INTERVIEW DE BEYOND THE STYX – PARTIE II

Suite de la Partie I

Il y a aussi quelques passages instrumentaux beaucoup plus calmes, qui tranchent avec le reste. Ils sont là pour quoi exactement ?

Et bien justement pour faire respirer ! Avant de se prendre la deuxième vague du Styx, c’est important de reprendre son souffle pour ne pas finir noyer ! (rire) Même si ça ne se ressent pas forcément dans nos compositions, je suis un grand amateur de musiques chaotiques , et c’est important je pense de savoir créer un contraste pour permettre à l’auditeur d’aller jusqu’au bout. Il y a beaucoup d’albums où à un moment donné je sature. Je suis un grand fan de converge mais sur certains CD je n’arrive pas à dépasser cinq ou six chansons, au bout d’un moment mon tympan est vraiment irrité ! Ou ce trop plein de rage, de haine, est si oppressant qu’on ne peut plus le digérer. Et donc là on essaye d’une part de ne pas oublier notre aspect mélodique, et de proposer un temps de pause.

Tu parlais d’Insurr@ction ; il y a une allusion claire au monde du numérique, et il y a un passage où le chant aigu hurle seul, en arrière plan, avec l’instrumental devant. On a l’impression qu’il est tout seul à crier. Ça a l’air d’être un moment important dans l’album.

C’est intéressant, c’est la première fois que j’en parle aujourd’hui. En fait c’est un peu un appel à l’aide. Ce que je dis là c’est « Insurrection, truth is out there ». La vérité est ailleurs, et n’est pas dans le virtuel mais dans le réel. Le virtuel n’est qu’un moyen de communiquer au service du réel. Et nombre d’entre nous l’oublient et sont comme emprisonnés. A mon sens le virtuel peut devenir une prison quand on perd pied dans la réalité. Il peut aussi être un havre, mais il est nécessaire de savoir s’en distancier, sans quoi on se retrouve totalement numérisé, comme dans la matrice ! C’est un titre que j’ai longuement hésité à mettre dans l’album, parce que sa thématique était trop éloignée des autres. Avec du recul peut-être pas tant que ça. Mais je n’arrivais pas à trouver d’aspect mythologique, or c’est le fil conducteur. Musicalement il a parfaitement sa place, et émotionnellement c’est un morceau assez fort, qui demande beaucoup sur scène.

C’est une chose qui te fait peur, de voir certaines personnes se replier sur le virtuel ?

Oui, parce que j’en connais et j’en fais aussi parti occasionnellement ! Mais oui, ce qui me fait clairement peur ce sont ces gens qui se pourrissent la vie avec le numérique et n’arrivent plus à rentrer dans le réel, alors que le numérique est censé y inviter ! Et ça je trouve ça dingue. J’étais un grand joueur de jeux vidéo, j’ai complètement arrêté. Notamment pour faire du travail de communication virtuel, qui n’est pas tellement mieux en soi mais qui m’apporte et qui apporte au groupe. Mais sur certaines dates, d’après facebook on a cinquante participants et en réel quinze ou vingt ! Et je me demande parfois jusqu’où, pour exister dans le réel, on est obligé de mentir dans le virtuel. C’est fou le nombre de groupes qui en sont à des milliers de « like », et où on se demande bien d’où ça sort… Pour moi un groupe dont 70% des fans facebook viennent d’Amérique du sud mais qui n’y ont jamais tourné… Je parle en connaissance de cause, car on a énormément de fans d’Amérique du sud et on ne sait pas d’où ça vient ! Enfin si, de google + et de twitter, et ça s’est répandu comme ça, on n’a pas été les acheter ! Mais je me sens gêné pour certains groupes. Tu peux mentir à ton public mais pas éternellement, et c’est se mentir à soi-même aussi. Et je trouve cette aire de l’apparence très inquiétante.

Est-ce que ça ne rejoint pas un peu Orphantage, sur les enfants qui d’une certaine façon sont aussi privé de la possibilité de rêver par le numérique, qui leur fait croire qu’il peut les exaucer ?

Je n’avais pas fait le parallèle mais tu as tout à fait raison ! Mais on est dans une telle aire du virtuel… Je voyais il y a peu dans ma région un groupe, un phénomène russe, Little Big je crois, qui passe à côté de chez moi. Je ne connais pas mais tout le monde est super heureux, parce qu’ils ont fait deux chansons qui ont buzzé sur le net. Bon, et les gens qui ne buzzent pas sur le net mais qui ont un truc tout aussi intéressant ? Eux ils n’existent pas. Moi ça m’interroge. C’est le monde et on vit avec, nous aussi on a besoin de ça – je fais ma propre autocritique. On a besoin de la promotion pour exister, et on en est tout à fait conscient. Mais j’espère pouvoir défendre mes valeurs le restant de ma carrière. Et rester le plus disponible possible pour rencontrer, pour échanger – ne serait-ce qu’une tape sur l’épaule, une signature… Parfois ça ne tient pas à grand-chose, et si on peut apporter à certaines personnes… Si la musique pouvait être prescrite par la Sécurité Sociale, je pense que ça serait le meilleur antidépresseur ! Mais est-ce que nous sommes nous-mêmes prêt à voir certains artistes disons plus « commerciaux» se faire financer par la Sécurité Sociale, je ne suis pas sûr ! (rire) Pour certains j’aurais du mal à l’avaler ! Mais globalement oui, je suis dubitatif sur l’évolution de notre époque et sur cette jeunesse qui est à la fois extrêmement nostalgique – de choses qu’ils n’ont jamais connus, comme le grunge, les hippies, Jimmy Hendrix… Et qui en même temps, paradoxalement sont dans un grand enfermement, et ne mettent pas cinq euros pour aller voir un artiste mais en sortent cinquante pour aller en voir un autre qui est plus coté sur internet.

Et du coup, le fait d’aller puiser dans l’époque gréco-romaine, c’est une façon de se raccrocher au passé, à une forme de rationalisme ?

Se raccrocher au passé peut-être pas, mais en tout cas à une aire poétique, plus métaphorique, oui. Où les paroles et les images ont du sens, où on faisait passer des messages par des vecteurs que l’on n’utilise plus à l’heure actuelle. C’est tellement plus facile de mettre vingt mille insultes dans une chanson pour vendre aux adolescents que de ne jamais mettre un seul « fuck » comme je mets mon point d’honneur à le faire ! Je n’ai jamais mis une insulte dans aucun de mes textes. Il y a des termes comme « fuck », « guns », « filthy », qu’on retrouve partout dans le deathcore, à tel point que ça en devient pitoyable !

Et maintenant, vos projets ?

Pour faire court, tourner ! Avec des groupes plus « huppés », mais aussi des petits, parce qu’on estime qu’on est porteur d’un message pour tous, et notamment les plus petits, car c’est grâce à eux qu’on continuera à avoir une scène locale, et c’est super important. Parce que plus personne n’a confiance dans les politiques, et je pense que malheureusement beaucoup de jeunes accorderont plus de crédits à certains groupes ou certaines idoles. Quand on voit que Zlatant Ibrahimovitch se met torse nu avec des tatouages de noms d’enfants pour faire parler de la faim dans le monde… Ou s’il faut Adriana Karambeu pour qu’on s’intéresse à la Croix Rouge, c’est grave ! Mais j’assume être porteur d’un message, même s’il faut le porter à vingt personnes sur une micro-date. Une rencontre peut changer énormément de choses dans une vie, et sans prétention je pense qu’on essaiera de changer des choses. On a des valeurs militantes portées par un message métaphorique, même si ça peut paraitre contradictoire ! Il faudrait demander à Jim Morrison s’il ne politisait pas un peu ses textes ! (rire) Ou Bob Dylan, c’étaient des artistes engagés, d’une autre ère et sur un autre champ d’expression artistique, mais qui à mon avis militaient. Et puis à plus long terme, un prochain album toujours plus virulent, avec une affirmation dans la vidéo. J’ai beaucoup d’idées en tête mais peu de moyens matériels et économiques. L’idée c’est de proposer du fond, mais si on peut proposer aussi un peu de forme pour l’habiller plutôt qu’un énième clip pauvre… Parce que je suis désolé mais la scène française est pauvre – je parle des groupes du haut de tableau, parce qu’on a des choses très intéressantes mais malheureusement underground. Et j’aimerais qu’en France aussi on puisse faire des clips qui interpellent, qui amènent le spectateur à se pencher sur autre chose.

Et bien merci pour tout, et à la prochaine !

De rien, et merci à toi !

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