Kamelot – Silverthorn

Un certain nombre d'années ont passé. Et outre Atlantique, Kamelot fait toujours autant figure d'exception. Roy Khan est resté quatorze ans en son sein, et l'œuvre qu'il a accomplit avec eux n'est pas petite. Karma, Epica, The Black Halo, Ghost Opera... On en avait presque oublié qu'il ne faisait pas partie des membres fondateurs ! Et pourtant si. La preuve, il l'a quitté. Et le groupe continue de tourner.

Il s'agit donc du premier album avec Tommy Karevik au chant ; et comme toujours dans ces circonstances la question est : sera-t-il digne de son prédécesseur ? En plus d'une indéniable présence scénique, Roy Khan est un chanteur de talent, doté d'une voix sortant de l'ordinaire, mettant beaucoup de caractère et d'énergie dans son chant.

Or ce que tente de faire Thomas Youngblood dans Kamelot n'a rien d'évident. On pourrait le résumer à un power metal extrêmement symphonique et marqué par l'opéra rock, tentant de refléter un maximum de sentiments humains... L'équilibre que cela nécessite est subtil. Un peu trop, et on sombre dans le pathos. Pas assez, et on se retrouve avec une coquille vide, trop ambitieuse et sonnant faux. Khan, avec sa voix puissante et sa capacité à faire preuve d'autant de sensibilité que de retenue, semblait pour cela le chanteur idéal. Mais peut-être n'était-ce qu'un effet de l'habitude ?

Sur le fond, la base musicale du groupe n'a pas changé : un power metal symphonique très lyrique et imprégné d'un certain romantisme, couplant grande puissance instrumentale et chant masculin varié et modulé. Le tout en mid-tempo, avec les explosions et montées en puissance soudaines qu'ils affectionnent. Et  Tommy Karevik ? Et bien, sa ressemblance avec Roy Khan – tant physique que vocale d'ailleurs – laisse pantois. Un auditeur attentif notera néanmoins quelques différences, et notamment, il faut bien le dire, une puissance vocale plus faible. Khan aimait aller dans les graves, et Tommy Karevik ne descend pas aussi bas. Ce qui d'ailleurs ne le gène nullement pour se fondre dans le paysage musical du groupe.

Car ce qui est curieux dans Silverthorn, c'est que la vraie évolution n'est pas dans le chant mais dans les compositions. Après un Ghost Opera et un Poetry for the Poison en demi-teintes, où on se demandait un peu où le groupe cherchait à aller, celui-ci marque un retour à une certaine simplicité. Moins d'orchestrations, des ambiances plus sobres, un peu plus de prise de risque au niveau de la production...

Une forme de remise en cause ? Peut-être. Thomas Youngblood avait de grandes ambitions pour Kamelot ; et à l'évidence il les a toujours. Mais il semble avoir passé un palier. Aurait-il fait sien le vieil adage : « le plus difficile c'est de faire simple » ? Hum... Peut-être, peut-être... De là à dire que Khan, en en faisant trop, nuisait au groupe, il y a un pas qu'on ne franchira pas, loin de là. Simplement le chant de Tommy Karevik, plus sobre, suit la tendance générale.

Pourtant,  Thomas Youngblood ne semble pas avoir tout à fait renoncé à l'opéra rock, comme en témoigne Prodigal Son : un titre de presque dix minutes, divisé en trois parties fusionnées en une chanson, mais faciles à distinguer. D'abord Funerale. Une sorte de prière dans une ambiance d'église, où le chant de Tommy Karevik, adoucit et poussé dans les aiguës (mais sans tomber dans le fausset), implore Dieu de lui donner la force de résister à la perte d'une « princesse de l'espoir » morte trop tôt... Chœur et orgue l'accompagnent, accentuant la douceur et la tristesse de l'ensemble. Puis revient son chant. Encore léger mais plus grave, accompagné de guitare en tapping puis de batterie.

Guitares saturées et batteries marquent le passage à Burden of Guilt. Qui est cette femme envers qui le héros a tant de torts, dont il implore le pardon et à qui, dans un sursaut, il jure de ne jamais souiller son nom ? Sa mère... Le fils prodigue n'est pas celui de la Bible qui, ruiné, revient implorer le pardon de son père. Il est celui que la mort d'un être cher remplit de regret... Pourquoi n'ai-je pas passé plus de temps avec elle ? Tommy Karevik démontre là l'étendue de ses capacités vocales. Le travail d'accompagnement des guitares est également impressionnant.

Et The Journey ? Ce voyage, c'est celui que « suit en aveugle chaque enfant sur le chemin de la vie ». Un retour dans un style plus classique de Kamelot : chant « doux » porté par un fond symphonique et un impressionnant travail des guitares. Forte est la nostalgie. Et Continuum, conclusion instrumentale coupée d'un long silence, ne fait que la renforcer.

Si Silverthorn n'a pas la puissance et la ferveur mystique de Epica et The Black Halo, il n'en est pas moins un très bon album, en un sens plus abouti que Poetry for the Poison. Kamelot a de l'allant, et la volonté de progresser. Thomas Youngblood semble décidé à évoluer. Et si sa musique reste profondément mystique, elle est devenue plus sombre, ponctuée de rais de lumière soudains.

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