Tarja Turunen et Harus – Live at Sibelius Hall

Les années passent, et Tarja poursuit sa carrière dans la voie qu'elle a choisit... Au grand dam de certains, qui voient d'un mauvais œil la plus belle voix du metal abandonner leur monde pour se tourner vers des styles fort éloignés.

Car de toute évidence, Tarja ne veut plus faire de metal. Oh encore un peu, par-ci par-là ; ce n'est pas la musique qu'elle rejette, mais l'étiquette. La page Nightwish est tournée, certes – ça tout le monde l'a compris. Mais la page hard rock également. C'est à quelque chose de bien plus large qu'aspire Tarja ! Le jazz, le classique, la pop, sont autant de portes qu'elle ne souhaite pas se fermer.

Dans son pays natal, où elle a été élue voix de la Finlande par son homonyme, l'ex présidente Tarja Halonen, sa popularité n'en est que plus grande. Mais dans l'Europe or Finlande, où sa notoriété ne dépasse guère les anciens fans de Nightwish, cette attitude passe difficilement... Et ce n'est pas ce live qui va arranger les choses.

Une nouvelle fois, il s'agit d'une compilation de chants de Noël tirés du répertoire classique, exécutés par Tarja en compagnie des instrumentistes qui l'accompagnaient dans ses dernières tournées. Un disque dédié à la musique classique donc, mais qui plus est nécessitant une certaine culture et une oreille assez éduquée à ce style. Les metaleux connaissent Beethoven, Mozart, Wagner, qu'ils apprécient pour leur talent et la puissance de leur musique ; mais cette culture va rarement jusqu'à Schubert et Sibelius, dont la musique très élaborée et relativement austère a tout pour les rebuter... Qui plus est il s'agit ici de musique sacré, c'est à dire ce que l'on peut trouver de plus éloigné de leurs critères !

Voilà donc un album particulièrement dur à chroniquer. D'une part parce que sa musique est subtile et difficile à décrire ; d'autre part parce que reconnaître d'emblée qu'il ne plaira guère aux metalleux n'est pas la meilleur des accroches pour un article publié sur un webzine quand même (à la base) dédié au metal !

Tout d'abord, le choix des morceaux laisse perplexe. Il y a, de toute évidence, la volonté de rendre un hommage à la Finlande. Cependant il n'y a pas tant de compositeurs finlandais renommés, ce qui explique que, en dehors de Sibelius, les quatre autres soient particulièrement mineurs. Vient s'ajouter la version finlandaise du Douce Nuit, Sainte Nuit, l'un des plus célèbre chant de Noël au monde. (Note de l'auteur : les metalleux ne sont pas supposés fêter Noël !)

Après, les choix deviennent plus obscures. Deux Ave Maria, l'un de Schubert, l'une des figures de proue du romantisme, et l'autre de Luigi Luzzi, un compositeur italien du XIXème à peu près inconnu sous nos latitudes. Deux morceaux d'une compositrice américaine moderne, dont l'un instrumental et assez expérimental. Et pour terminer, une reprise de Nightwish, une version acoustique de Walking In The Air, l'une des plus grandes chansons d'Oceansborn – voir du répertoire de Nightwish. Et, en guise de conclusion, une improvisation à l'orgue...

Quelle cohérence ? Aucune. A l'évidence, il s'agit d'une volonté de Tarja : choisir ce qui lui plait, peu importe l'origine ou le style, et se l'approprier. Construire son univers musical, au delà des clivages, un univers centré sur sa voix. Celle-ci est accompagnée d'un clavier et de percussion, parfois de guitare et d'orgue. Quand à mettre en adéquation ces deux là, comme sur Heinillä Härkien , il faut bien reconnaître que l'idée, tout comme le résultat, est discutable...

Cependant, pour qu'un univers artistique existe il lui faut un public, et c'est bien là le problème. Qui rejoindra le monde de Tarja ? Qui goutera cet album ?

Les anciens admirateurs de Nightwish ? Quelques-uns... Au mieux. Les amateurs de musique classique ? En tant que chanteuse lyrique, Tarja n'a rien d'exceptionnelle (voir même est plutôt médiocre) ; et s'il y a un monde où sa notoriété acquise avec Nightwish compte pour du beurre, c'est bien celui-là.

Si la « voix de la Finlande » cherche à gagner en popularité dans d'autre pays, il va donc lui falloir se constituer son propre publique. Quelque chose de plus familiale sans doute, quelque part à mi-chemin entre le monde du rock et celui de la musique classique...

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