus, ou comme dans les BO de films, d’un coup tu as une scène d’action,

Nico : James Bond, quand il embrasse la James Bond girl, tu n’as pas Meshugah derrière ! Par contre quand il tue des gens là on pourrait en mettre ! Différentes ambiances, différentes musiques.

Manu : C’est admirablement conclu !

En effet ! Merci pour tout !

Manu et Nico : Merci à toi !

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