Dragonforce – The Power Within

Depuis 2000, on peut dire que le parcours de Dragonforce a été rapide. Dix ans et cinq albums pour s'imposer dans un créneau aussi encombré que le power mélodique, dominé par des poids-lourds datant souvent des années 80 ou 90, c'est une performance dont peu de groupes pourront un jour se targuer.

 Oh ils n'ont pas été les seuls évidemment ! Firewind et Orden Ogan ne s'en sont pas mal sortis non plus. Mais bon, entre une première génération (Helloween, Gamma Ray, Running Wild...) toujours bien vivante, une deuxième (Kamelot, Freedom Call, Edguy...) solidement accrochée et encore très loin de songer à la retraite, et toute la concurrence des petits nouveaux aux dents longues (déjà cités), on se répète mais on ne saurait assez le dire : attention, risque d'embourbement élevé ! Estuaire périlleux réservé aux timoniers de haut vol et aux nefs disposant d'un solide gréement !

 Dans cette situation, changer de grand-voile, c'est-à-dire de chanteur, est toujours un exercice périlleux. Qu’il est cependant tout à fait possible de réussir, voir d’utiliser pour redynamiser une carrière un peu ralentie, comme en témoigne Kamelot. L’exercice est le même pour Dragonforce, car depuis Ultra Beatdown en 2008, leur chanteur, ZP Theart, a quitté le groupe et a été remplacé par Marc Hudson.

Premier constat, tout comme pour Kamelot, la ressemblance entre ancien et nouveau chanteur est impressionnante. Pas tellement plus de différences entre eux qu’entre Roy Khan et Tommy Karevik. Une tessiture légèrement plus aigüe, un style plus heavy, mais sinon les mêmes accents, la même présence et le même débit supersonique.

 De manière générale, The Power Within témoigne d’ailleurs d’un retour aux racines du power metal : morceaux courts, riffs et soli hyper-techniques jouées à la vitesse d'une licorne au galop, exaltation de l'héroïque - fantaisie, refrains simples et efficaces martelés avec l’intention évidente de les graver dans le cerveau de l’auditeur… Bref, du power épique dans toute sa splendeur (ou son ridicule, diront les moqueurs).

Que dire de plus après l’épique traversée de l’enfer de Cry Thunder, les puissants riffs accompagnant les évocations des « demons we slay » et des soldiers of destiny » « alone in the dark », auxquelles un chœur de paladin rugit en réponse :
« Cry Thunder!
Sword in his hand,
Titans of Justice, Fearless We Stand! »

Avant que les guitares, à leurs tours, ne répondent par des soli hyper-techniques expédiés comme une pluie de flèches enflammées ! Inutile de le préciser, Give Me the Night enchaine sur un riff suffisamment rapide et saturé pour ne pas laisser de répit…

Tout est dit. On l’aura compris Dragonforce a changé son fusil d’épaule. Fini les interminables soli, et de manière général les tendances prog ou expérimentales. Retour aux valeurs sûres : un power metal à la Rhapsody, des chansons courtes aux ambiances épiques, un chant mis en avant et soutenu par les refrains. Plus un recadrage qu’une véritable évolution du reste, car pour le reste la base musicale est inchangée. Simplement, le groupe a décidé de faire un peu plus classique, et offre un power metal plus conventionnel certes, mais néanmoins doté de caractère. Energique et technique comme doivent l’être les productions du genre, avec le petit plus qui permet de se démarquer.

Sur ce plan la technicité est un atout – qu’ils ne sont certes pas les seuls à avoir, mais raison de plus – et le fait est que Herman Li et ses comparses n’ont pas perdus ; simplement appris à se faire plus discrets.

Un bon album donc, qui confirme une impression qui commençait à poindre : en matière de power metal, l’année 2012 a été un bon cru. Entre le grand retour de Luca Turilli, la montée en puissance d’Orden Ogan et les bonnes évolutions suivies par Kamelot et Dragonforce, qui tous deux causaient quelques inquiétudes – deux poids-lourds du genre qui commençaient à stagner et se séparaient de leurs chanteurs – il n’y a pas à dire l’année a été bonne.

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