Danko Jones – Rock’n'Roll is Black and Blue

Le Canada n'est pas franchement le pays le plus porté sur le metal du nouveau monde – un peu dans l'ombre du grand frère américain, comme de juste. Ce qui ne l'empêche pas de posséder nombre de groupes de renom, tels qu’Anvil, Nickelback ou Devin Townsend.

Dans un style nettement plus hard rock mais tout aussi progressif, il y a déjà quelques années que Danko Jones s'est fait un nom outre-Atlantique. Un trio originaire de Toronto, composé de son chanteur, guitariste et leader Danko Jones, du bassiste John Calabrese et du batteur Atom Willard, et qui depuis 1996 a déjà enregistré une dizaine d'albums, et a fait la première partie des Rolling Stones ou de Motorhead.

Après un très sulfureux « Below the Belt », dont la pochette représentait Danko Jones en compagnie d'un lion et d'une strip-teaseuse – mais le titre était déjà d'une certaine éloquence – Rock'n'Roll is Black and Blue semble à première vue nettement plus modéré... Un titre en finesse, une pochette sobre... Que cache donc tout cela ?

Et bien non, Danko Jones n’a rien perdu de son bagout, de son humour complètement décalé et de son enthousiasme pour le fétichisme ! L’hallucinante Legs est là pour en témoigner : il n’y a qu’à l’entendre hurler, scander, réclamer : « Legs! Legs! Legs! Long Legs! The longer they are the most stupid I came! » Un sacré numéro, qui tient autant du chanteur que de l’acteur. Et une chanson qui mériterait de faire partie des mythes du rock.

En comparaison, le lyrisme de Just A Beautiful Day sonne si étonnement chaste qu'on éprouve une véritable impression d'être transplanté... Un peu comme si, en croyant plonger dans la mer sur une plage grouillante de Malibu, on se retrouvait soudainement dans un lac de montagne en plein milieu de l'automne !

Ce qui est plus étonnant encore, c’est de découvrir ces deux aspects résumés sur une seule chanson… Et de découvrir qu’il s’agit d’une chanson baptisée Type of Girl ! D’abord extrêmement expressive sur le « type of girl » pouvant intéresser Mr Danko Joners, elle gagne sur la fin un étonnant lyrisme.

Sur le fond, pas de surprises particulières : un retour radical aux racines du rock. La grande époque sex, drugs and rock’n’roll, mais la maturité en plus… Et ironie et second degré ! Une guitare enfiévrée n’hésitant pas à jouer avec la distorsion - on appréciera notamment sa performance sur Conceited – une batterie énergique, bien mise en valeur notamment sur The Masochist

Mais le principal acteur reste incontestablement Danko Jones. C’est un formidable numéro d’acteur qu’il nous déroule le long de cet album, et qui ne se limite pas aux deux rôles déjà cités. Tour à tour en amoureux éperdu sur Dont’do This (« please baby come home »), mimant la désinvolture grossière et la vulgarité sur I Don’t Care ; ironique et cynique sur Get Up

Etonnante est également la conclusion de l’album, I Believed in God. Un curieux retour aux racines blues du rock, que l’on s’étonnera d’entendre de nos jours, tant cette filiation nous semble maintenant lointaine... Un magnifique titre, où l’on peut notamment entendre une chanteuse blues, ce qui n’est pas sans apporter sa touche d’originalité.

Un album qui nous replonge aux racines du rock, animé et enlevé par un acteur comme on en rencontre peu. Un album qui séduira certes les nostalgiques du sex drugs and rock’n’roll, mais de façon générale il est difficile de ne pas céder au bagout, au second degré et à l’humour complètement décalé de Danko Jones !

One thought on “Danko Jones – Rock’n'Roll is Black and Blue

  1. Phil tes métaphores me surprennent toujours, bien écrit, pour changer !
    « Un peu comme si, en croyant plonger dans la mer sur une plage grouillante de Malibu, on se retrouvait soudainement dans un lac de montagne en plein milieu de l’automne ! » Brillant !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>