Interview de Nightmare (France)

 Nightmare, en France, fut un peu un pionnier du Heavy metal. Pourtant, avec une reformation récente, on ne peut pas dire qu’il s’agisse de vieux de la vieille. Et c’est Yves Campion, la parole rare et réfléchie comme tout bassiste qui se respecte, qui répondra à nos questions sur leur dernier album : The Burden of God.

Le Pavot Enragé : Bonjour et merci pour cette interview !

Nightmare : Merci à toi !

Le Pavot Enragé : Qui fait suite à la sortie de The Burden of God. Votre huitième album donc, le sixième depuis la résurrection du groupe... Beaucoup de chemin a été parcouru depuis le concert mythique en première partie de Def Leppard !

Nightmare : (rire) C’était une autre période !

Le Pavot Enragé : Justement ! Comment tu mesures la différence entre ces deux périodes ?

Nightmare : Déjà, c’était une période totalement différente en termes de marché… A l’époque il n’y avait pas internet, c’était le vinyle, les gens se déplaçaient, venaient aux concerts… C’est pas comparable ! Aujourd’hui c’est un peu l’autoroute, il faut des produits frais… Internet, les webzines, il n’y avait pas  tout ça ! On ne peut pas comparer les époques en fait. Bon y a du bon aussi aujourd’hui ! Il y a plus de facilités pour tout un tas de choses aujourd’hui mais justement ça fait en trop !

Le Pavot Enragé : L’ambiance dans le milieu musical est différente tu trouves ?

Nightmare : Moi je pense qu’il y a déjà une grosse différence, c’est que les albums ne sont plus attendus comme ils l’étaient à l’époque. A l’époque c’étaient des produits rares… Les gens attendaient vraiment les albums ; un vinyle c’était un produit culte… C’est vrai qu’on regrette un peu cette époque là. Maintenant, entre les gars qui téléchargent et le reste c’est devenue un peu une industrie…

Le Pavot Enragé : … Comme une autre ?

Nightmare : Voila ! Mais bon, faut vivre avec son époque !

Le Pavot Enragé : En tout cas dans le cas présent il y avait tout de même une certaine attente pour votre album je pense.

Nightmare : Oui, il y avait une attente, on a eu de très bon retour la plupart du temps, de très bon retour de presse pour le moment. J’espère que ça va continuer, vu que ce n’est que le début !

Le Pavot Enragé : L'album est assez symphonique ; pas seulement l'intro ou the Preacher, mais des titres comme Shattered Hearts ou The Dominion Gate (III) sont finalement assez symphonique... C'est une volonté du groupe ?

Nightmare : C’est un choix du groupe de pousser des arrangements un peu plus poussés au niveau des compositions, et surtout d’avoir travaillé différemment sur cet album là, avec un vrai producteur qui s’est impliqué de A à Z, parce que là quand même il a pas fait que le chant, il a tout fait jusqu’au mixage final ; on a eu la chance pouvoir travailler avec lui et s’impliquer à 100% ! Pas comme celui qu’on avait avant… Donc c’est vrai qu’on n’avait pas du tout la même approche que sur l’album précédent où par exemple les guitares étaient déjà enregistrées quand on a fait le chant, donc on pouvait plus y toucher, alors que là on avait des guitares témoins donc on a pu découper, arranger le chant et faire les modifications aux guitares après le chant. Ca c’est un petit bonheur !

Le Pavot Enragé : D’accord… Il a composé deux chansons d’ailleurs, non ?

Nightmare : Oui, il a fait deux morceaux.

Le Pavot Enragé : Il a décidé comme ça… ?

Nightmare : Non, en fait on a décidé nous, tellement il était impliqué dans la production de cet album, on lui devait un peu ça ! Ca valait vraiment le coup qu’il fasse des morceaux, deux morceaux à lui, puis on s’est dit… On n’avait pas envie de composer un nombre de morceaux pour un nombre de morceaux. Des fois finalement on se dit « ben il me faut douze titres » puis finalement on en avait dix qui sont super faut boucher le trou, et on voulait faire un album riche. Si on amenait des titres composés en plus par le producteur, on avait quelque chose d’encore plus riche.

Le Pavot Enragé : Ok… Quand on voit le titre, The Burden of God, les noms des chansons tels que The Preacher, Afterlife, on se demande, c’est un album sur le thème de la religion ?

Nightmare : Non, ce n’est pas un album sur le thème de la religion, plutôt sur le thème de l’antireligion, on va dire que c’est subjectif, c’est très mystique, très obscur, et ça peut être aussi très anti chrétien, ça a un petit côté black metal. Chacun son interprétation, mais c’est pas forcément un album sur la religion.

Le Pavot Enragé : C’est une critique ?

Nightmare : C’est une critique générale… Ca veut dire quoi le fardeau de Dieu ? Ca peut être l’homme, le fardeau de Dieu. Parce que Dieu en tant que Dieu des chrétiens, tout est beau, c’est pas le cas, tout est foireux. Chacun interprète comme il le veut.

Le Pavot Enragé : C’est étonnant… Quand on entend les musiques, par moment c’est très lumineux on croirait presque entendre du power metal ! C'est-à-dire plutôt l’inverse, l’apologie du paladin dans la lumière, alors que finalement le thème des paroles est plutôt très sombre…

Nightmare : Moi j’aime bien le côté mystique dans les textes. Je suis très influencé par la transcendance, le fantastique, qui a un côté très imagé et très puissant. C’est vrai qu’on a toujours eu ce côté-là, dans d’autres albums aussi. Dans le précédent album on a The Gospel of Judas qui est dans le même esprit que the Burden of God ou The Preacher… On a toujours été fan de ce genre d’approche.

Le Pavot Enragé : D’accord… Si ce n’est pas indiscret, toi, personnellement, tu te définis comme antichrétien ?

Nightmare : Non. Carrément non, mais je me dis qu’aujourd’hui les religions foutent bien la merde ! Mais non, je n’ai pas d’avis mais…

Le Pavot Enragé : Je vais tourner ça autrement… Est-ce que tu pense qu’elles ont donné au monde tout ce qu’elles ont pu avoir de bon, et que maintenant c’est un concept qui est dépassé ?

Nightmare : C’est possible, oui. Là je pense que oui. Aujourd’hui si y avait pas de religion, est-ce qu’on ne vivrait pas mieux ? C’est une question que je pose. Elle est ouverte !

Le Pavot Enragé : D’accord… Et Children of The Nation ?

Nightmare : C’est different. C’est un morceau qu’on a travaillé avec Jo, sur l’élaboration des textes, lui il avait deux trois idées de prendre des bouts d’hymnes nationaux de différents pays, donc on a créé un  texte en appliquant ces idées là, puis on a mis le narrateur dans la peau d’un gamin qui parle de son pays. Tout le monde est un enfant de la nation en fait. Un peu ce message général. Ca a été compliqué parce qu’il fallait prendre des bout d’hymnes et les caller entre eux sans trop les modifier et arriver à faire un bon compromis ! Après c’est très imagé mais le message c’est ça : tout le monde est un enfant de la nation.

Le Pavot Enragé : Ok… Je ne m’attendais pas trop à ça.

Nightmare : Tu t’attendais à quoi ?

Le Pavot Enragé : Et bien, j’avais l’impression que c’était plus mystique. Parce qu’il y a ce que dit le texte, il y a ce que dis la musique aussi. Et j’avais l’impression que ça parlait d’un être totalement unique.

Nightmare : Ca parle d’un être unique, mais au sein de sa nation. C’est un gamin, un seul, mais de plusieurs nations. C’est « Children of the Nations » avec un s !

Le Pavot Enragé : Ok… Quelques mois avant la sortie de l'album, votre guitariste JC Jess a du quitter le groupe ; comment c'est passé son remplacement pour  Matt Asselberghs ?

Nightmare : Très bien parce que déjà à la base JC c’est quelqu’un de super on n’avait aucun problème avec lui, c’est juste que vu  l’emploi du temps costaud que Nightmare allait avoir avec l’album, alors qu’il a un projet solo, qu’il a… c’était compliqué au niveau de l’emploi du temps de joindre les deux bouts. C’était une question d’investissement. Et puis il venait d’avoir un gamin, il avait une vie privée, pas compliquée, mais prenante plus en fait son groupe à lui il chantait dedans, il a composé dans les morceaux, ils avaient enregistrés dans son propre studio… Il ne pouvait pas réellement faire de break avec. Et Nightmare lui demandait surement, à un moment donné, dans les emplois du temps, de juste s’arrêter avec son groupe… Du coup on a gardé de très bons contact, si jamais un jour on a besoin de lui à n’importe quelle là !

Le Pavot Enragé : Et pour son remplaçant, ça se passe bien ?

Nightmare : Ah oui ! Il a eu un coup de chance inoui, parce qu’au départ on était parti sur deux guitaristes qu’on nous avait conseillé, donc on essayait, puis ça n’a pas trop fait l’affaire, et puis au fur et à mesure le moment d’entrer en studio se rapprochait, et on voulait intégrer le nouveau guitariste avec le nouvel album, ça c’était impératif. Mais on s’était dit que fallait pas qu’on se précipite, trouer un guitariste à tout prix c’était un danger, un piège. Donc on était partit pour enregistrer ça à quatre, vu que Franck avait composé 100% des titres. On était capable de faire l’album à quatre, y avait pas de problème de ce côté-là. Et du coup notre manager a eu l’idée lumineuse de mettre sur facebook une annonce, quitte à la virer tout de suite derrière si c’était fructueux. Du coup on en a eu cinquante en deux-trois jours, et Mat a fait partie des trois derniers, et a été l’heureux élu à la fin. Du coup tout a été très vite, on l’a impliqué ; il n’avait pas composé donc il ne pouvait pas participer en tant que prise et tout ça, mais il a fait les solos et du coup on l’a carrément impliqué dans l’album.

Le Pavot Enragé : Pour lui ce n’était pas trop dur de prendre le train en marche ?

Nightmare : C’est plutôt à lui qu’il faudrait poser la question, mais je crois qu’il était sur un petit nuage ! Il s’est retrouvé d’entrée en studio, là il se retrouve en promo –il n’est pas là ce soir mais bon il était au PPM Fest le weekend dernier pour le lancement officiel de l’album, forcément il était super heureux.

Le Pavot Enragé : Vous aviez déjà joué avec lui avant ?

Nightmare : Non, c’est une audition, il jouait dans un groupe de Macon, c’est vraiment le hasard.

Le Pavot Enragé : Il a bien fait les choses. Sinon, dans cette album là il y a la troisième partie de the Dominion’s Gate, il n’y aura pas de suite ?

Nightmare : Non, c’est la fin de la trilogie. Là encore c’est très imagé, mais the Dominion’s Gate c’est la découverte d’un monde paradisiaque, et c’est aussi une critique indirecte de la société. En fait on idéalise le monde dans lequel on veut vivre ; deux milles ans plus tard on s’aperçoit que tout ce qu’on a créé, les machines et tout, tout cela a pris le contrôle sur l’homme. Le refrain c’est « Shall we fly on cyber skies »… Ca veut dire ce que ça veut dire. En fait le monde moderne a oublié qu’il y avait des pays à la con – l’Iran ou la Corée par exemple – qui étaient des pays sous-jacent, qui se dotaient d’une puissance destructrice, donc on a fait dans le thème finale comme quoi l’apocalypse va venir du Middle East, de l’Iran – le royaume de Perse ! Et donc on créé deux personnages : le messager et Esther, princesse de Perse. C’était très imagé mais c’était aussi tiré de l’histoire et donc par rapport ça on a voulu terminer cette trilogie. C’est la fin du monde, la fin de la civilisation, l’apocalypse.

Le Pavot Enragé : D’accord… C’est le meilleur des mondes, et il y a l’apocalypse qui arrive ?

Nightmare : On a été dominé par ce qu’on a créé. L’apocalypse n’arrive pas de là où on le pensait, il arrive du Middle-East, de l’Iran par exemple, qui peut faire péter une bombe atomique.

Le Pavot Enragé : C’est un message politique ?

Nightmare : Non. C’est un message historique qui peut être politique.

Le Pavot Enragé : Il y a un sens social aussi ? Je veux dire, quand tu parles des gens dominés par leurs machines…

Nightmare : Non, c’est l’homme qui a créé quelque chose qui le dépasse. C’est plus dans ce sens là.

Le Pavot Enragé : D’accord… Et les nations qu’on avait laissées de côté reviendraient nous écraser… C’est une chose qui te fait peur ?

Nightmare : Oui, moi par exemple ma copine est israélienne ; elle vit entouré d’ennemis, c’est un petit pays et autours d’eux il n’y a que des ennemis. Tu ressens beaucoup plus ça la bas qu’ici. Oui on est dans un monde de fou, et ça ça me fait vraiment peur.

Le Pavot Enragé : La guerre entre l’orient et l’occident c’est vieux… Maintenant les bombes atomiques font plus mal que les épées et les flèches mais…

Nightmare : Pour l’instant elles n’ont pas encore été utilisées ! Mais…

Le Pavot Enragé : Très optimiste tout ça !

Nightmare : Non, on n’est pas des optimistes !

Le Pavot Enragé : C’est la peur de l’orient ?

Nightmare : C’est pas un message de peur, c’est un message de réalisme ; le message il est sous-jacent, c’est assez imagé. On aime bien imager les choses et laisser les gens imager comme ils ont envie.

Le Pavot Enragé : Là c’est vrai que c’est l’homme « le fardeau de Dieu », mais tu rajoute le Moyen-Orient au thème de la religion ça prend un sens assez précis ! Et sur la scène heay en France, vous êtes un peu en position de leader non ?

Nightmare : Nous on ne se dit pas leader de quoi que ce soit, après c’est vrai que les choses se font naturellement, il y a de très bons groupes français qui n’ont peut être pas assez d’audience… Ils ne sont peut être pas assez médiatisés mais bon c’est tant mieux pour nous !

Le Pavot Enragé : Et cet été vous allez entamer une nouvelle tournée ?

Nightmare : On a des dates en été, fin août avec le Rock Temple notamment ; on est en train de travailler sur des dates en automne, dont un festival en Suède, le Rockstadt et on a le Motocultor Fest, un festival en Espagne…

Le Pavot Enragé : Bien chargés ! Ok, et bien merci pour tout

Nightmare : Merci à toi !

 

2 thoughts on “Interview de Nightmare (France)

  1. Michel Onfray, Traité d’Athéologie. Voilà à quoi me fait penser cette interview. Tant dans les questions que les réponses, et c’est un compliment, le mot est faible !

    • Merci Nadine :)
      Bon par contre faut reconnaitre qu’il est un peu désabusé sur la scène metal actuelle, mais en un sens il n’a pas tort…

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