Rhapsody – Ascending to Infinity

Rhapsody… Une légende du metal à la discographie aussi longue que les imbroglios juridiques. Un groupe de référence, ayant engendré son propre style – le « Hollywood Metal » comme le groupe se plaisait à appeler leur power metal aux accents épiques. Un groupe ayant fait la controverse à moult reprises, surtout lors de sa séparation il y a peu en deux entités distinctes : l’une menée par Luca Turilli, et l’autre menée par son ami Alex Staropoli.  Ce dernier ne devrait pas non plus tarder à nous annoncer que quelque chose est en préparation… En attendant, découvrons ce qu’a fait son ami dans cet Ascending to Infinity.

Inutile de tourner autour du pot, pour une fois voila un album qui mérite son nom. A l’évidence, Luca Turilli est passé à la vitesse supérieure, et avec les moyens ad hoc. Mais la diversité des influences s’est également accrue, les compositions ont gagné en richesse. C’est bien la structure de Rhapsody que l’on reconnait, mais bien des choses sont venues s’y greffer.  Il a puisé des deux mains dans la musique classique, mais il ne s’est pas contenté d’emprunts. Il a développé ses propres compositions, exploré de nouvelles voies. Et le résultat étonne par sa puissance et sa variété.  On croit reconnaitre Rhapsody, et puis d’un coup un crescendo, une envolée soudaine, un mouvement auquel on ne s’attendait pas…

Et cette évolution ne s’est pas arrêtée aux compositions. Fabio Lione et Alessandro Conti possèdent des tessitures et des techniques proches, mais le deuxième fait là des choses que l’on n’avait jamais entendu faire le premier. Un talent supérieur ? Plutôt une alchimie efficace, dirait-on. L’un trouve sa mesure sur les compositions de l’autre. Un peu de chant féminin également, sur Tormento e Passione, Luna et Of Michael the Archangel and Lucifer’s Fall. Il est assuré par Sassi Bernert, une jeune chanteuse et pianiste allemande.

En revanche, s’il y a bien une chose qui n’a pas changé, ce sont les chœurs ! Toujours aussi omniprésents, scandant les refrains, apportant une impression de puissance.  On retrouve également les narrateurs chers au groupe, plus discrets cependant.

Et les guitares ? Et bien non, elles ne sont pas les grandes oubliées – ce qui du reste eut été assez paradoxal. Elles sont là, éblouissantes comme il se doit avec une telle équipe.

Si Quantum X, avec sa musique orientale, son narrateur et ses chœurs inspirés de la musique sacrée est une excellente entrée en matière, les choses sérieuses ne commencent que sur Ascending to Infinity. Une entrée instrumentale à la Rhapsody, mêlant brillant solo et clavier sur un tempo ultra rapide, et le chant masculin, accompagné et soutenu par les chœurs, démarre brutalement. Des variations de tempo soudaines tiennent en halène l’auditeur. A mi chemin, le chant lead s’interrompt ; passages instrumentaux et chœurs latin alternent alors, dans un style mi-sacré mi-profane, reprenant des thèmes chrétiens traditionnels : je suis l’alpha et l’omega/celui qui est, qui était et sera… Et le chant lead revient, appelant l’homme à se libérer de ses vues mortelles pour s’ « élever vers l’infini »…

Un curieux titre à l’ambiance mystique, qui à lui seul mériterait une chronique entière. Bien loin des thèmes héroïque-fantaisie qu’il affectionnait auparavant, dans la lignée directe de From Chaos to Eternity (la chanson), mais bien plus ambitieux : abandonnant carrément toute allusion à des représentations symboliques, plongeant dans l’abstrait, mêlant anglais, latin et italien… Plus ambitieux et plus aboutit au niveau des compositions également, poursuivant le mouvement précédemment amorcé mais avec une meilleur maitrise, sans les pertes de rythme ni les excès qu’on pouvait reprocher à From Chaos to Eternity.

L’introduction de Dante’s Inferno, tout aussi rapide mais plus orchestral, entraine ensuite l’auditeur. Bientôt viennent s’y mêler guitare et batterie… Mais c’est sur un break qu’arrive le chant, bas et murmuré, puis s’élevant soudain, jusqu’à l’arrivée des chœurs martelant leur refrain : « Divina Amata/Or Sospirata… » Un étonnant solo de guitare, reprise d’une étude d’un compositeur viennois du XIX réputé pour la difficulté de ses œuvres, et le chant lead, désespéré et accompagné de chœurs monastiques, vient conclure. C’est décidé, faut-il traverser l’enfer, Dante ira chercher l’âme de Béatrice… On ne sait pas trop s’il s’agit du poète florentin du XIVème ou du jeu vidéo du XXIème ; à mi chemin entre les deux dirait-on. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un thème original – et italien s’il en est !

Les thèmes deviennent ensuite nettement plus classiques. Atlantis, Excalibur, la chute des anges rebelles, la guerre des dieux et des titans… Musicalement en revanche, le rythme ne décroit pas, et chaque chanson apporte son lot de petites surprises : une intro à la façon des chansons de la renaissance sur Excalibur, cette allure d’opéra italien de Tormento e Passione, - on se croirait presque dans Tosca ; cet étrange chant à moitié murmuré au début de Clash of the Titan… Plus étonnant, Luna, une balade reprise d’un morceau de pop italienne.

Bien évidemment, l’album se termine sur l’un de ces longs titres dont Luca Turilli a le secret : seize minutes racontant la victoire de Saint Michel sur Lucifer… Une sorte de petit album dans l’album, qui à lui seul mérite largement le détour.

Au final, un album qui impressionne et étonne. A l’évidence, Luca Turilli n’est pas en manque d’inspiration, loin de là. A la façon d’un Christofer Johnsson, sa passion pour la musique classique semble prendre peu à peu le dessus sur le reste – et de fait l’évolution de Rhapsody rappelle un peu celle de Therion. Mais les styles de départs sont différents, et le résultat est très différent. Luca Turilli a choisi sa voie. Il n’y a plus qu’à voir jusqu’où elle le mènera…

One thought on “Rhapsody – Ascending to Infinity

  1. Visiblement, Luca Turilli a fait les bon choix car l’album semble dantesque ! Tu donne envie d’écouter encore une fois avec cette chronique éloquente, merci.

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