Marillion – Sounds That Can’t Be Maid

Beaucoup de groupes ont déjà été qualifiés « d’hors norme ». Le méritent-ils ou non, c'est une autre question ; mais dans le cas de Marillion on est particulièrement tenté de répondre oui. Dix sept albums, treize albums live... Un parcours digne des plus grands, commencé en 1979, les ayant conduits à tourner avec Metallica ou Iron Maiden, à lancer la carrière d'un petit groupe alors inconnu nommé Dream Theater, à vendre des milliers d'albums. Un groupe qui paraissait destiné à faire partie des plus grands groupes de rock de tous les temps... Jusqu'au jour où, en 1997, après un semi-échec commercial, leur label décida de ne plus s'occuper d’eux qu'à moitié, et que le groupe décida de ne plus s'occuper du tout de son label.

Ils quittèrent donc ce dernier, le tout-puissant EMI, ainsi que la société de management qui les accompagnait, et reprirent intégralement la main sur tous les aspects de la vie du groupe, depuis la production des albums jusqu'à leur promotion et l'organisation des tournées. Pour ce faire, ils utilisèrent le soutien de leurs fans via internet, et parvinrent à monter une organisation dynamique, pérenne et totalement indépendante. Paradoxalement, ce système original leur valut une redécouverte récente des médias – dont on n'ira pas jusqu'à dire que le groupe se fiche complètement mais dont il est permis de rire.

Sounds That Can't Be Maid est donc le dix-septième album du groupe, et le neuvième entièrement auto-produit. A l'aire des John Cage et autres musiciens minimalistes ou expérimentaux, voici un titre des plus ambitieux... Va-t-on donc entendre des « sons qui ne peuvent exister » ? C’est une question à laquelle nous répondrons en temps voulu.

Car il faut d’abord décrire un peu cet album. Imaginons une grève de sable infinie et vierge, une mer aux eaux pures et aux reflets changeants. Un moutonnement de nuage dans le ciel, poussé par une brise qui nous caresse le visage. Parfois la lumière devient grise, la pluie se met à tomber sur le sable et mouille nos cheveux. Puis le soleil revient, les nuages ne sont bientôt plus que des trainées effilochées au milieu du ciel. Et le vent sèche nos cheveux mouillés par la pluie, et le jeu continue. Et les vagues continuent de rouler jusqu’à la grève et de mourir dans une gerbe d’écume, et le soleil de jouer sur la mer et les nuages…

Voila. Bienvenue dans cet album de Marillion. Nous vous souhaitons bon séjour, et n’oubliez pas de sortir sur la pointe des pieds pour ne pas déranger les autres auditeurs, immobiles sur la grève silencieuse.

Et maintenant il est temps de revenir sur terre. Car, aussi surprenant que cela puisse être la (très) longue chanson qui nous accueille dans cet album ne parle pas de poésie ou d’amour. Elle parle de politique, d’une minuscule zone en état de guerre quasi-perpétuelle, ravagée par les bombardements et à moitié transformée en décharge géante. Bref, de la bande de Gaza. Un jeune homme raconte son enfance, la vie entassé à huit dans une minuscule pièce, les jeux dehors au milieu des ruines. Grandir enfermé comme du bétail dans ce bout de terre sans avenir. Et de conclure : nous voulons tous la paix, mais rien n’est simple…

Il sera plus difficile de décrire la musique. D’une part à cause de sa longueur – dix sept minutes – d’autre part car la musique de Marillion n’est pas aisée à décrire autrement que métaphoriquement. Un rock progressif très fluide au rythme changeant, un chant protéiforme alternant avec de longs passages instrumentaux… Une musique qui se refuse à la description, il n’y a pas d’autres mots.

Dans cet album, il est également important de prêter attention aux paroles. Elles nous racontent quelque chose, la musique également, et si on ne connaît pas l'un une partie de l'autre nous échappe.

Il y a cette poésie, digne du mouvement surréaliste, qui imprègne toutes les chansons et culmine dans Sounds That Can't Be Made. Il y a cette façon de parler de l'amour de Power, The Sky Above the Rain, Invisible Ink ou Pour My Love. Et puis, l'originalité de Montreal, chanson que l'on pourrait qualifier de « réaliste » : le groupe est en tournée dans cette ville. Le narrateur y raconte leur voyage pour une tournée, l'arrivée dans le pays, l'hôtel, le téléphone avec sa femme... Il y a, dans la douceur de la mélodie et du chant, cette petite pointe de solitude et de nostalgie que l’on ressent à marcher dans les rues d’une ville inconnue où les hasards du travail nous ont conduits…

Ne cherchez pas à comprendre cet album, à en percer ses secrets. Ne cherchez pas à l’avaler comme on avale un BigMac, en l’engloutissant avant de passer à la suite. Laissez-vous bercer par la musique. Simplement.

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