6:33 – DEADLY SCENES

« Attention, OMNI (objet musical non identifié) en vue ». Combien de fois n’ai-je pas lu des chroniques qui commençaient par ces mots ou une tournure approchante – et combien de fois ne l’ai-je pas utilisé moi-même… C’est facile, c’est cash mais il faut être honnête, généralement ça n’est pas franchement mérité.

Mais dans le cas de 6:33, si. On laisse tomber les fioritures : l’album est complètement barré.

Mais d’abord, présentons-les un peu. 6 :33 est un jeune groupe parisien fondé en 2008, et Deadly Scenes est son troisième album. On le classe parfois dans le metal expérimental, mais en pratique il défie toute volonté de classification.

Les uns crieront au génie. Les autres écarquilleront les yeux. Il n’y a pas la plus petite ombre de cohérence stylistique, que ce soit d’un titre à l’autre ou au sein d’une même chanson. Vous y entendrez de tout. À commencer par du gospel au tout début. Du rap, du classique, de la pop, du jazz, de l’électro, du folk…

Et le metal dans tout ça ? Est-ce qu’il y en a ? La réponse est oui et non. Pas dans les éléments musicaux en eux-mêmes, ça non : pratiquement pas de growl, des guitares généralement légères, très rarement saturées, et une structure musicale totalement différente de celui du riff. Mais dans l’esprit, oui. Dans le thème abordé, mais aussi la façon de le traiter : cette façon de prendre un sujet religieux, et de l’analyser à la fois avec sérieux et une certaine ironie… Mais dans la musique aussi. Dans cette façon de déconstruire les styles puis de les reconstruire, dans la façon de les assembler, dans la construction des chansons, dans les enchaînements… Il reste indubitablement un véritable esprit et une « patte » metal.

Musicalement le groupe a des choses à dire, et même beaucoup. L’album est dense, et si on veut vraiment rentrer dedans il nécessitera plus d’une écoute. Chaque chanson traite d’un péché capital – à nous de deviner lequel. Last Bullet for a Gold Rattle est une transition, et le titre éponyme une conclusion de treize minutes. Chaque titre a donc une ambiance bien à lui, difficile à décrire.

The Walking Fed par exemple évoque la gourmandise. C’est un titre assez doux, avec des sonorités prog et de riches percussions. Ego Fandango elle, évoque la vanité. Elle met en scène des morceaux majestueux auxquels vient se mêler une cinglante ironie.

Un peu partout revient de la musique religieuse, du chant féminin. Des voix d’hommes aux techniques variées évoquent des états d’esprits, les petites voix qu’on entend dans sa tête… Des voix insinuantes, tantôt rauques tantôt sifflantes, induisent en tentation.

Un seul titre présente un style homogène pratiquement du début à la fin : Last Bullet for a Gold Rattle, un petit morceau folk joué à la guitare acoustique. Au début un feu crépite, on entend le souffle du vent, le chant des grillons. Nous voilà transplanté dans un film de Sergio Leone ! En plein Far-West, dans le campement d’un solitaire, justicier ou truand. Le feu rougeoie dans la nuit, la nature sauvage nous entoure… Et puis sur la fin, des chœurs en espagnol. Scandant « a donde vas ? » Où vas-tu, que fais-tu ? Et nous voilà dans Il était une fois la révolution !

Le titre final, très long et complexe, est un peu un album dans l’album. Tous les styles qu’on a pu entendre sur le reste de l’album s’y retrouvent. Toutes les ambiances aussi. Des passages d’une grande douceur, des déferlements de violence, des constructions complexes de chants imbriqués, de l’orgue… L’ensemble est divisé en trois parties, chacune racontant une petite histoire qu’un narrateur présente au début.

6:33 est clairement la révélation de ce début d’année. L’un de ces groupes ayant fait sauter toute forme de cloisonnement et fusionné toutes leurs influences au gré de leur inspiration. Un groupe ayant des choses à dire musicalement, et dont on n’a pas fini d’entendre parler.

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