Interview de Karelia

Paris, Boulevard de Clichy. Il est 21h et la nuit est tombée. Pour les uns c’est bientôt l’heure d’aller dormir, mais pour le quartier c’est plutôt l’heure de se réveiller. Une enfilade de boutiques fermées de rideaux de fer, de kebabs d’où émanent de lourds relents de graillon, maintenant un tas de déchets marquant l’entrée d’une impasse.  Au fond, une passerelle longeant un chantier. Des escaliers, un étage, deux étages, et tout d’un coup une cour calme et bordée de massif de fleur, une pancarte « Ibis Hôtel ». Tout au fonds, vers la porte du bar, trois silhouettes dont une chevelue : Karelia est là.

Le groupe, qui s'est fait connaitre en faisant par deux fois la première partie de Scorpions, est aujourd'hui à Paris pour faire la promotion de leur dernier album, Golden Decadence. Et c’est Mat, leur sympathique chanteur, qui répondra à nos questions.

Le Pavot Enragé : Salut Mat, et tout d’abord merci pour cette interview ! Elle fait suite à la sortie de votre album « Golden Decadence »sorti le 26 aout. En France, vous êtes un peu connu comme « le groupe qui change totalement de style à chaque album ». Ca vaut ce que vaut une étiquette, mais qu’est-ce que tu en penses ? Ca vous va ?

Karelia : Ah ben ça nous va plus que bien même puisque c’est délibéré, personne ne nous a mis le couteau sous la gorge ! (rire) Maintenant, il y a juste une mauvaise interprétation de ça, c’est que précisément on ne le fait pas par intérêt, c’est tout le contraire même ; notre intérêt ça aurait été de rester dans la case qu’on avait tracé avant. A la base, on était un groupe de metal symphonique plus ou moins conventionnel. Tout ce que j’avais demandé à l’époque c’était qu’on sorte un deuxième album fidèle au premier ; mais quand la cour de récrée te parait trop petite tu t'ennuies et du coup tu as envie d’aller voir ailleurs, et c’est ce qu’on a fait. Donc c’était par pure intérêt artistique et par amour de la musique, le fait qu’on ne se soit pas cantonné à faire toujours la même chose… Après, je n'ai pas pour autant l’impression que ça nous empêche d’avoir une identité ; j’ai quand même l’impression que tu reconnais quand c’est du Karelia, pas seulement à la voix mais à la place qu’occupent les instruments. Il y a un fil conducteur…

Le Pavot Enragé : Une patte...

Karelia : Oui, voila. Donc cette étiquette là qu’on doit nous coller – puisqu’apparemment il faut que tout le monde en ait une – nous ça nous va bien.

Le Pavot Enragé : Là, c’est quand même nettement plus orienté rock que metal.

Karelia : Les grattes sont quand même assez pesantes, assez metal, elles ont pas mal de poids. Après en terme de prod on s’est plutôt basé sur du Rammstein ou du Linking Park. Donc je dirais qu’en terme de son on est quand même vachement metal, après dans le style oui, c’est vrai que ça a tendance à lorgner vers un rock plus accessible.

Le Pavot Enragé : Je me rappelle que dans une interview pour la sortie de « Restless », toi ou Jack, l’un de vous deux, avait dit « nous ne voulons surtout pas renier notre étiquette metal ». Est-ce c’est toujours le cas ?

Karelia : Non on ne renie pas ! Justement ! Le metal, c’est une sous culture du rock’n roll finalement, et nous on part du principe que l’on peut se gourer et que le fait de faire du rock’n roll c’est être dans une sous culture marginale qui emmerde tout le monde et jamais là où on l’attend. Dans ce sens là, j’ai l’impression qu’on respecte à peu près le deal ! (rire) Par contre oui, le vrai soucis qu’on rencontre dans le style, sans renier le metal du tout, c’est qu’il est aujourd’hui plus codifié qu’un repas mondain. C'est-à-dire que si tu fais tel style voila ce que tu as le droit de faire musicalement voila ce que t’as pas le droit de faire et voila ce qui est toléré en visuel. Alors tout ça on l’emmerde cordialement… La preuve !

Le Pavot Enragé : Quand tu parles de « ne pas renier le metal » c’est cet aspect « qui n’est pas là où on l’attend » ?

Karelia : Oui un peu, on aimerait bien voir revenir cet esprit de folie… Après, c’est pas une critique sur les artistes, c’est plutôt le système qui l’impose... C’est l’offre qui définit une demande. Et ça, ça nous pose un souci justement dans l’aspect « contrôlé » de la musique. Si il y a bien quelque chose qu’il ne faut pas contrôler c’est l’art il me semble, donc après chacun trouve son public ! Si je me met à faire des percussions sur des peaux de yaourts à priori j’ai un public très restreint mais par contre ça s’appellera de l’art quand même. De l’art sans public mais de l’art. (rire)

Le Pavot Enragé : Après, c’est facile de faire de l’art. Des fois tu vois certaines choses, tu te dis « mais c’est ça qu’on appel de l’art » ? C’est ça qu’on nous vend sous se terme ?

Karelia : Oui, un monochrome d’origine…

Le Pavot Enragé : …autrement dit un tableau tout blanc !

Karelia : Voila ! Ca on est d’accord. Après on a pas l’impression de tomber dans cet extrême tout de même ! (rire)

Le Pavot Enragé : Et pour le travail de composition, ça a été différent des autres fois ?

Karelia : Ca a été différent dans le sens où, avec la participation de Rudolph Schenker sur deux titres et du coup la place que j’ai laissé aux guitares, c’est un peu moins les claviers qui définissaient strictement la ligne directrice. Des fois j’ai même retiré des parties un peu électro en me disant qu’elle n’était plus cohérente dans l’ensemble. On va basculer un petit peu plus dans le rock’n roll. Donc les deux titres « a shaker » notamment ; la dixième c’est un des guitaristes qui l’a faite, et puis sinon oui j’ai un peu plus collaboré avec les musiciens, alors que jusqu’à présent j’arrivais avec une trame et les parties de batterie c’était écrit, y avait rien à redire et limite fallait une autorisation écrite de ma part pour mettre un coup de craf sur le e plutôt que sur le é du e (rire) ! Parce qu’il me semble que y a pas de création collective qui fonctionne, en tout cas j’ai jamais vu ça, enfin et que ça marchait. Dans tous les trucs qui marchent, j’ai toujours vu qu’il y avait un mec qui savait à peu près où ça allait, au maximum deux, et puis les autres qui suivent… Je crois que c’est Coluche qui disait qu’il n’y a pas de démocratie dans la création artistique, et que c’est forcément tyrannique puisqu’il n’y a qu’un mec qui peut savoir où il veut aller.

Le Pavot Enragé : Vous parlez souvent de  « pop metal » pour votre musique, pourtant quand on parle de « pop metal » en général c’est plutôt péjoratif

Karelia : Non, ça dépend… A l’étranger ça ne l’est pas, il n’y a qu’en France que c’est péjoratif. On parle de compromission quand tu « dénature » un peu le style metal mais nous on pense que ça ne peut survivre qu’à grand coup de renouvellement. Parce que finalement les gens qu’on n'écoute pas ne se sentent absolument pas concernés, et du coup à chaque fois qu’ils remarquent des clichés ou des choses qui n’ont pas évolués, ils se disent « ok ils sont très bien là où ils sont » ; de l’autre côté les metalleux n’ont absolument pas envie de se « pervertir », donc justement restent bien à l’écart de la musique populaire. Alors que nous, par exemple justement sur les premières parties de Scorpions, on se rends compte qu’il y a plein de gens du milieu de Scorpions qui ne font pas partie du monde du hard rock. Tu as le tiers de la salle qui vient pour trois tubes, et ceux là sont plutôt surpris de trouver un metal accessible, fédérateur, sur lequel tu arrives à comprendre ce qui se passe, et des titres courts, de trois minutes… Il y en a peux qui connaissent. Voila. L’album là c’est pareil, c’est un énorme bras d’honneur ! Parce que la couverture, elle n’a pas vocation à être belle. Tu vois un gars en manteau de vison en train de compter des liasses de pognon avec de l’alcool et de la drogue partout !

Le Pavot Enragé : Avec du doré partout !

Karelia : Voila ! Donc il y a du bling bling dans tous les sens, on dirait du rap américain de très mauvais goût, et c’est pas fait pour être beau, c’est fait pour emmerder tout le monde (rire) ! Jusqu’à présent, on a toujours eu un label sur le dos qui nous disait quoi faire, et là, à la limite si la couverture autorisée avait été notre cul en gros plan, on l’aurait mis ! Mais c’est ça le rock’n roll ! Il me semble…

Le Pavot Enragé : Bousculer là où on ne s’y attend pas…

Karelia : Oui. Et quand il y a des gars qui hurlent au blasphème, on est content ! Et c’est pas parce qu’on est maso (rire) ! C’est simplement parce qu’on pense qu’il y a un petit intérêt pédagogique à la chose. Parce que c’est l’arrêt de mort, le fait que le rock’n roll, qui finalement vit parce qu’il est une contre-culture, devienne codifié. Et puis à genou devant le système. Pour voir l’envers du décor, il n’y a plus rien qui se définit par rapport à la musique. La l’intérêt dont on jouit nous aujourd’hui, c’est pas parce que notre accord mineur dans le titre trois bascule avec un Sus4, tout le monde s’en fiche. Il n’y a plus de musique là dedans, plus qu’un business… Et puis MTV c’est un peu l’incarnation de ça, donc on voulait une vraie couverture MTV.

Le Pavot Enragé : Tu penses que dans la scène metal actuelle il y a un problème de manque d’ouverture ?

Karelia : Oui. Tout cela c’est culturel aussi, on joue sur le mauvais terrain, parce qu’en France on a naturellement pas une culture rock… Je me souviens avoir été ici pour vendre Restless à un label. Donc on a le directeur artistique qui écoute l’album de long en large, qui acquiesce, qui opine du chef, qui écrit des trucs, qui réécoute certains titres, puis à la fin il me dit « ok nous on eux signer ça et on a vous soutenir la promo (promo major hein, alors on arrête de déconner quoi). Par contre vous me virez ces guitares. Parce que la ménagère est pas prête à entendre ça, c’est trop choquant. Il y a de la distorsion. »

Le Pavot Enragé : Ah ouai ! Ca fait mal…

Karelia : Ben ouai… Alors tu dis ok bon ben non. Moi je me dis, pourquoi ne pas faire une étude, pourquoi ne pas essayer ? Je suis sûr que des guitares saturées ça choquerait personne sur du…

Le Pavot Enragé : Lady Gaga ?

Karelia : Oui, sur du Lady Gaga par exemple ! Tout le monde accepterait ça et puis d’un coup ça deviendrait la grosse tendance, et on accepterait le truc. Mais personne ne fait l’essai. On ne prend pas de risques. Et j’ai même quitté son bureau en lui disant, « si tu eux acheter un Picasso période bleue tu lui dis pas « tu peux me le peindre en rouge par contre ? » Donc je ne sais pas, c’est ce système là qu’on dénonce. Et puis clairement, ce système là il ne laisse aucune place au rock’n roll, qui lui-même se morfond dans sa marginalité sans rien proposer de neuf. En revisitant des trucs écoulés, en faisant des tribute bands à des groupes qui ont existé ; bref on reste tourné vers le passé… Personne ne viendra dire que le classique c’est un style de merde. Pourtant c’est un style enterré.

Le Pavot Enragé : Pourtant il a l’air de se porter plutôt bien…

Karelia : Oui, grâce aux subventions d’état, mais dans une logique privée il n’existerait plus.

Le Pavot Enragé : Pourtant, je ne sais pas si tu as déjà essayé d’aller à l’opéra, mais tout est blindé trois mois avant. Il y a toujours autant de monde qui en écoute…

Karelia : Oui mais monter un opéra, même avec une salle blindée, un agent privé l’aurait jamais monté…

Le Pavot Enragé : En même temps c’est comme ça que la musique classique a toujours marché. Avant t’avais un prince qui se payait un compositeur…

Karelia : Oui mais c’était un compositeur qui proposait de la création. Là quand tu parles de salles blindées c’est plutôt pour la Flûte Enchantée de Mozart, ou des trucs qui ont 250 ans. Par contre pas pour un mec qui vient de créer un opéra et qui as envie de le présenter au public.

Le Pavot Enragé : Oui c’est plus rare !

Karelia : Donc c’est un style enterré ! (rire)

Le Pavot Enragé : Oui, c’est claire que des compositeurs d’opéras qui se lancent on en voit pas souvent !

Karelia : Potentiellement des Mozart il y en a peut être sous les toits de Paris ici… Sauf que qui va leur proposer de monter un opéra avec notoriété zéro ? Alors que finalement tu refais les Noces de Figaro et hop… Nous c’est pareil, peut être que dans vingt ans on fera des vieilles reprises d’ACDC ; par contre chaque fois que tu amèneras ton petit cru à toi on te dira « non désolé mais ça nous intéresse pas ».

Le Pavot Enragé : Et pour revenir à la scène metal, tu penses qu’en France elle s’est trop refermée sur elle-même alors ?

Karelia : Oui… Aux Etats Unis par exemple – je crois que c’est culturel parce qu'on peut remonter à vingt ans ; par exemple tu prends (Rob Junckie ?) et Aerosmith… Là j’ai regardé le Super Bowl il y a pas longtemps, il y avait les Black Eyed Peas, show gigantesque, tout d’un coup il y a Slash qui déboule. Aucun rock’n rolleu américain va dire « Slash s’est compromis en jouant avec les Black Eyed Peas », enfin tu vois c’est deux mondes qui cohabitent…

Le Pavot Enragé : Oui oui, ou tu as Mike Patton qui chante du Gainsbourg avec The Goastt…

Karelia : Oui ! Et ça c’est magnifique. Et ça on l’a pas en France. Quand tu es metaleu tu écoutes du metal. Si jamais tu dis que tu aime bien Ronnie Wiliams prépares toi à subir les foudres ! (rire)

Le Pavot Enragé : C’est clair ! D’ailleurs c’est bizarre, je ne sais pas si tu as remarqué, pour les metalleux ça serait limite normal d’aimer le classique et le metal, par contre aimer la pop ou le rap, c’est non...

Karelia : Oui, il y a des styles plus « fréquentables » que d’autres… Du hip hop, du rap… Tient par exemple, tu as vu l’entrée rap de l'album, et ben on n'avait pas envie de faire du rap de merde. Ca dure que trente secondes mais je voulais que ça tiennes le pavé à une prod à la Docteur Dre tu vois. Moi j’aurais le plus grand respect pour un rappeur qui arriverait à faire du metal crédible ! Ca on le fait en live d’ailleurs la partie rap, donc ça dure trente secondes, et tu es au bord de te prendre une canette dans la gueule par le public de Scorpions mais par contre tout le monde a bien pigé qu’on dénonce un système. Quand j’arrive avec mon manteau de vison, mon feutre Vuitton et mes lunettes Channel, je suis l’incarnation d’un système !

Le Pavot Enragé : Ca y a pas à dire ! Et la « décadence » c’est celle du rock ?

Karelia : Oui, c’est celle du rock. C’est cette décadence là.

Le Pavot Enragé : Mais c’est celle qu’on voit un peu partout aussi…

Karelia : Oui…

Le Pavot Enragé : Et quand tu l’as composé, tu pensais vraiment au rock ?

Karelia : Oui. Oui… Parce que c’est celui là qu’on fréquente de près, qu’on voit évoluer, qu’on voit décliner aussi, parce qu’on se rend compte de ses erreurs… Moi on m’a proposé de signer plein de truc dans de la variété, à partir du moment où ça s’apparente à un truc qui existe déjà. Donc la nouveauté est officiellement interdite… Si tu regardes Lady Gaga, c’est sure que c’est un succès mondiale, pourquoi ? Je ne dis pas qu’il n’y a pas de talent, mais ça a été poussé par les maisons de disques à fond, parce que ça respectais les codes de la dence des années 90 qui était déjà éprouvée.

Le Pavot Enragé : Peut être aussi qu’on a vendu sous le nom de nouveauté trop de trucs qui n’en étaient pas vraiment…

Karelia : Oui, aussi… Ce qui doit se vendre le mieux en ce moment, ça doit être les Avenge Sevenfold, pareil des trucs qui reprennent les gros clichés du rock’n roll – très bien fait, on aime bien, mais oui des clichés de rock’n roll éprouvés, pareil… Ce qui marche le mieux aussi c’est les tribute bands… Dans un sens c’est dramatique.

Le Pavot Enragé : Oui, il y a des spécialistes du genre… Mais bon vous aussi il y a un tribute dans les bonus !

Karelia : Oui, la reprise de Queen ! D’ailleurs on est coutumier du fait, puisque sur les deux albums d’avant aussi y en avait. Mais là Queen c’était seulement parce que le titre a une perfection en sois. The Show Must Go On c’est énorme… Personnellement…

Le Pavot Enragé : C’est aussi un titre qui a une énorme portée symbolique… C’est Freddy Mercury qui est en train de mourir du sida, qui fait son testament… Qui le sait depuis des années mais qui n’a jamais voulu le dire, et finit par l’avouer…

Karelia :Certains m'ont dit que la reprise n’était absolument pas légitime, que n’est pas Freddy Mercury qui veut, mais pour le coup on a jamais eu cette prétention là. Le but c’est pas d’essayer de concurrencer l’originale qui est une perfection, la preuve c’est que quand j’écoute l’originale j’ai les poils qui se hérissent et la larme à l’œil, quand j’écoute notre version à nous j’ai pas ! Pourtant je connais les deux par cœur ! (rire) Mais justement, quand tu vois cette perfection tu as envie de la disséquer, de comprendre comment ça marche ! Comment on fait un titre comme ça putain, aussi énorme ?

Le Pavot Enragé : Quand on sait qu’on va mourir ?

Karelia : Peut être, oui… Alors faut que pas je meure d’un accident de bagnole, sinon j’aurais pas le temps d’en faire un avant ! (rire)

Le Pavot Enragé : Bah si tu eux chopper le sida tu sais comment il faut faire ! (rire) Et pourquoi vous avez repris en bonus deux chansons de votre album Raise, Child Has Gone et Unbreakable Cordon ?

Karelia : En fait c’était juste du concours de circonstance, c’est parce que la ligne harmonique était sympa. L’un des deux titres c’était une idée du manager en l’occurrence, et puis surtout on était en promo pour Restless y a deux ans, et puis comme on faisait des radios généralistes et qu’il est proprement inconcevable, tu le comprendras bien, qu’on joue avec des guitares saturées, sur France Inter par exemple il a fallu faire des versions unplugged des deux titres à nous. On voulait pas faire de la reprise d’unplugged mais nos titres à nous tombaient bien, et on y trouvait une certaine dimension artistique, l’un avec une ambiance un peu latino et puis l’autre qui était très mélancolique. On s’est dit hop, bonus tracks. Ils y ont tout à fait leur place. Ca fait un peu mégalo de faire des reprises de sois même mais on tenait à se prouver qu’on s’aime beaucoup ! (rire)

Le Pavot Enragé : Unbreakable Cordon ça m’a fait pensé à cette histoire, tu sais que Freddy Mercury ses parents étaient des Parsis, des adorateurs du feu, et il a demandé à se faire enterrer suivant ce rite alors que bon, le culte du feu, je ne sais pas trop si il y croyait encore… Je me suis demandé si il y avait un lien ?

Karelia : Ah ouai ! Ben non y a pas de rapport mais c’est vrai. Mais les gens que t’admire vraiment, au fond il n' y en a pas trente six mille non plus... Des fois on t'interroge comme ça, et ça te permet de redécouvrir ce que tu as fait sous un autre angle...

Le Pavot Enragé : Quand vous l’aviez fait, il y a des trucs derrière que vous n’aviez pas forcément cherché, vous l’avez fait parce que vous saviez que ça serait bien, sans disséquer les dix milles trucs pour lesquels ça va bien, et puis oui de temps en temps on tombe sur un par hasard, ou quelqu’un vous demande… Peut être...

Karelia : Si, si, tu as raison...

Le Pavot Enragé : Et au fait, on parlait de rap tout à l’heure, et notamment sur l’intro de My TV Sucks, et toujours dans les choses qui n’ont rien à voir mais je tente le coup de dé, la chanson m’a fait pensé à Fahrenheit 451. C’est facile aussi remarque, dès qu’il est question de TV pourrie, mais même les dialogues qu’on entend, les voix de filles qui s’engueulent, ça m’y a fait penser !

Karelia : Les voix de nanas qui s’engueulent, elles viennent de l’émission qui est l’incarnation de la génération MTV, c’est My Sweet Sixtean, un incroyable anniversaire. Des gamines blindées de tune qui fêtent leurs anniversaires de 16 ans, qui se font offrir des voitures et des machins… Donc oui. Et puis à travers MTV, c’est le rock’n roll qui disparait, c’est toute une génération qui ne s’intéresse plus qu’à l’emballage et plus vraiment à la musique, qui n’a plus de libre arbitre, qui n’arrive plus à chercher par elle-même, qui n’a plus de curiosité, qui est perdue quoi. C’est marrant par ce que nous on est blasé de tout ce qu’on a, et on ne cherche plus de diversité, et pendant ce temps à l’autre bout du monde les chinois découvrent la diversité culturelle et ils en profitent à fond ! Tu leur fait découvrir n’importe quel style de musique ils deviennent dingue. Parce qu’il n’avaient pas le droit avant…

Le Pavot Enragé : La Canton Pop c’est quand même une belle merde !

Karelia : Ah oui ça, quand tu manges dans un resto chinois tu ne vomis pas que pour la bouffe !

Le Pavot Enragé : Bon, une dernière question ! Ce qui est l’usage dans les interviews, c’est de finir par une question d’actualité, mais là vu à quel point l’actualité est chargé sur tous les plans, je te laisse le choix. Est-ce qu’il y a un point de l’actualité internationale qui te fait vraiment réagir, dont tu as encore envie de parler au bout de 8h d’interviews non stop ?

Karelia : Oh oui, pleins de trucs ! Tient justement, on en parlais, le déclin du monde occidental, puisqu’on parlait de la décadence du rock’n'roll ! C’est un peu une tendance générale, c'est-à-dire que la raie soif de vivre, la soif de culture, la soif de découverte, la soif d’initiative elle est à l’autre bout du monde aujourd’hui. E t nous on est sur nos acquis, alors si on vois ça que du point de vue du musicien on ne le vois que dans le monde de la musique, mais en fait c’est partout. C’est un gros mouvement de civilisation qui est au-delà. C’est qu’on est blasé, on a accès à tout. On a une liberté dont on sait même plus comment jouir, et puis voilà. On s’emmerde ! (rire)

Le Pavot Enragé : Belle conclusion !

Karelia : Oui, je crois ! (rire)

Le Pavot Enragé : Eh bien, merci pour cette interview. C’était un beau moment de culture rock’n roll !

One thought on “Interview de Karelia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>