Interview d’Orden Ogan

Discret, calme, mais en pleine ascension, ainsi pourrait-on décrire Orden Ogan. Ce groupe de metal mélodique d'outre-Rhin, qui sans faire de vague gagne lentement en importance et accompagnera bientôt Freedom Call et Lucca Turilli en tournée européenne, nous reçois ce soir à l'occasion de la sortie de leur dernier album : To The End. Le Pavot Enragé : Tout d'abord merci pour cette interview, et félicitation pour ce nouvel album ! Et d'abord, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu nous présenter le groupe ?

Orden Ogan : Oui bien sûr. Basiquement nous sommes un groupe allemand de metal melodique. C'est une idée reçue assez commune que le groupe a été fondé dans les années 90, ce qui est idiot vu que nous nous comptons depuis 2008, quand l'album Vail est sorti ; on peut lire sur internet que le groupe a été fondé en 1996, mais à l'époque j'avais quinze ans et je pouvais à peine porter ma guitare tout seul ! (rire) Je veux dire, pendant beaucoup d'années nous avons joué dans des pubs minuscules et des choses comme ça, pour le plaisir tu sais, nous n'avions jamais pensé à plus, avant que l'album Vail ne soit sorti et là ça a vraiment été le meilleur moment tu sais, quand les gens viennent te voir et disent "oui! C'est aussi comme ce que vous faites et il devrait faire un vraiment bon album! Et nous avons dit" ok essayons de faire un bon album " et il y avait une maison de disques appelée Yonah Records qui a dit “ok, bien le faisons” ! Mais je dois dire aussi que c'était avec un line up totalement différent, et le groupe a vraiment démarré en 2008.

Le Pavot Enragé : Et maintenant AFM Records, le gros label ?

Orden Ogan : Oui enfin je veux dire, ce n'est pas le plus gros mais ce n'est pas non plus le plus petit, la bonne chose c'est qu'ils sont vraiment nombreux et ils prennent vraiment le temps. Le notre, Timo, Je suis en contact avec lui à peu près tous les jours, et il est plus un amis et un manager que juste un manager, ce qui est très bon. C'est une meilleure façon de traiter avec ton label tu vois. Au fait, si tu veux l'une de ces BD...

Le Pavot Enragé : Merci !

Orden Ogan : De rien. Elle est fournie avec l'édition limitée.

Le Pavot Enragé : Et qui l'a faite ?

Orden Ogan : La chose amusante est qu'elle a été faite par un fan du groupe. Je veux dire, les fans viennent souvent te voir et te disent “je pourrais faire ci ou ça” et la plupart du temps tu sais, tu n'y jette pas un oeil. Je veux dire, c'est gentil à eux de faire ça bien sûr, mais souvent les gens arrivent avec des trucs et toi : “qu'est-ce que je pourrais bien faire de ça ?!” Mais ce gars c'était plutôt : “je voudrais faire une BD Orden Ogan”. Bon et bien pourquoi pas. Et quand il nous a envoyé la première page c'était “la vache mais ce gars est vraiment doué!” Alors je l'ai contacté rapidement et maintenant c'est un bon copain et par exemple c'est aussi lui qui a fait le design des concerts.

Le Pavot Enragé : Au passage, je me demandais, qui est ce drôle de type qui est toujours sur les pochettes de vos albums et que je vois là dans la BD ?

Orden Ogan : Il s'appelle Alistar Vail, comme l'album Vail, et il est la mascotte d'Orden Ogan. L’histoire, c’est qu’il s’agit d’une sorte d’aristocrate ayant détruit un cercle de dirigeant d’un empire occulte ou quelque chose comme ça, et qui a été maudit pour cela et ce qui n’est pas si cool est qu’il est immortel maintenant, et doit parcourir le monde, il ne peut s’arrêter nulle part, il doit toujours continuer à avancer, il doit toujours errer, et la chose vraiment désagréable c’est que pour chaque endroit qu’il quitte il laisse derrière lui une catastrophe, une épidémie… Dans chaque groupe de gens, ville ou cité quelque chose va arriver, partout. Je crois que le concept a été développé sur Vail et Easton Hope, et il faut le voir comme un concept de fin du monde un peu tordue, ou disons de survivants après la fin du monde.

Le Pavot Enragé : Il y a une autre histoire qui vous a inspirée celle-ci ?

Orden Ogan : Non, je veux dire To The End n’est pas une vraie histoire, plutôt une sorte de concept. Un jour ça nous est venu à l’esprit que nous pourrions aimer travailler sur ce concept, et aussitôt que tu commences des choses de ce genre tu découvre de plus en plus d’opportunités que cela t’offre, et par exemple, d’un point de vue métaphorique, tu sais la chanson qui s’appelle The Ice King ; beaucoup de gens s’imaginent qu’il s’agit d’un roi de glace ou quelque chose de ce genre. En réalité c’est une chanson à propos de la politique de, comment dit-on déjà ? Suivre aveuglément un politicien, ce genre de choses. Alors ils ne réfléchissent pas et font ce qu’ils croient être bon tu vois, et ils ne se soucient pas des vies de gens, ou ce genre de choses. C’est métaphorique tu vois…

Le Pavot Enragé : Ok… Je te demandais cela parce que cela me rappelais une autre histoire, à propos d’un aristocrate immortel qui erre à travers l’Europe…

Orden Ogan : Oui, dans ce contexte on pourrait dire que c’est son état final tu vois, à la fin du monde ! (rire)

[caption id="attachment_7745" align="aligncenter" width="297"] Le comte de Saint-Germain : au XVIIIème siècle, il aurait accompli le Grand Oeuvre alchimique, acquérant ainsi l'immortalité. Depuis, des légendes racontent qu'il erre à travers le Monde... Quand on demandait à son domestique : « Est-il vrai que votre maître a trois cents ans ? », l’homme répondait : « Je ne puis vous le dire : il n’y a que cent ans que je suis à son service. »[/caption]

Le Pavot Enragé : Et à propos de The Ice King, cette chanson a vraiment une ambiance spéciale… Maintenant je comprends un peu mieux pourquoi.

Orden Ogan : C’est la même chose pour toutes les chansons en fait. Par exemple dans Take This Light, la seule balade de l’album, a la fin de la chanson il y a des choses vraiment ringarde, des choses au sujet de papillons et de ce genre de choses. Et les journalistes et les gens nous disaient :  « à quoi est-ce que vous pensiez en faisant un truc aussi ringard ?! » tu sais. Et je disais : « oui c’est ringard en apparence, mais ce n’est pas ringard si on connait le contexte de la chanson ». C'est à propos d'une femme qui tient sa fillette mourante dans ses bras dans ce monde glacé, et qui essaye de lui donner de l'espoir quand l'espoir est perdu. Et qui chante cette chanson. Dans ce contexte, c'est très sombre et plutôt déprimant !

Le Pavot Enragé : D'accord... Et dans ce monde gelé, quelles sont ces « Things you Believe in » ?

Orden Ogan : Les paroles de la chanson, si on reste dans ce contexte de fin du monde, sont sur le thème « on aurait pu réussir si nous avions travaillés tous ensembles, mais nous ne l'avons pas fait et tout est perdu ». Mais on peut aussi voir ça d'un point de vue métaphorique tu sais, parce que quand tu te lance dans un groupe comme Orden Ogan, un groupe de heavy mélodique, en Allemagne... Je veux dire, nous avons une gigantesque scène death underground, mais si tu pars dans le metal mélodique, quand tu tente de participer aux plus petits festivals ou tremplin, tu te retrouves avec vingt groupes de death et c'est tout tu vois. Alors tu dois faire les choses auxquelles tu crois et juste avancer, et aller jusqu'au bout – enfin ce bout n'est pas une fin j'espère, mais le fait est que nous avons fait tout ce chemin, oui.

Le Pavot Enragé : Ce que j'ai également trouvé curieux dans cette chanson, ce sont les influences folk, dans l'intro surtout, et les mélodies.

Orden Ogan : Oui, nous avions plus d'influences folk sur le dernier album ; mais c'est intéressant que tu mentionne ça parce que le gars de Rock Hard Magazine m'a dit, tout à l'heure : “je regrette qu'il n'y ait plus d'influences folk sur le nouvel album”! Et j'ai dit “oui mais si tu prends par exemple The Things We Believe In, et que tu joues les harmoniques avec une guitare acoustique, et la mélodie avec un violon, et bien ça te donne une chanson folk. Alors oui la mélodie basiquement ce n'est pas le but ; je ne suis pas un grand fan de folk irlandais ou quelque chose de ce genre, c'est juste dans la façon de composer ou d'écrire les mélodies, ou de venant de mélodies, ce genre de chose. Juste l'approche avec les mélodies.

Le Pavot Enragé : Quelque chose de connecté avec le passé, une part d'inconscient ou quelque chose comme ça ?

Orden Ogan : Je vois ce que tu veux dire mais non, c'est vraiment comme... C'est aussi comme quand les gens viennent avec des questions comme “vous avez tous ces éléments moderne dans votre et musique, et ces éléments folks, et comment faites vous pour les faire tenir ensembles ?” Je peux juste dire, tu sais la chose la plus importante pour écrire des chansons c'est juste que tu dois avoir la bonne oreille pour les choses qui ne vont pas ensemble. Tu dois savoir ce que tu ne peux PAS faire. C'est la chose la plus importante. Et concernant ces mélodies ça sonne si simplement mais c'est vraiment... La plupart du temps c'est juste que ça vient tout seul. Je ne suis pas assis en train de me dire “ok là j'ai besoin d'une mélodie folk, là d'un riff qui sonne bien moderne” ou quelque chose de ce genre. Ca se développe simplement.

Le Pavot Enragé : Ok... Et qu'est-ce que tu penses des groupes qui fonctionnent un peu comme ça, qui essayent de mélanger vraiment moderne et ancien, comme vos compatriotes d'In Extremo ou Subway to Sally par exemple .

Orden Ogan : In Extremo et Subway to Sally, je pense que ce sont vraiment de très grand groupes, et je les ai vus très souvent, ils sont vraiment très très bons en live mais pour être honnête je suis totalement en dehors de toutes ces chansons. Je n'écoute pas de mélodique ou de trucs de ce genre, je suis totalement dans ce qui est moderne et hard ; par exemple j'adore tous les albums de Chimaira, j'écoute ce genre de choses tu vois. Et beaucoup de choses disons, bien produites. En ce moment il y a Andy Sneap et Colin Richardson, tous deux des producteurs anglais, et il arrive que j'achète un CD d'un groupe que normalement je n'aime pas, juste pour la production, à cause du son tu vois.

Le Pavot Enragé : D'accord... Et il y a aussi beaucoup de chœurs dans cet album. Où les avez vous enregistrés cette fois ?

Orden Ogan : Sur Easton Hope nous avions mis dix huit ou vingt personnes ensembles dans une cathédrale en Allemagne, et nous les avions enregistrés dans la cathédrale à cause de la reconnaissance tu vois, c'est juste énorme. Mais le nouvel album est plus directe et rapide et tout ce que tu veux, alors je voulais les chœurs plus dans ce style. Alors nous avions quatorze personnes et nous avons mixé plusieurs groupes et les avons emmenés en studio. Alors tu dois imaginer, ce n'est pas comme un vrai chœur avec quarante personnes et tout le monde chantant avec une tessiture différente mais c'est plus comme disons douze personnes chantant toutes dans le même ton, et à côté tu as quelques voix différentes, et tu as l'impression qu'il y a deux chœurs différents.

Le Pavot Enragé : Ca donne pas mal de puissances aux chansons...

Orden Ogan : Je veux dire, quand j'écris les chansons j'ajoute les paroles et les trucs de ce genre mais dès que j'arrive aux choeurs, aux refrains, , j'ajoute toujours quelques voix en plus alors ça donne une sorte d'effet de choeurs glissants.

Le Pavot Enragé : Il y a dans la musique de l'album un côté épique assez marqué. La musique sonne épique mais les paroles ne sont en fait pas du tout épiques ?

Orden Ogan : Tu sais, si tu parles du fait que les musiques sont épiques et les paroles plutôt réalistes ou dures, je veux dire, dès que tu arrives dans des thèmes comme la fin du monde, quoi de plus épique ! (rire) Je veux dire, je déteste tous ces trucs ringards tu sais, avec des rois et des chevaliers. Je ne pourrais pas chanter des choses à propos de licornes ou d'épées et de trucs comme ça tu sais !

[caption id="attachment_7766" align="aligncenter" width="540"] Épique, la fin du monde ? Hum, il est certain que bon nombre d'artistes partagent cette vision des choses ![/caption]

Le Pavot Enragé : Vous allez bientôt partir en tournée avec Rhapsody et Freedom Call ; comment avez-vous été choisis pour les accompagner ?

Orden Ogan : Ce qui est amusant, c'est que c'était vraiment un souhait de Luca Turilli. Il a dit quelque chose du genre “bon, le groupe va bientôt partir en tournée, avec peut être Freedom Call et oui, pourquoi pas, Orden Ogan.”. Et ce qui est amusant, c'est que notre agent est également celui de Freedom Call, et nous étions aussi partis en tourné avec Freedom Call en Allemagne, et la tournée avait eu pas mal de succès. Si on ajoute un groupe comme Rhapsody en tête d'affiche je pense que ça fait un package qui peut avoir beaucoup de succès – enfin au moins en Allemagne, en Franc je ne sais pas ! (rire)

Le Pavot Enragé : Vous avez déjà joués en France ?

Orden Ogan : Oui, nous avons fait une tournée avec Tiamat. Nous avions joués au Trabendo – c'est bien ça le nom de la salle ?

Le Pavot Enragé : Oui.

Orden Ogan : Un endroit épouvantable ! La scène y est très basse par rapport à l'audience, et normalement je n'ai pas de problème avec ça mais cette fois là ça me faisait l'impression d'être en train de nager dans la mer – à part qu'il n'y avait pas les dauphins ! Mais sinon c'était ok avec Tiamat, et nous avons également fait trois dates avec Grave Digger, et c'était plutôt bien. Le problème, pour les deux tournées, fut que dans les deux cas quelque chose était allé de travers avec la promotion, et nous n'avions pas été annoncés. Alors je pense que ce sera la première fois que je vais vraiment voir combien de personnes peuvent venir pour nous voir jouer !

Le Pavot Enragé : Dans To The End vous avez également remis deux anciennes chansons, Angels War et Mystic Symphony. Pourquoi avoir choisi de les réenregistrer ?

Orden Ogan : Oui, comme je te l'ai dit avant, il y a une histoire avant la vraie histoire (rire). Et ces deux là étaient dans nos set list depuis des années. Il y a une expression amusante pour ça en Allemagne, si une chanson te reste dans la tête et que tu ne peux t'empêcher de la chanter, on appelle ça “un ver d'oreille”. Je ne pense pas qu'il y ait d'expression équivalente en France ou même en Amérique ! Et les gens continuaient à chanter ces deux chansons, et nos amis nous demandaient toujours “nous voulons avoir ces chansons, pourquoi est-ce que vous ne les réenregistrez pas ?” Et nous “oh bon d'accord, on va les réenregistrer !”

Le Pavot Enragé : Ok ! Et une dernière question : tu disais que c'était difficile pour un groupe de metal mélodique en Allemagne, mais Running Wild a pas mal de succès ces temps ci ?

Orden Ogan : Oui, mais si tu vas par là pense à tous les énormes groupes de metal mélodique allemand comme Blind Guardian, Gamma Ray, Helloween , Running Wild… Ils ont tous commencés dans les années 80, quand le metal était juste le “metal” en général, et ils ont grandis jusqu'à devenir énormes. Je crois que le dernier groupe à avoir vraiment réussis dans ce style c'est Edguy, et ils ont aussi commencés il y a pas mal de temps ! Et oui, peut être Sabaton.

Le Pavot Enragé : C'est vrai... Running Wild avait splité puis s'était reformé il y a pas longtemps.

Orden Ogan : Oui, ça va être une sacrée tournée aussi ! Mais on est déjà en contact.

Le Pavot Enragé : Ok ! Et bien merci pour tout !

Orden Ogan : Merci ! J'espère qu'on te verras à la tournée avec Rhapsody !

Le Pavot Enragé : Je compte bien venir vous voir !

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