INTERVIEW DE BEYOND THE STYX – PARTIE I

Au croisement du hardcore et du deathcore, on trouve Beyond The Styx, un jeune groupe de Tours. Rencontre avec leur chanteur, Émile, à l'occasion de la sortie de leur premier album : Leviathanima.

D’abord, merci pour l’interview, et félicitation pour votre tout premier album ! Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu présenter le groupe ?

Merci à toi d’être présent ! On est Beyond The Styx, originaire de Tours et formé en 2010. C’est un groupe composé de cinq membres : batterie, basse, guitare lead, guitare rythmique et chant. On a eu un renouvellement du line-up en 2013 au niveau guitare rythmique et basse, pour divergence artistique pour l’un et raisons familiales pour l’autre. On a deux opus à ce jour, notre EP sorti en auto-production en 2012, Sloughing Off the Shades, et le nouvel album sorti il y a une semaine, Leviathanima. Le style, nous l’appelons du « ghost metal hardcore » ! « Ghost » pour interpeller, parce que nous sommes des fantômes et que nous ne sommes jamais à notre place, comme des fantômes. Nous ne sommes ni hardcore ni metal, on ne sait pas où se ranger, et comme nombre de fantômes qui hantent vos platines, on prendra un malin plaisir à en prendre possession !

Fantôme, d’où le nom du groupe ? « Beyond The Styx » ?

Tout à fait ! Dans la mythologie grecque, le Styx est le fleuve qui sépare le monde des morts et celui des vivants, un thème présent dans la quasi-intégralité des religions – quelque chose qui nous a surpris, et qui nous a parlé, même si la religion n’est pas un sujet qui met à l’aise l’ensemble des membres du groupe. Moi je n’hésite pas à y aller, y a pas de soucis !  Je ne suis pas un expert en la matière, mais quand il faut parler de quelque chose je n’hésite pas ! Donc voila, l’idée c’est d’aller au-delà. Dans quel sens, on pose la question et je ne sais pas. Est-ce que tu es du côté des morts et tu vois les vivants, est-ce que tu es du côté des vivants et tu vois les morts, je ne sais pas… Orphée en est revenu ! C’est un voyage, c’est une invitation à aller au-delà des symboles, des limites, à découvrir autre chose.

Globalement, pour un groupe qui est encore très proche du hardcore, vous avez l’air de pas mal vous inspirer de l’antiquité grecque et romaine. C’est un peu inattendu !

Tout à fait ! Et ça n’est pas la première fois qu’on me fait la remarque ! On essaye de casser les codes, de briser les barrières. Moi j’ai clairement des textes militants mais métaphoriques. Je ne vais pas dire « le noir c’est bien le blanc c’est mal » ! Ce sera plus subtil que ça, plus insidieux et beaucoup plus imagé, pour que chacun puisse s’y retrouver – ou pas. Il y en a qui préfèrent les choses terre à terre, figées, moi je préfère les choses ouvertes, qui laissent une grande part à l’interprétation. D’où le nom, auquel chacun peut prêter la signification qu’il veut, entre autre. Et c’est vrai que dans le milieu du hardcore on n’est pas habitué à ça ! Et si on prend le temps de regarder, on a aussi des influences post-hardcore façon Cult of Luna par exemple, ou les thématiques plus sombres qu’on développe… Mais c’est volontaire d’aller dans cette voie, quitte à se prendre des portes fermées, quitte à ne jamais se sentir à sa place, ou comme bien souvent ça nous arrive à être sur une date metal et se faire appeler « les coreux », ou d’aller sur un plateau hardcore et se faire appeler « les metaleux » ! On s’y fait. On s’y plait même, à devenir cette bête hybride ! Si un jour on arrivait à produire une sorte de crossover comme des groupes à la Misery Index ou des groupes trhash-crossover... Sans prétendre créer un style, en tout cas avoir le notre…

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les thèmes qui te tiennent le plus à cœur ? Je n’ai pas vu les paroles, et les noms des chansons ne sont pas toujours très explicites !

C’est vrai ! Encore une fois, c’est une invitation à ouvrir le livret – quand on l’a, parce qu’il y en a dans l’album mais pas dans les copies promos, et elles sont aussi sur le bandcamp. Elles font état des maux que peut rencontrer un homme dans sa vie. Je me suis basé sur différents champs, où je considère plus l’homme comme un monstre que le monstre comme un homme. Il y a une vieille citation qui dit que tous les monstres sont humains, il ne faut surtout pas oublier que le monstre c’est une création humaine – jusqu’à preuve du contraire, mais je n’ai pas connu les dinosaures !  Ca c’est une des thématiques phares de cet album. J’essaye, malgré des thèmes relativement sombres, de toujours laisser entrevoir une porte de sortie constructive et optimiste. On n’écrit pas des textes de black metal dépressifs – sans juger leur travail, pace qu’il y a de très beaux textes, mais ça n’est pas l’idée. Ca n’est pas non plus de faire un constat ; c’est de pouvoir permettre aux gens d’ouvrir les yeux, de prendre conscience de certaines choses et éventuellement de s’y sensibiliser et de passer le message. Après chacun peut entendre ce qu’il veut, peut-être que dans un titre un peu plus personnel et introspectif certains verront un message très engagé, comme dans Sanctuor INK pour laquelle on m’a déjà dit « t’as raison, écrire ça permet de se libérer » alors que si ça se trouve j’ai voulu dire le contraire. Et à la limite tant mieux, si l’auditeur en tire quelque chose j’estime que ça sera une réussite.

Et pour prendre un exemple précis, « orphantage » ça signifie quoi ?

C’est la première fois qu’on me la pose aujourd’hui cette question !  C’est un titre qui m’est assez cher, car je suis éducateur spécialisé à la base. C’est la contraction de « orphan » et « age », et le « t » représente une croix. C’est la seule avec Insurr@ction et son arobase où il y a un symbole. Nous vivons dans une aire où les enfants ne peuvent pas vraiment savoir ce que c’est que l’enfance. Ils passeront au statut d’adulte à partir de cinq ou six ans. A partir du moment où le système peut abuser de leur fébrilité, on leur enlève le droit de rêver. Ils n’auront pas ce loisir. Et c’est une sorte de manifeste contre ça. A un moment je reprends un proverbe africain : « les rois peuvent voir leur palais s’effondre, les fourmis auront toujours une maison ». Dans le sens « les plus petits auront toujours un lieu où être et les fort s’écrouleront, les nombreux domineront ». Parce que j’estime que l’union fait la force. Malgré le côté noir de ces textes nous ne cherchons qu’une chose, c’est l’unité. Même s’ils peuvent diviser nous cherchons à faire réagir, quitte à interpeller pour unir. Il y a deux jours, à Nogent, je parlais avec des fans de black metal à qui notre musique ne parlait pas forcément, mais on a échangé des idées.

Musicalement, l’élément fondamental dans votre musique c’est l’alternance des deux chants et le dialogue entre les deux ?

Oui. Alors là tu tapes tout à fait juste. Il y a clairement un dialogue, un peu schizophrénique, ce qui a toujours fait partie de mon jeu sur scène. Pourquoi ? Pour interpeller encore une fois. On aime ou on n’aime pas mais au moins on propose quelque chose de différent. Je ne suis pas un adepte de la formule à deux chanteurs sur scène, souvent j’ai l’impression qu’il y en a un qui ne sert à rien. C’est peut-être un peu ambitieux de faire deux chants qui demandent de la grosse technique, je pense que je ne fais pas forcément très bien pour les deux, mais j’essaye de m’exercer pour proposer quelque chose de qualité, et aussi prouver qu’on est jamais une seule personne. On est le résultat de milliers de rencontres qui font notre personnalité. En tout cas on essaye de proposer quelque chose d’autre. Ca a sûrement déjà été fait avant nous mais encore une fois, c’est aussi une invitation au dialogue.

Voir la suite Partie II

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