Black Messiah – The Final Journey

Parmi les multiples groupes de folk, pagan, etc, on ne peut pas dire que Black Messiah ait beaucoup fait parler de lui jusqu'à présent. L'un de ces groupes portés à bout de bras par un seul homme, en l’occurrence son chanteur, guitariste et violoniste, le dénommé Zagan ; sortant album après album entre deux changements de line-up, tâtonnant à la recherche d'une formation stable... Il semble que ses efforts aient enfin porter leur fruit, puisque cet album est le premier à être réalisé avec le même line up que le précédent... Au cinquième, il était temps !

Car on ne peut pas dire que les quatre premiers aient fait grand bruit, mais les splits à répétition n'aident pas à se construire une réputation. Pour autant, il doit bien y avoir quelque chose de convainquant chez eux puisque voilà déjà leur troisième album produit chez les puissants AFM Records. Un line up stable, un bon label... Plus qu'à convaincre le publique !

Dans la scène folk-pagan, il faut bien reconnaître que celui-ci est plutôt restreint. Pas particulièrement difficile non plus il est vrai, plus sensible à la sincérité de la démarche et à la qualité de la musique qu'à tout autre critère, et tout prêt à faire une place dans son coeur – pourtant déjà bien rempli – à un petit nouveau.

Car décidément, le monde des vikings et des drakkars continue de fasciner ! Des gens dont on ne sait pas grand chose à la vérité, ce qui ne gène nullement nos païens en herbe pour se lancer dans un folklorisme qui, bon il faut bien le dire, fait souvent un peu pacotille. Mais après tout, entre la chevalerie et l'antiquité romaine, l'utilisation d'une imagerie remise au goût du jour a toujours fait partie des sources d'inspirations artistiques, et le soucis d'authenticité est somme toute une préoccupation assez récente. Un luxe du reste, que dans le monde du folk metal peu de groupes peuvent s'autoriser, In Extremo étant l'une des rares exceptions. Donc, ne nous frappons pas et prenons cet album pour ce qu'il est.

Grosso modo, The Final Journey peut se découper en deux parties : d'abord, six chansons de styles assez variées et sans liens entre elles, puis une partie thématique, une « saga viking » composée de quatre chansons.

Musicalement, pas de grande surprise. Dans la lignée des Waylander, Aes Dana, Heol Telwen et autres Falkenbach, Black Messiah nous propose là un metal pagan-folk assez symphonique, avec force violon, chant black et rythmes endiablés...

Der Ring Mit Dem Kreuz, par son tempo particulièrement rapide et ses rythmes entraînants, sort cependant du lot. Un riff particulièrement court et martelé, un chant black bien rythmé, des soli entre chaque strophe... Bref l'un des meilleurs titres de l'album. Windloni, Feld der Ehre et Lindisfarne sont également de bons morceaux de pagan metal, puissants et symphoniques à souhait, qui raviront les amateurs du genre. Un chant black un peu terne cependant, pas mauvais mais parfois un peu court en souffle, et qui clairement ne se place pas parmi les ténors du genre.

Quand à leur tribut à Candlemass, Into the Unfathomed Tower, il s'agit d'un excellent morceau instrumental faisant la pare belle au violon mais où les instruments électroniques ne sont pas en reste.

Leur Naglfar Saga s'avère un brin plus ambitieuse. Dans la mythologie nordique, la nef Naglfar est le bateau construit avec les ongles des morts qui, au jour de Ragnarök, emmènera les géants combattre les dieux... Et c'est là que, suite à une vie peu glorieuse, a atterri le personnage de l'histoire. Voila qui change des histoires de héros partant festoyer au Walhalla ! Elle est donc empreinte d'une atmosphère solennelle et sombre.

Tout d'abord une introduction, Prologue - the Final Journey, où une voix grave accompagnée de clavier explique ce qui précède. Dans Mother Hel le héros comparait ensuite devant Hella, déesse des enfers... Un morceau à l'atmosphère mystique, où le grunt est accompagné par un chant masculin claire, une voix grave légèrement forcée – sans doute pour lui donner plus de solennité. Elle rappelle un peu celle que l'on entendait dans les albums de Folkearth – en meilleur, mais le fait est qu'elle possède un peu les mêmes défauts : un côté un peu faux, un timbre un peu froid et terne.

Bref, peut être n'était-elle pas la mieux adaptée pour cette partie où le héros implore la pitié de Hella. La voix féminine qui lui réponds est plus réussie, quoi que la lenteur du tempo ne parvienne pas à lui donner plus de majesté. Un titre pas positivement mauvais mais un peu raté donc, à bien des égards le point faible de cet album. Les idées et les compositions étaient bonnes, reste que le chant claire est trop présent et n'est pas à la hauteur.

Heureusement, l'excellent solo d'ouverture d'On Board rassure d'emblée. Le narrateur a grimpé à bord de la nef Naglfar, le voici au milieu des ombres... Chant black, mid tempo, longs passages instrumentaux. Avec un peu d'imagination, on imagine sans peine les relents de pourriture et le frôlement des spectres aux ongles arrachés... Le chant claire ouvre ensuite Sailing into Eternity, mais s'avère bien meilleur. Plus naturel, moins forcé, mieux associé aux instruments et mieux dosé avec le chant black. La nef s'enfonce dans les ténèbres. Résigné, le narrateur contemple le sors qui sera sien jusqu'à la fin des temps.

Globalement, cette idée de saga est donc plutôt bonne. Elle revient à faire un album pour moitié normale pour moitié à thème, et qui plus est avec un thème plutôt bien choisi.

Comme souvent dans ce genre de production, le chant claire est le point faible. Comme souvent, le groupe a tenu à en mettre quelques touches, et n'a pas sus le doser correctement ni choisir les interprètes appropriés. Le reste est bon, entraînant et énergique ; les ambiances sont globalement bien réussies. Un bon morceau de pagan, pas d'une grande originalité mais que l'on écoutera avec plaisir.

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