Lilian Axe : XI-The Days Before Tomorrow

On l'oublie parfois, mais tout ce qui vient des Etats Unis n'est pas promis à la gloire, loin de là. Et, malgré l'exemple de Lindbergh, nombreux sont les groupes US à qui il faut plus d'un coup d'aile pour franchir l'Atlantique et percer en Europe. C'est le cas de Lilian Axe, natif de la Nouvelle-Orléans, et qui, malgré près de trente ans de bons et loyaux services et huit albums à son actif, n'a guère marqué les esprits français jusqu'à présent. La faute à une histoire un peu agitée, notamment d'innombrables changement de line up, et surtout un split de 1995 à 1999 qui ruina des débuts prometteurs et une notoriété naissante... Puis une longue période de silence, de 1999 à 2007 qui, aurait-on pu croire, achèverait de sceller le groupe dans l'oubli.

Aussi leur résurrection soudaine eu-t-elle de quoi surprendre : en 2007, sort Water Rising, suivi par deux autres albums en 2009 et 2010 ! Un objectif clair : reconquérir les anciens fans, en séduire de nouveaux... XI - The Days Before Tomorrow va-t-il consacrer ce renouveau ? Que nous a donc préparé le groupe à cet effet ?

Et bien au premier abord, un album hard rock très teinté de rock progressif, au son propre et assez léger : un chant clair, très modulable, disposant et usant d'un répertoire de styles étendu ; des guitares souples et efficaces avec soli à l'ancienne ; des riffs discrets et de bonne facture. Au second, quelque chose de beaucoup plus personnel et original qu'il n'y paraissait... Et de très difficile à décrire !

Il y a ces étranges balades,  Death Comes Tomorrow et Bow Your Head, et leur étrange poésie d'un lyrisme psychédélique rappelant presque – oh miracle ! - la douceur et la beauté du King Crimson de la grande époque. Et qui soudainement redémarrent en force en un puissant crescendo.

Il y a ces titres hard rock marqués de prog et de psychédélique, comme Babylon, The Great Divide, Gather Up the Snow, Soul Disease. Des titres équilibrés, réussis, aux influences bien dosées – bref de bonnes chansons, représentatives du genre et de la fusion des influences.

Et puis il y a les chansons possédant une personnalité si originale et si marquante qu'on ne peut les comparer à rien de connu : du Lillian Axe tout simplement, l'expression pure de l'esprit du groupe.

Ce curieux titre, Take the Bullet. Une chanson, d'après le site du groupe, dédicacée à tous les membres des forces armées américaines morts au combat... Une apologie de la glorieuse armée américaine ? Pas vraiment. Plutôt une chanson dans l'esprit du vieux « j'avais un camarade » ("j'avais un camarade/de meilleur il n'en est pas/mais une balle siffle/qui de nous sera frappé ?" etc), sur la fraternité entre soldats. Dans le petit monde du hard rock, on voit certes rarement de chansons faisant l'apologie de l'armée... Après tout, le rock, dans son jeune temps, fut l'un des principaux moyens d'expression musicale des opposants à la guerre du Vietnam. Un très bon titre en tout cas, fonctionnant sur une alternance rythmique des plus efficaces : un chant speedé pour décrire le champ de bataille, les horreurs de la guerre ; puis un chant lent, presque langoureux, quand il s'adresse à l'autre. A qui il fait la promesse de « prendre la balle à sa place » (« take the bullet for you »)...

Et ces deux chansons, Lava on my Tongue et Caged In. Très différentes, mais toutes deux si personnelles qu'on est tenté de les rapprocher.  Chacune son style de chant particulier, son rythme et son leitmotive, sa phrase énigmatique. « Lava on my tongue ».... « There's a crazy little man living in my head ! » Quel est le sens de tout cela ? Pour le savoir, il faudrait le demander au groupe. Mais musicalement, la performance laisse tout autant rêveur.

Une conclusion aussi : My Apologies. Là encore, une chanson bien particulière, fortement marquée par le rock psychédélique. Une toile de fond hard rock, sur laquelle viennent se poser des passages étonnamment lyriques et poétiques.

Que conclure... Lillian Axe nous prouve là deux choses. D'abord, qu'un groupe oublié est tout à fait capable de revenir à la force des poignets. Ensuite, qu'un groupe ancien n'est pas forcément obligé de répéter encore et encore ses anciens tubes ou d'aligner les CD inconsistants mais peut, à l'instar du bon vin, tirer force et parti de son expérience et, à force de sagesse et de réflexion, gagner incomparablement en profondeur et en qualité. Honneur à Lillian Axe, qui avec cet album a su nous prouver qu'encore aujourd'hui il était possible de faire quelque chose de nouveau dans le monde du rock'n'roll !

One thought on “Lilian Axe : XI-The Days Before Tomorrow

  1. Phil, ta chro est superbe !
    Tu tiens en haleine du début à la fin, en donnant, et c’est le principal, l’envie de vite écouter cet album !

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